mercredi 31 décembre 2008

Des frontières

(Concours JE)

Mon enfant,
Ce goût du voyage a tant saigné nos lèvres
Qu'il n'en reste plus rien que
de grandes fresques de rochers
Mortes et étendues, comme d'un grand drap rêche
qui recouvre tes os de son linceul gris

Il pointe à l'horizon des îles, et des déserts
Ces rêves de départs dépliés sur tes joues
Des ombres aux grands feuillages déployées en étoiles
Aux longues aiguilles enfoncées sous ta peau
Mon enfant
Ne compte plus les jours, quand ils sont déjà là
Tenant de leurs bras noirs les montants d'un palais
les limites s'arrachent
à coup de griffes lorsque le jour descend
lorsque la nuit s'allonge et efface les frontières
Sous les traits d'une route, d'un visage étiré
d'un océan vide et d'une longue insomnie
Les veilles sont mes routes
Peinant à suivre
le rythme immobile frappé par tes folies

Les pas se franchissent tous
un à un
jusqu'à l'autre bord

Ton corps froid, mon enfant
Ces rêves ne tiennent plus
Pas plus que les frontières se franchissent debout
Et c'est les pieds devant qu'il faut guetter l'ailleurs

Les pays sont des rêves qu'on touche de son doigt
Lorsque la sueur vient sécher sur tes lèvres
le goût des eaux du Nil
Lorsque la fièvre allume dans ton regard éteint
Les rivages d'un Ciel où la pluie sait lever
des champs d'or,
des cascades de blé

L'autre bord, un soleil esquissé sur ton corps
Un sourire oublié qui renait comme les ombres
Avant de se figer dans un long soubresaut
Comme j'envie ton voyage
Derrière, loin, une terre
Le temps d'un souvenir, d'une douleur endormie
D'une autre vie

Crache sur la frontière, et
Puissions nous ne jamais revenir

dimanche 30 novembre 2008

Remembering

Aux premiers coups de la foudre le ciel s'appesantit
Nos yeux s'emplirent et nous gardâmes les mains
serrées sur des poignées de poussière
Alors, quand tout s'illumina encore
Il ne resta que la terre trempée qui tremblait sous nos pieds
Et nos corps enroulés dans les saveurs brûlées

Rien n'est plus silencieux que cette étendue noire
Blanche, un champ de neige encore vierge d'avenir
Un sol brûlé, harassé de passé

Se balancent au loin des hêtres endoloris
L'horizon comme brisé par leurs lignes courbées
Se plie sous leurs plaintes, le poids des branches mortes
Avant de s'estomper dans un concert de nuit

Mon dos s'arque contre le bois tremblant de leurs écorces
Pleure
Et la pluie glissée sous mes paupières
Déverse de fantôme le champ de la défaite

L'arrimage du ciel à mes sens est une longue marche
Qui ne trouve de fin qu'au bord d'un gouffre plein
Une peau glacée posée sur mon épaule
Les heures allongées

Toi, mon être enflammé de larmes
Comme une peau dépecée s'accroche aux haillons
D'une histoire de décombres

Mes lèvres soufflent ce nom et crachent à ce visage
Déchiré
mes lèvres souffrent au silence
Au vide, louanges, amère et désillusion
se mordent et dissolues, s'écartent en une prière

C'est alors qu'il ne reste plus que
le long crissement du vide dans ma tête

Les nuits rondes ne cèdent rien aux jours aigus et acérés
d'un désespoir
Ma main arme un peu plus ce temps de mes chagrins
Se crispe à chaque pas, au rythme du frisson
Quand le rideau retombe sur les mois écoulés
La plaie se voile de temps

Au fond de mes poches mes poings restent crispés

Mes mains tremblent
D'autres visages s'esquissent et prennent le dessus
Pourtant les solitudes restent à l'identique
Des brouillons de chair morte qui tentent de s'échapper

La femme porte en elle des morceaux de rage silencieuse
Qu'elle tient à bout de bras tels des
Sa peau tendue de rides, tracées par la tombée des nuits
Elle s'agenouille
Son front contre le sol, elle laisse couler le temps
Sa main fouille les décombres en détournant les yeux
Maladroite, elle laboure de ses griffes
Le corps immobile de la terre endormie
Son regard balaie le noir, son pied foule le sol
Et mon coeur se soulève à chacun de ses gestes,
Elle doit chercher comme moi un sens au jour qui vient.

dimanche 16 novembre 2008

lundi 10 novembre 2008

samedi 8 novembre 2008

ces hommes d'avant le monde

c'est alors que tout ressemble au reste du monde quand il n'avait pas encore perdu ses vêtements et qu'on ne buvait pas au goulot des chansons
ce que je ne vous ai pas dit des paroles, c'est tous les morts sous chacune des feuilles mortes
qui crissaient au vent comme des nuages de poussière
les os broyés par les oublis
les airs se fendaient, j'entendais les tempêtes et les cors
les enfants, ces immondes appendices
se dresser

C'est mon ode au silence
Grand comme un condamné et son ombre au levant
Grand comme les poches trouées où l'on enfonce les poings
pour cacher les jointures
les courbes n'existent plus alors, que sous ces plis froissés
quand les jambes sont tordues
et que personne ne marche

La marque des poings sur sa taille entre dans mes yeux
et je pleure avec eux

mercredi 29 octobre 2008

Aux choses sans importance

Aux choses sans importance il faut lever son verre
Et le briser sans crainte aux visages ennemis
Cracher sur la boue tiède vomie par les massacres

A octobre lorsqu'il frissonne pour la première fois sur nos épaules ouvertes
Aux traces légères et si vite inondées au pied d'une pauvre baie
A ce qu'ils ignorent, ces hommes aux larges bras

A la femme qui tremble contre ce vieux chambranle
D'une porte où l'on est tant passé qu'elle ne retient plus rien
A les regarder fuyant de leurs yeux, de leurs êtres
Ceux qui ne se plient pas

Aux enfants couchés sur cette terre de feu qui meurent un peu plus tôt
Qu'on ne l'avait prédit à l'aube de leur jeunesse
Souriant aux ombres et rampant vers la fin
Comme des osselets machinalement jetés
Sur une table de dés

Aux choses sans importance, aimons, mais lentement
A n'avoir rien à dire et les langues brûlées
Tordues, sans que la soif ne puisse raviver
Le désir des mots
Que la perte
Un peu plus

Aux choses sans importance
Le drapeau et l'étendard ,
si beaux
au vent

Toujours au vent.

mardi 21 octobre 2008

Jimmy

Lettre d'amour première

Le matin n'est jamais pareil ici. Il a toujours cette saveur d'un chez soi qu'on aurait oublié, et des lumières d'ailleurs qu'il faut savoir entendre approcher, du bout du nez, comme un bel oiseau s'ébrouant aux regards indiscrets. Ma robe est de coton et mes pieds tout en nu, tu les embrasserais je pense si tu les voyais ainsi bondir tout au devant du jour.
Je regarde le nord sans savoir où il est et j'espère que tu dors, et que je t'ai surpris, endormi, en même temps que ce ciel.

