dimanche 2 décembre 2007

Méandres

Tu sais, j'en suis malade.
Malade de savoir que tu t'égares
Dans ces pays, oranges et violacés
Si loin.
Si mélangés paraissent-ils à mon futile esprit
Bien incapable d'interpréter leur dépits.
Je danse sur des chemins, que je regarde
demain, si flou...quelque part en attente,
Et toi, tu sombres, nulle part en ces eaux
Eaux sombres, brillantes, et si souvent latentes
Où je me penche impunément.
Mais je ne suis rien, rien qu'une branche balancée
Qui suit minablement ce charmant mouvement
D'un sillon, d'une main, d'un geste tracé
Et toi, petit bonhomme à la dérive
Dans ces paysages que toi seul sait contempler
Loin, si loin, perdu par tes rêves étranges
Danses macabres et rayons parfumés,
Je marche en vain, cherchant dans tes nuages,
ta poésie, tes élans, tes regrets
des repères ou m'asseoir quelque part, un instant.
Une chaise, une balançoire, un parapluie?
Autant de petit moments suspendus entre deux cauchemars terrifiés.
Autant d'évocations qui me font perdre pieds,
Et qui pourtant savent si bien me faire voyager.

Je suis malade...
La chanson tourne derrière moi.
J'ai si peur que tu t'éloignes, simplement
Dans d'autres chemins, d'autres désirs, d'autres émois
Et j'hésite parfois à fixer
Lumière vacillante que j'entr'aperçois.
Petit feu follet, héros de papier
Tu émets bien plus de soleil que moi.
Et dans ta vie si vibrante, dans tes mots offusqués
Je retrouve les rayons que j'ai si souvent aimés.
Si jamais je me perds, si mes paroles ne savent plus
Effacer la buée de mes tristes distorsions
Sache qu'il reste quelques notes de cette chanson
Pour ce lien étrange, serein comme tourmenté
Que sécrètent nos âmes dans leurs obscurs ballets.

(Pour Jimmy)

mardi 9 octobre 2007

Mélange

Trois notes silencieuses dans un fond d'encre de chine
Et le chant silencieux du muezzin, tout en haut de la tour
Qui déchire l'abîme, tout en voilant la lumière;

L'homme tout en bas voudrait pouvoir crier:
"Ô lancinant chant du terrible, ô tendresse infâme!
Qui ravit à l'ombre le dernier de ses charmes..."
Rien, personne. Nul ne veut l'écouter

Un murmure, sans échos
Et les cris d'une femme qui se perdent
Ô comme je voulais m'éteindre auprès de toi
Je l'aurais fait, si le monde ne s'était éteint avant moi

Et l'or des rois, celui que l'on convoite
Celui-là même qui s'est perdu dans l'espoir
Trouble métaphore d'un jardin en éveil
Trouble décor dans lequel il sommeille
Au prochain matin, qui découvrira
Berçant en son sein, dans une douce lumière
La richesse perdue qui ne vaut plus que pierres?

La prise douce et sauvage du matin noir de sang
Et de la couleur irisée d'un nocturne d'océan
Quant au miel, la saveur des saisons
Se perdre et se mouvoir, tel est sa raison
Tout cela, quelque part
Dans le sombre et le désespoir

Et la chance qui plus jamais ne sourit
Si ce n'est pour tendre une main de papier
Qui se déchire ou s'envole dès que l'on tente vainement de l'agripper...

Et le chant sans fin d'un oiseau quelque part
Qui cache pour mourir
Se cache dans le noir.

Mots sans fins qui reviennent m'achever
Mots dont le sens n'a d'importance qu'avec le déclin du soleil
Lui qui semble avoir perdu beaucoup au réveil

Et le chant de la douleur, celle qui pénètre votre âme plus loin que plus profond?
Qui d'autre ici sait goûter les chagrins, ces perles de bleu entourées de satin...

Qui voit se mouvoir la beauté dans une rage silencieuse,
sait ressentir les parfums sucrés d'une amertume trop ancienne
Voir la mort dans un ciel de nuit et entendre la vie dans le sable des dunes
Et celui qui voit en l'enfant celui qui a peur,
Qui sent sa pourriture - car il est déjà mort
Celui la ne dort jamais car il a tout appris
Et déjà son savoir le mène au bord du gouffre
Il souffre
Et il ne peut que contempler la beauté de cette souffrance si noble et si courageuse
De l'homme qui ne peut porter le fardeau
De milliers de mots.


Et le noir se referme à nouveau
Sur les dernières vibrations du chant de l'homme des monts
Et l'encre s'épanche une dernière fois
Comme pour achever le mystère d'un pardon.