Je dis tout haut au monde que je suis amoureuse, et le silence atteste combien j'ai raison. De ne penser qu'à toi, et au jour en train de s'habiller. Je suis comme une voyeuse, comme un espion, et je me sens rire.

Je prends l'avion au fond d'un grand bol de café pour les pays chauds, je joue de mes cheveux devant une grande glace que j'ai fait venir d'au moins Paris, peut être plus, juste pour toi, et m'y regarder sans fin pour me voir comme toi. Je cueille des fleurs, jamais plus rouges que les blanches, puis je fais des couronnes et des bouquets, pour marquer les saisons.
Les heures chaudes me dotent de pensées que j'oublie aussitôt.

Depuis ton départ j'ai installé mon église en haut d'une petite colline du sud qui ne sent ni l'été ni la mer, mais qui rappelle un peu la douceur de tes bras. Elle ne ressemble à rien, elle me ressemble à moi, des milliers d'herbes folles poussant entre les dalles. J'y vais le jour, les pieds nus, et Avignon sourit, loin. J'y vais sans rien voir au dehors que notre petit chemin, et je ne pense qu'au bonheur d'y trouver un peu d'ombre. Là haut, il fait toujours bon, et les oiseaux chantent entre les branches des oliviers.
Là haut les bancs de bois tendent leur force usée à mon corps fatigué. Je ne prie que le temps d'un salut, avant de redescendre les sentiers, pour gagner mon logis avant la nuit tombée.

J'ai des chansons qui ne veulent plus jamais me quitter. J'ai repris cette vieille guitare folk qu'on prenait le temps d'une promenade, et je la tiens par la main comme si c'était ta main. Je chante avec elle, sur les murets défaits des villages perdus. Les gens me sourient, quand gens il y a, et je pense à toi qui m'aurait regardé.

Le monde sent partout cette odeur de thym. Pour autant que je sache encore ce que veut dire le nord, je suis bien loin de toi, mais je ne compte pas les kilomètres, seulement les nuits. Mes doigts viennent à manquer, alors ma tête se vide, et mes mots rient de moi.

Je voudrais te dire qu'au final, tout n'a pas tant changé. Nous parlions du matin et nous sommes déjà au soir, ce soir si plein de noir que je n'ose m'y laisser. Je me presse sur le chemin de la petite église et je prie en allant; j'implore la grande nuit de laisser les minutes s'écouler sans que le froid ne tombe. J'imagine mal mes épaules frissonner si loin de tes mains.

Doucement je m'étale

Tenue de mes hématomes
J'avais envie d'un autre
Précis de tes lumières
Précis au point du jour
Pour me saigner à blanc
Entre tes lèvres closes
Le jour entre tes dents
Qui n'ont plus rien de blanc
Je me souviens l'automne
Toi et moi sur le banc
Je me souviens du temps
Et des éclats de voix
Tu étais comme l'orage
A ciel ouvert
Nos paumes décroisées
Les lèvres aux coins perdus
Je me souviens de Londres
Quand tu prenais mes bras
Quand tu m'ouvrais les veines
Combien je te buvais
A la parole ouverte
Combien je t'écrivais
A l'encre bleue
Pour te prendre encore
Entre nos hématomes
A l'endroit des piqûres

Toi aussi
tu te tailles un peu l'encre
ce soir
C'est tes côtes qui s'avancent
Saillies entre les rues;
Nous avons rendez vous

tu saignes des chansons d'amours
les quais de la Seine étaient
un lampadaire
on venait s'y griller
les moustiques,
les cigarettes
et le sang sur les murs
le sang d'une bombe
colorée de ses tresses
Qu'il est drôle
l'homme noir aux tresses
quand il peint de son sang
les murs de décembre

Le souffle tiède
les torsades
Les cheveux mouillés et ton torse
Parce qu'on éventre
Au moins une fois
Dracula
Avant de veiller
Une fois, deux fois, et la troisième
pour faire pleurer de rouge
tout paris sous le ciel
Paris en rouge
La nuit
Ce que je donnerai
pour une île sous ton torse
Au matin avant le jour

C'est à cause de ce sang
Le sang ne ment jamais
Toi tu mens
Souvent
C'est une Excuse comme une autre
Mais j'ai tous les atouts
Quand on s'ouvrait les veines
Tu me croyais
Que c'était un même sang
Des rivières sur nos bras

Demain
Les cigarettes volées
A ce vieux sur le banc
Parce que tu riais
De ses dents et du blanc
Moi je t'aimais en bleu
J'ai encore le cœur bleu
A nous revoir aimer

Il y a Orléans
Le tendre de ton rire
Tenu entre mes mains
Il y a Orléans
Tous ses oiseaux moqueurs
Les bribes des enfants
Je ne songe pas encore
Qu'il nous faudra partir
Tu ne songes pas tout court
Tu préfères encore rire
Londres est un samedi
Un dimanche et une nuit
Où on est amoureux

Le vieux Londres
Ne m'a pas oublié
Je sais que les nuits nous pensent
sur ses paupières clouées
Qu'il manque dans sa tête
La fumée d'une cigarette
Que tu avais volée

Londres ne pardonne pas
J'entends ton poumon pleurer
De toutes ces cigarettes
Il pleure doucement
Je n'ose le bercer
Comme Londres se moque
Elle t'appelle Le voleur
Et j'ai si mal aux yeux
de l'entendre rire de toi
et j'ai si mal aux yeux

demain c'est octobre
nous quittons Orléans
tu as loué une chambre
pas loin des Hurlevent
je ne veux pas Katie
je ne veux pas pleurer
perdue entre tes draps
que mes fièvres ne soient plus
je retombe en misère
tu ne dis plus je t'aime
tu ne dis plus « ma puce
comme tu es petite
entre mes bras
papa m'arracherait
s'il te voyait là »


Je revois Orléans
et tous ces hématomes
coincés entre nos joues
je me souviens septembre
car j'étais amoureuse
de tes yeux pleins de bleu
le ciel pris dans nos lèvres
comme on les battait
les aubes de ta campagne
en écoutant Véra
car j'étais amoureuse
car je n'aimais que toi
je n'aime toujours que toi
de cet amour de sang
parce que je t'ai connu
quand je naissais
et tes yeux ronds ont marqués mon visage

je hais tous les septembre
nos lèvres pincées
sur ton front on t'entend
battre les cris du nord
nous prenons le bateau
tu bouches tes oreilles
avec des bruits de vague
tu ne veux pas savoir
et moi je ne sais pas
nous partons pour le nord
il ne me manquait pas
les gris de nos remords
et le sang sur tes doigts
nous ouvrons toutes nos veines
pour reprendre le vent
moi je reprends la peine
je me souviens d'avant
quand je t'aimais encore
quand tu n'as pas changé
que tout était si faux

J'ai encore tant d'avions
dessiné sur la peau
Qui décollent
qui m'oublient
J'ai encore tant d'avions
des morceaux de papiers
qui m'ont collé les lèvres
tant de riens
qui prennent encore la mer
il n'y a plus de port
Madame
le port est englouti
Nous n'avons pas aimé
pas assez de temps
pour que le bruit des vagues
ne te fasse oublier
nos mains

aujourd'hui dans tes yeux
j'ai vu un peu de nuit
cela faisait mille ans
que la nuit ne se levait
plus que dans des songes
j'aimais nos jours sans fin
et aujourd'hui la nuit
qui a refait surface
je ne sais plus quoi dire
puisque tu es parti
puisque tu vis ailleurs
entre tes hématomes
tu t'es frappé sans moi
au murs des piqûres
je te vois dans des caves
je sais bien que c'est faux
mais je te vois quand même
ça me fait mal au ventre
comme avant l'accouchement
de te voir dans ces caves
qui n'existent même pas


je suis venue te voir
une chambre d'hôpital
oh comme c'est laid le blanc
pâlit sur tous ces murs
c'est bien plus laid
que toutes les dents jaunes
je suis venue te voir et tu n'étais pas mort
tu m'attendais je crois
mais je n'en suis plus sûre
j'imagine toujours que tu m'attends
même quand on était septembre
j'imaginais déjà
tu ne m'attendais pas
tu fixais le mur et tes yeux étaient flous
je crois que tu dormais
sous tes yeux blancs
toi et tes yeux blancs
blancs

maman pleure tous les soirs
elle dit que c'est ma faute
Ma doudou pleure aussi
je crois qu'elles me haïssent
parce que tu es blanc
parce qu'elles sont jalouses
tu n'aimes que moi
que moi
même si ton sang
n'est pas vraiment le même
on s'est ouvert les veines
on a vu Orléans
Alors maman est jalouse
elle pleure sur mon épaule
que tu ne reviendras pas
je ne la rassure pas

si tu reviens un jour
comme les murs de la chambre
je peindrai ton visage
aux couleurs de l'Inde
ou de tes dents jaunies

c'est une histoire de vie
j'y repense tous les soirs
je pense que c'était la dernière
que demain il n'y aura plus rien à dire
puisque toi tu es mort
que tu as les yeux blancs
que tu ne m'attends plus

j'ai les volets fermés
le monsieur d'à côté a du chagrin aux yeux
on enterre sa femme demain
et toi tu oses t'ouvrir les veines
à ciel ouvert
alors que ce pauvre homme va enterrer sa femme
comme parfois je te hais
comme parfois je te hais

Elle était chauve
la femme du monsieur
je l'ai vu parce que j'ai ouvert
le cercueil
tu m'aurais grondé
tu me grondais toujours
mais je voulais savoir
si ses yeux étaient blancs
comme ils étaient fermés
je n'ai rien vu du tout
que son crâne brillant
ils l'appellent le cancer
et tu t'ouvres les veines

Tu es sorti vaillant
Tu as tout oublié
Londres, les chambres blanches
Tu as repris ton vol
D'avion
De cigarettes
Et je ne peux rien faire

Tu me parles de Russie
Tu veux revoir Véra
Je n'aime pas Véra
A son nom tu souris
Tu me parles de Russie
Comme nous
En blanc et rouge
Je t'aime encore plus fort
Véra n'est pas jolie

je tombe amoureuse
du monsieur d'à côté
il a ton âge et
une femme sous la terre
je tombe amoureuse
de ses pas
dans le corridor
en t'attendant
mais comme tu ne reviens pas
je prends le thé chez lui
il est presque médecin
c'est beau
et vingt-ans
il se croit vieux
il dit que je suis jeune
je lui dis ton âge
il dit que c'est malsain
il pense que je suis
amoureuse ailleurs
et je ris
je ris
je ris
je dis que tu es mon frère
alors il veut bien tomber
amoureux
comme c'est bête
un homme

Tu reviens un peu
M'arracher à ses bras
Alors nous prenons Sarajevo
Parce que j'ai toujours voulu
Sarajevo
En train de nuit
En car
En car
Car les routes sont dangereuses
Les routes sans lumières
Paris me manque
J'ai peur du noir
Sarajevo est triste
Sarajevo est grande
Je veux rentrer
Mais tu es bien ici tu ne veux plus partir
Sarajevo me griffe
Le ventre
Sarajevo sait
déjà
Sarajevo comprend
Sarajevo sourit
Son sourire est malsain
Je n'aime pas les enfants

Nous reprenons le car
Et le train
De jour cette fois
Parce que j'ai mal au ventre
Que tu as de l'argent
Nous irons voir Genève
La neige me fait du bien
J'ai les yeux en flocon
Je ris
J'aime
J'aime et mon ventre se tait
Je ris devant Rousseau
Je suis une boule de neige
Sur une belle étagère
Je tourne, je tourne
j'ai les yeux flous
Tu ne me quittes plus
Parce que mon ventre parle
Nous rentrons à Paris

Comme une fin de vacances
Sauf que j'ai des villes
dans la tête
dans le ventre, aussi
C'était un beau voyage
Mais déjà c'est septembre
Ou Janvier
Je ne sais plus
Un début de quelque chose
Mon ventre ne parle plus
Mon beau voisin d'en face
frappe tous les jours
mais je n'ouvre jamais
Sarajevo a construit
un grand mur
entre moi et l'amour
Je passe mes nuits au lit
Tu appelles un peu
Quand tu rentres de Russie
Je suis seule à Paris
Véra appelle aussi

Mon ventre est un silence
J'ai vomi tous ses mots
Rouges
Ils étaient rouges
Il n'y aura pas d'enfant
c'était psychologique
et je suis seule au monde

je rentre chez maman
maman tombe dans mes bras
elle a peur pour toi
pour moi
je crois qu'elle m'aime aussi
elle ne sait pas
pour Sarajevo
pour mon ventre
Elle croit que j'étais à paris
à la plage
à saint Raph
n'importe où
Doudou a trop grandi
Je ne peux plus la prendre
dans mes bras
elle a des milliers d'orages
entre les paupières
j'aurais bien aimé
être Pennac
et l'appeler Verdun
Elle est en colère
du matin au soir
je lui promets Orléans
pour tout recommencer
Il y aura d'autres histoires
je vous raconterai

je suis seule au monde
au milieu des gens
il faut que je grandisse
je rêve trop
tu dis que je rêve trop
ta voix au téléphone
tu me manques

je réapprends à lire
et toutes ces bêtises
tu dis
je suis folle
je suis folle
et je le dis aussi
tu t'installes en Russie
tu dis « pour peu de temps »
je ne veux pas compter
je n'apprends plus les chiffres
le temps passe plus vite
parce que je ne compte plus
je réapprends à lire
J'oublie presque Orléans
Sarajevo
Je suis heureuse

J'apprends à te l'écrire
En russe

Tu reviendras peut être
nous marquer d'hématomes

ils ne veulent plus rien dire

mercredi 15 octobre 2008

n'oublions pas les aviateurs

salissons nous
je n'ai plus peur du noir
depuis les premières églises et leurs silences
où je m'enfermais
ma tête pleine de feu.
salissons nos mains
consciencieusement
frottons nous peaux craquelées de ces morceaux de charbons
qui sentent bon l'hiver
et le froid
les mais se lèvent toutes
cela fait des années
nous ne pleurons plus
nos corps de boues s'animent

je glisse, dans le noir
mes mains sont des coupoles
sur un ciel où il ne manque
que la nuit
et ton église

encore ces églises
les églises sont des chemins de pierres grises
où j'assois ma violence
mes yeux pleins de sauvagerie
les églises sont mes silences
qui coupent
toujours plus pleines de ces calmes de marbre
qu'on ne trouve qu'au bout
de longues tempêtes
et des grandes allées sous les vitraux

j'ai une autre lumière dans le coeur
que celles des jours
ou celle des néons
j'ai cette lumière

-il me regarde
qu'il fasse nuit, que je sois noire
de charbon ou d'ailleurs
que mes yeux soient de ces poings levés
il me regarde
quand je hurle et que ma trahison
comme des lames a tes doigts
lui rentre dans la peau-

n'oublions pas les aviateurs
qui mettent les nuages comme des bouches enlacées
au bout de leurs envols
piquent du nez les vents
n'oublions pas les aviateurs
et nous aurons encore à faire
pour un jour
peut être deux
de quoi prier

vendredi 10 octobre 2008

Les falaises mangées de souvenirs

Sur la base du "poème par thème" de l'été 2008.
N'y avait pas été envoyé.


La vieille bâtisse découpait l'horizon quand le crépuscule pointait... Laissée à l'abandon peut-être et, surtout, au fracas incessant des vagues qui grignotaient les contrebas de la falaise. D'aucun disaient qu'à la tombée de la nuit, l'on entendait des cris ou bien toutes sortes de musiques inquiétantes... Mais tous étaient bien ignorants... Moi, je savais...

Moi je les avais gravis milles fois, les collines de la vallée grise pour aller me perdre dans les bras de son ombre. Moi je m'y étais caché mille fois entre les vieilles briques, sous les vieux volets qui s'ouvraient sur la mer.

Tu as une robe de papier que tu as cousue avec tes mains si sales, tes ongles si noirs, et ta robe est si jolie que tu en pleurerais. Tu en pleurerais, de ne pouvoir la mettre. Ils se sont moqués de toi, la robe est plus jolie que toi, Lou. Tu files en haut des falaises, personne ne sait où, et tes larmes accompagnent les chemins sinueux qui n'existent que pour tes yeux tristes. Moi je suis un garçon curieux, et je te suis.
Je te retrouve dans la maison aux épouvents. C'est comme ça qu'ils l'appellent, les gens du bas, un drôle de jeu de mots qui les fait frissonner. Je ne savais pas que toi aussi tu allais t'y réfugier, j'ai le cœur comme une pierre. Comme un secret qu'on pensait rien qu'à soi, lorsqu'il nous apparaît que d'autres le partageaient.
Je t'en veux, et je m'en retourne. La maison, lorsqu'elle est habitée, ce n'est plus ma maison.
Tu as des jolies nattes, Lou.

Et tu sautes nue dans l'océan, dans l'ombre rassurante, dans l'ombre dérangeante de la maison du vent.

Lou, tu as les yeux gris. Tu es la fille de la bibliothécaire et nous sommes amoureux. De notre secret, et de la maison un peu. Nous jouons avec le vent, avec les volets, avec le vieux piano, la nuit quand tout le monde dort. La nuit j'embrasse ta vieille robe de papier. Lou tu me racontes que la vieille maison est hantée, du moins c'est ce qu'il pense en bas, parce des gens y sont morts. Tu ris, tu ris sans pouvoir t'en arrêter, tu dis que toutes les nuits ils entendent mes doigts sur le piano et qu'ils frémissent.


Lou est partie avec un vieux monsieur qui avait deux fois plus d'années que moi. Ce vieux monsieur aux yeux d'acier qui ne lui souriait pas. Je la sentais bien partir lorsqu'il est venu user ses mots dans la maison au vent, je la sentais m'échapper. L'encre solitaire de ses poèmes d'amour m'usaient doucement. Je n'avais pas la taille à faire face au poète. Je n'avais aucun mot pour la retenir, je connaissais juste la vraie musique des volets, et celles des galets et le goût de ses larmes. Lui ne les savait pas mais il connaissait les mots pour les dire sans les connaître.
Il disait chercher la solitude, la solitude des lieux qui correspondrait à celle de son cœur. Mon œil, la solitude, la solitude à deux qu'il disait.
Il m'aimait bien je crois.

J'ai frappé Lou à la tête. Du sang plein ses joues. Ensuite j'ai pleuré dans ses cheveux des heures, pendant qu'elle me frappait de ses petits poings, pendant qu'elle me repoussait. Le poète était parti chercher des mots sur la plage, et j'ai trouvé Lou à l'attendre sur le lit qui fut celui de notre amour d'adolescent. Le poète, lui, n'est jamais rentré de la plage où Lou l'a retrouvé. Je ne veux pas penser aux mots qui lui ont brisés les lèvres devant les griffures rouges de mes doigts sur ses joues. Il a dû mourir dans son coeur, trouver des mots de peine, et partir lui chanter.
Ils sont partis, me laissant le cœur encore plus lourd. D'être à nouveau seul dans cette grande maison vide qui n'est plus qu'un secret de pacotille.

Lou. Lou dans ma tête, Lou, dans mes yeux. L'océan partout, ses vagues dans mes épaules, son souvenir dans mon regard. Moi, seul avec des poèmes d'amours.
Juste de quoi tomber amoureux d'un poète.

dimanche 5 octobre 2008

Le vent de tes cheveux


Je la tiens longtemps dans mes bras.
Ses larmes brûlent ma peau, brûlent mes joues, brûlent mes jours
Son front sur mon épaule pèse comme un doux poids mort
Mes poings se crispent, à chaque sanglot
Sans aucune parole à déverser
Je regarde loin sans rien entendre
Sans jamais seulement ouvrir mes yeux
Ailleurs que sur l'horizon plein de brumes mouillées
A faire semblant d'y voir danser quelques gouttes de pluies
tombées de mes yeux

Son corps reste là, suspendu à mon cou
Je n'entends plus que les claquements de son coeur
Frappant sourdement autour de nous
Je ferme mes oreilles à tous ses mots
J'espère en secret ne pas avoir à comprendre

Tous les fantômes, toutes les chansons sont un même mensonge
Entre ses mèches blafardes, ses rides avancées
Sur son visage d'enfant, tant d'infamies

Ô je veux être fou et marcher ses chemins
Marcher jusqu'à l'aube, ou n'être plus rien
Qu'un maillon à sa chaîne

-

Laisse moi,
Laisse moi caresser ton regard et mourir
Sans savoir, jamais, où naît cette eau de tes yeux
Cette eau salée, vivante comme autant de flots
Que ceux qui nous balaient chaque jour de leur manteau d'oubli

Je ne pensais pas revoir Lausanne sous la neige
Je n'ai jamais autant voulu que tu ne sois pas là
Ne pas sentir ton sang taper contre mes tempes
Ne pas sentir tes doigts descendre en frissonnant le long des murs
Suivre les fissures gelées, les yeux vides et le sourire perdu

Je n'ai jamais tant voulu quitter New York qu'avec toi
les longues allées de glaces qui me hantaient tant
J'en rêvais, mais tes bras pâles
comme une sauvage étreinte abîment tous les tableaux de ma jeunesse

Je veux être fou pour suivre tes routes,
l'hiver enroulé autour de ton cou
L'étranger,
Comme tu regardes ce plafond, et avec tant d'absence
Douceur avide de ces gouffres de folie
Où tu plonges tes jours, où je veille tes nuits
Laisse moi t'entendre sur ces lointains partirs*
Prends moi dans tes yeux blancs et laisse moi mourir.

mercredi 24 septembre 2008

Troubles

A Serge,


Ami,
Que le monde tremble quand tu l'embrasses
L'été se teinte de givre
de lacs gelés de bleu
de déchirures, d'eaux troubles,
Je veux qu'assise en haut du mur
Nous puissions toujours voir où s'effondrent les bords
Et que je n'entende plus
Ni les eaux courir le long des berges
Ni les oiseaux se cacher
Lorsqu'on sait qu'à l'aube tous ces champs
Sont des rives éteintes
Qui pleurent tes bras qui les laçaient

Soudain
Un balai de grises mèches agitées sous le vent
Tiède. Des saveurs lointaines perdues par la distance
Parcourent les fronts brûlants
Et les fardeaux s'affaissent

Je surplombe ces fantômes qui s'élèvent au soir
Lorsque les odeurs de printemps s'estompent
Pour laisser béant ce décompte de sable
Entre les parois vieillies
D'énormes sabliers

Mon ami
Quelques mots sur Paris
D'une route
Un tango assassin
Sur nos lèvres
Serrées des mots
non-dits
Souris
Chantés

Un jour au soleil
Une nuit au déclin
Un carreau cassé
laissant filer le rouge
le temps
l'espoir
la lumière des tourmentes
Et encore tes lèvres
Perdues dans ces buées
Tu marches loin et, je perds du regard
Le tracé de tes pas
Ô mon ami, faisons donc halte
Pour mouiller un peu nos fronts à cette eau triste
Qu'est le temps perdu

lundi 15 septembre 2008

A Rome

Nous nous levons au matin, la tête dressée à la brise
Plein d'espoir,
Et Rome s'avance au loin
Très vite

De voir cet horizon rouge sans cesse mourir et renaître
De sentir chaque membre se briser sous la pression des jours
De perdre ses yeux, son regard dans les larmes
A chaque coin de monde, à chaque coin de feu

A l'Est, regarder le soleil s'étendre
S'écouter pleurer
Attendre
Jusqu'à la nuit et plus longtemps encore
De marcher jusqu'aux montagnes
Ramper, mille ans, les genoux dans la boue
L'entendre et s'échapper
La liberté
Comme un corps sans voix s'enfuit devant l'appel

De repasser mes mains sans cesse sur la marque de ses baisers
Au lit de la rivière, la coucher
Aveugle, la remettre en son bras
Avant la fin
L'oublier

A mordre sauvagement dans son éclat de rire
Des gouttes perdues, éparpillées
Son souvenir dénudé d'une épaule sous la pluie
Éperdue et aimée

Au son des bonheurs, laisser s'échapper
Notre temps
A perdre pieds
Jours trop pleins de fins qui
Débutent
Et nous sans les quitter

J'ai des amis aux yeux semblables
A ceux des voleurs d'enfants
Avides, géants
Innocemment perdus
Des mains calleuses qu'ils passent sur les écorces mouillées
S'arrêtant sur les branches frêles
En gémissant au vent
Souvenirs d'autres rivières
D'autres femmes en linceul
D'enfants
Souvenirs de pierres
Foncées
Brouillard.

J'ai des amis aux ventres semblables
à ceux des voleurs d'enfants
Douloureux, tordus
Rongés comme de ce Rhum
Joues qui se creusent aux venues des printemps
des jours heureux qu'on voit passer
J'ai des amis qui Les connaissent
Elles se charment d'yeux ouverts
Les prennent de leurs mains
Les écoulent
Crissant
Grains de sables sur leurs mâchoires
J'ai des amis aux larmes rouges
Qui ne descendent pas
Pas plus que des mots
des crimes
Qui boivent sans fin à notre errance
Qui boivent jusqu'à leur foie
Jusqu'à trouer
Pour laisser s'écouler
L'amer

J'ai des amis qui sont morts et qui ferment la marche
Sans arrières
Sans lever les yeux
Le tracé lourd des blessures élimant leurs forces
D'un pas de guerre
Prendre la route comme on ne prend la mer
bras morts et regards vagues
Coeur accroché au mât
de bois
Mort, qui vogue entre l'abîme
et nous
dents entrechoquées au son des fracas des lames
lèvres serrées, mordues de sang
A chaque roulis nous tombons

Les goélands descendent leur dévorer le visage
Et nous repartons

dimanche 14 septembre 2008

Terrer Septembre

à L.


Des gouttes nuits qui frappent, lancinantes au soir qui vient
Cette grande bouche qu'est le chagrin d'automne
Avalant nos derniers rires dessalés.
Les soirs tissés de vents pleureurs
S'échouent auprès de feuilles froissées dès le matin
Éteints

La flasque ironie d'un jour qui se noie
Le bruit qui court insolemment sur le ciel foudroyé
Nous touchent de leurs membres délacés
Et comme une encre jetée au hasard d'un grand sombre
Vient se planter au cou de la veuve esseulée
Ils volent les lunes ambrées des jours
Nous laissant assommés au milieu d'un torrent

Les morceaux d'impuissances se collent à nos joues
Nous disons pour mieux les suspendre
Les histoires d'autres lieux hantés
Inachevées, et elles se dressent
Comme des oiseaux brûlés de froid
Nous taisons les hivers blanchis de nos mémoires
Afin d'en retenir le parfum de flocon
Immobiles enfants éperdus sous le phare
D'une contemplation


Je voudrai m'étendre, au devant des collines
Sous un lever de soleil flamboyant de soupirs
Me prendre les pieds aux rayons bleus d'émoi
Une ligne verte dessinée sous mes pieds
Les fuir
Les fuir au jour qui point
Pour terrer septembre bien en dessous des monts
Pour terrer septembre,
En oublier le ton

vendredi 12 septembre 2008

Petite pièce

Le regard tendu comme un oiseau en ciel
Tout rayonnant de froid
J'attends
Comme un miroir brisé
Coupures aux coins des doigts
L'insistance silencieuse de tes pas sur les miens
La lourde abîme qui s'ouvre sous le poids
Des sens du cauchemars
Lorsque je pleure ton corps
Regarde nous marcher au bord du monde
Les yeux clos pour n'entendre rien
Que le froissement de nos lèvres
Je suis nue

Encore tes yeux qui se rabaissent
Qui frôlent le jour descendant
Encore ces yeux qui me caressent
J'ai peur maintenant
Qu'on aime
Les doigts écartés pour clore les mots
Ne disent rien les lucioles
Lumineuses
Des points sur mes joues qui murmurent
Et sur ma bouche des tâches bleues
Comme les papillons en colère
Brûlent les amours

Sur le bout des dunes vertes
Désordonnées de vie
Tu chantes en sanglotant qu'on doit tuer la lune
Mais il est si tard qu'on n'entend plus les rires
Mourir au ciel et retomber en nuit
Perdue au loin une mouette
Attends la mer.
Regarde encore mes mains sur ton cou
Qui dansent sur la vitre
Comme des reflets de pluie
Regarde l'eau claquer des gifles sur mon torse
Tout comme mes yeux pleurent
Regarde comme je t'aime
Sans rien dire
D'heureux

jeudi 4 septembre 2008

A demi-mots


Nous sommes de l'autre côté de la barque. Il joue avec ses larmes sans jamais m'écouter, comme ce petit garçon autiste que nous connaissions autrefois, dans la jolie maison pleines de rides souriantes. Nous marchons sur l'eau, sans savoir la tête sur les épaules, et il ne me tienT pas la main, parce qu'il a grandI, dit-il. Il parle d'une voix hachée, comme s'il n'était pas là, pas vraiment, juste pour me tenir à distance de sa main. Je vois son corps, et oui, il a grandI. Pourtant il ne m'écoute pas, il ne m'entend pas, les yeux dans le vague, les poings serrés sur ses lèvres qu'il mord. Je le secoue, je veux que ses yeux brillent, mais tout est éteint, comme une grande vitre au fond de ses yeux à laquelle je me cogne.

Je voudrais savoir ce qu'il a dans le coeur, alors j'ouvre doucement ses poings tenus serrés. Il me regarde pour la première fois, et je m'effraie: je ne vois qu'un grand gouffre, un grand vide. La terreur me tienT soudain le ventre, comme un terrible mal, je le frappe pour chasser la peur, je le frappe et je l'éloigne. Je cours loin de lui, pour qu'il reste seul sur cette barque, je cours sans m'arrêter des pleurs pleins le visagE, jusqu'à que mon souffle soit un grognement, jusqu'à ce que je ne puisse plus bouger. Son col reste dans ma main comme un jouet mort, et je comprends.
Je comprends qu'il est mort, le petit frère.
J'ai juste au fond de moi des questions du comment, mais je sais que je ne pourrai plus jamais savoir. Parce que tout ça est quelque part derrière la vitre, dans un endroit où il joue avec ses mains trop grandes, avec ses mots qu'on ne comprend plus.
Je sais que c'est trop loin dans sa peau pour qu'il sache nous le montrer.
Je sais qu'il est trop loin, et je crie longtemps pour dire que j'ai mal. Peut être qu'il entend.

Je vois un grand cygne blanc tout au fond de l'eau et je pleure en silence.
Je suis revenue à petits pas près du lac, il est sombre, il est surfait, il est pleins d'eaux noires et rampantes qui veulent prendre mes jambes.

Comment ais-je pu le trouver beau.

lundi 1 septembre 2008

Ces dérives

Sous les odeurs de pluie du vieux port embué
Pour l'ombrage inquiet d'une maison sans vie
Il regardait partir les bateaux de papier
D'un creux ouvert au vent, large de ses interdits

Pris sur les lames froissées d'un sol d'aéroport
L'âme encore dévorée sous d'autres continents
Lui seul tenu debout, son ventre comme un seul bord
La bruine, la pointe au vent et l'odeur de croissants

L'élan grinçant des plis de ses yeux, de ses mains
Les vols tassés de nuit qu'on prenait à son nom
A mort; toutes élégances bannies de son parfum
Le creux comme un silence déformé sous le son

C'est en lui déposant ce gris bouquet de fleurs
A l'orée de grands pins enlacés sous la neige
Qu'il déposait ses armes tout au fond de son coeur
D'amour, de combats et de nuits prises au piège

jeudi 17 juillet 2008

Alice dès Juin

Alice
Il ne me reste qu'à compter les jours
Avec des grains de sables
Il ne me reste qu'à les égrainer
Entre les rainures du parquet
Entre mes rides
Pour qu'ils disparaissent
Pour qu'ils soient enfouis
Enfuis

Alice
D'être heureuse
De ne plus me souvenir
Je crève...
Alice
Lettre à nos jours
De rues
Aux hommes sales, aux murs gris
Soleil battant
A ses enfants pieds nus
Même la nuit
Qui courent
Que je tombe amoureuse d'une ville
Du quartier gitan aux fusillades
De te perdre
Les pieds nus de ces enfants
Je suis nue
Sous les balles de leurs rire
De leurs crachats aux terrasses de café
Ô comme je suis nue

Les bras autour de la poitrine
Flétrie
Accroupie
J'attends, la lapidation
Des heures encore
Soleil battant
Encore

Alice chante encore
Une chanson
Deux chansons
Avec la voix d'Israël
Que je te trouvais
Même si tu ne l'as jamais vu
Et moi non plus
Chante

Je compte le sable jusqu'à nous
A Munich, à Perpignan
Ou ailleurs

samedi 12 juillet 2008

Hurlements d'autres âges

A l'amertume
Encore un verre
Ivres, ils tuent
Le temps, les mots
Ivres
Ils oublient
Leurs visages,
Déformés
Gueulent doucement
Des râles à moitié morts
Misérables et grognés
Où le temps
Se compte en rides

Les femmes se taisent
Cheveux pincés
Comme leurs lèvres
Grises
Coites
Mèches blanches prises au filet
D'un chignon de grillage
Des gorges qui se tiennent
Debout
Sèches
Ce qu'il reste de pluie

Leurs murmures en ogives
Pointés au nord
Se perdent d'ignorance

Des silences allongés
Aux allures d'une tasse
D'un café
Où l'on ne noie rien
Que l'attente
La rage sourde
Endolorie
Engourdie
Sur leur langue
Mains crispées qui pleurent

Alors elles vont
Le dos courbé
Les paumes serrées autour de gerbes rouges
A peine étonnées
Visages fermés
Au vent large qui balaye
Tout

Tout,
Si ce n'est les ombres
Sous leurs yeux
Clos
Si ce n'est les ombres
Penchées
Comme des croix

L'été
Les poings fermés
Sur des tombes ouvertes
Elles cognent
Agenouillées, elles attendent
Ce qui ne s'attend plus.
Automne

De ce qu'il leur reste
Entre ce ventre retourné
Ce fusil
Serré contre une épaule
De ce qu'il leur reste
Entre les pluies brouillées
Cette gorge, sourde
De les sentir monter
Exploser
De les sentir mourir
Juste en dessous nos lèvres

Eux,
Les lèvres humides
Mordent la poussière.
Des ramassis de nuit

Elles,
Leurs lourds pas pris de neige
D'hiver
Embourbées jusqu'à la taille
Dans leur courage de crêpe
Avec ce bas-ventre plein
Noué
Ces vagues souvenirs
Le coton filé d'une trop longue attente
Où s'enfoncent
Mollement
Les hurlements d'autres âges

mercredi 25 juin 2008

Les insomnies du ciel

Prenant tes veines à leur source
Pour les remonter de mes mains malhabiles
J'ai peint le froid sur ton bras dénudé
De nos gorges brûlées
Des tréfonds d'une bouteille
Les basses d'une chanson d'un ouest édulcoré
Ce que la nuit dessine sur ton front enfiévré
Mes nuits à t'enserrer dans un semblant de veille

Ce sont nos lèvres asséchées
Nos mains qui se dévorent
Sans comprendre
Nos paumes moites tenues
L'une contre l'autre
Nos veines ouvertes aux insomnies du ciel
J'ai l'abandon au bout des doigts
Entrelacs de sang qui s'ouvrent sur la nuit
La mort au fond des mots
Silences rauques de nos départs

Tu te souviens
Nos peaux halées par le soleil
Nos corps dévorés de lumière
Les grains de sables incrustés sur ta peau
Ce qu'on vivait

Tu te souviens
Ta main prise au filet
Les tremblements du manque
Les yeux du monde tenus dans nos révulses
Les froides ruelles qui fondaient
Jusque dans l'instant

Est ce que tu priais lorsque,
Assise dans l'ombre,
Il te caressait de ses yeux avides
Est ce que tu priais
Lorsque tout ton corps se convulsait
Prêt à me rendre ton âme

J'ai pris tes veines à leur source
Les remontant de mes doigts malhabiles
J'ai goûté aux vertiges
Des jours suant de nuit

mardi 17 juin 2008

ce qu'il reste de pluie

ce qu'il reste de pluie
c'est nous
le vol de grives avant de s'écraser
un pavé sur tes doigts
qui cogne

ce qu'il reste de pluie
c'est quand
tes lèvres écorchent
de la boue
sèche
c'est quand tes poings sont des noyaux d'olives
qu'on suce jusqu'à les recracher

un vol de grive
c'est ce qu'il reste de pluie
c'est quand tu pleures
parce que je suis parti
pour l'Avenir

dimanche 8 juin 2008

jeudi 5 juin 2008

dimanche 1 juin 2008

Point de fuite

L'homme assis sur le parapet semblait avoir dévoré le monde

Il baissait la tête lentement vers le sol
Et tout soudain tournait
L'abattoir comme un mot suspendu dans son ciel
Quand les sens se perdaient du fond de notre ivresse
Rien qu'à le laisser là,
Mourir par le regard

Il contemplait le monde quand s'éteignait la nuit
Comme s'il le vomissait de ses lèvres emmêlées
Dans ses paumes, sous ses pieds
Battant le soir en trombe
On était un peu lui

Le ciel se perdait quand il suivait, hagard
Le coton fâché que dessinait le ciel
Dans un reflet de pluie éclaté sur le sol
Où s'achevait doucement sa drogue de hasard

D'une simple fuite à se tailler les veines
Nous partions sur une route volée à ce clochard
Dérobée un instant entre sommeil et pluie
A s'inventer des jours, à décompter des nuits
Pour vivre en son regard notre belle échappée
De fuir au bord du gouffre entre le pont et l'eau.

Ces envolées nocturnes qu'on imageait de loin
Ces semblants de hauteurs qui surplombaient les ombres
On les vivait au long d'un soupir éphémère
Les contours
Sauvagement arrachés d'une ligne d'horizon

Dépeindre le soir sous la brise mourante
C'est comme
Effacer du doigt les traces d'une vitre
Mouillée par les buées de nos relents de vie
C'est comme
Partir par dessus bords au dessus des sommeils
Pour fuir un nord perdu
Mourir infiniment
S’étreindre...

Pour caresser les rides d’un vieux monde étonné
Et suivre encore des yeux
Le soleil enrobé
D'un point de fuite

mardi 27 mai 2008

mardi 20 mai 2008

D'errer sur vos plis


Je me meurs doucement depuis que je vous veille
De tenir contre moi votre corps désarmé
Étouffer les bouffées de sanglots asséchés
Jusqu'à ce que s'éteignent vos derniers gémissements
Je me sens crime du bout de ma poitrine,
Fébrile, je bats.

J'irai au jour qui vient errer de par le monde
Jusqu'à ce que s'égare la rage douloureuse
Des chagrins qui s'éteignent dans les flammes des lointains
D'apaiser les rages sourdes transposées de combats
Au rythme de vos souffles sous ma nuque tendue
Désaccordés, les bruits de ces retours
Je me souviens de tout
Je prends la mer jusqu'à m'y évader
De cette île de détresse où je nous vois sombrer
Que ne puisse se taire le souvenir de vos cris
Au son de mes mémoires
D'expier doucement un passé d'ignorance
Poursuivre n'importe où des chimères de revanche
Pourvu d'en assouvir les émois déchirants
Ou je vais tomber là, votre agonie dans mes bras

Il faut que j'aille tous les frapper
Ces grives voleuses aux griffes d'acier
Tirer dans leurs ailes, déplumer leurs ballets
Nocturnes. A l'allumer sous leur bûcher
Ce feu soufflé dans vos prunelles.
Il vaut mieux que j'aille brûler leurs ombres
Plutôt que de périr noyée entre vos yeux
Morts par raison

Il faudra bien que j'aille demain violer leur tombe
S'ils sont morts. Et s'ils sont vivants
Déposer sous leurs pieds des bouquets de misères
Comme ces mauvaises vengeances si mal interprétées
Comme si tout avait une importance
Maintenant que vous êtes de ces ombres
De ces sombres
Que nul ne saurait plus atteindre
A quoi bon les enfreindre
Ces règles de papier
Puisque rien
Ne pourrait embrasser mon pardon
Depuis qu'ils ont plissé vos fronts.

samedi 17 mai 2008

Je ne veux rien dire

Elle s'est allongée sur mon côté et j'ai oublié. Je n'avais pas dit l'amour depuis une année lumière, et ce fut ce jour là que mon coeur décida de s'éteindre et de vomir tous les mouvements de ses bas ventres.

Le plus loin était sous les marches, quand on tombait de haut en bas.
Quand la hache fendait tout de haut en bas.
Elle jouait de nos reflets comme des cheveux entre nos doigts. Elle nous entrelaçait, j'étais le chiffon déchiré qui bouchait l'encoignure. J'étais bien, de là haut, à laisser entrer l'air comme si je ne servais à rien. Comme l'atelier de bois et les pots de peinture dont on enduisait nos visages sans couleurs.
Elle repasse avec de l'huile colorée tous les montants de porte pour que l'on ait conscience des traversées, parce qu'elle a écrit tous les grands voyages, quand elle s'en est allée.

Les grands amours naissent sur les grèves, j'ai appris ça petite sur le banc d'une morgue à compter sur mes doigts au bout de combien de minutes maman pleurerait.
Je le faisais vaillamment, m'appliquant à me tromper, mais je gagnais toujours.

J'entrechoquais les billes, et j'ai pris conscience que le temps ne passait pas.
Chez les autres, il allait toujours; chez nous il stagnait. Et les moisissures remontaient lentement, surnageant sur le crachat de nos silences.
J'ai appris entre les fissures du vase que maman laissait vide pour mettre en valeur l'absence que je ne savais pas parler de moi. Elle rodait entre tous mes mots, les ombres fanatiques qu'elle déposait sournoisement sous les yeux de maman, ces paroles hystériques qu'elle glissait sous ses lèvres.
Je ne grandissais plus.
J'ai soufflé souvent les parachutes des pissenlits trop vieux, un par un, les envoyant valser les yeux éblouis; tandis qu'elle jetait son pied au beau milieu, et ils volaient, et je pleurais de tous ces lilliputiens que je n'avais pu souffler.
Je ne voyais plus rien.
Je suis restée aveugle quand son corps était mort entre les bras du grand homme, je n'avais rien vu, rien entendu, il y avait un énorme bourdon dans mes oreilles qui ne voulait pas s'en aller, j'avais froid, j'avais mal, et personne jamais ne le saurait, sauf cette grande statue où elle reposait maintenant. Pourquoi était-elle montée, j'ai oublié; il devait y avoir des pommes au dessus des bras de l'homme. Pourquoi est ce qu'aucun d'eux ne bougeait, et pourquoi tenaient ils leurs peaux si blanches sous mes yeux, j'étais trop petite.


J'ai tenu ma poitrine contre son épaule, comme dans un film d'amour mêlé de crème glacé, sauf que je ne l'aimais pas. Il me tenait fermement la main, à m'en faire mal, et je ne disais rien, parce que tout au fond de moi, ça gémissait. La sale petite garce jouissait en silence de son lieu de damnation, de mes déboires, ou de cette main que je pressais, pressais, jusqu'à ce que le bourdon revienne.


Il a fallu qu'elle pose sa tête contre ma hanche affaissée, et qu'elle laisse ses larmes en emplir le creux, fantomatique. Je venais d'oublier ce que c'était qu'aimer, je venais de quitter le bord, mon mouchoir flottait négligemment sur la mer, tandis que j'agitais ma main vers le port vide.
Je ne sais plus laquelle se tenait à mon côté, laquelle gémissait de ses pleurs de nouveau-né, laquelle me hantait encore. Elles s'étaient confondues. Je n'ai jamais su parler de moi, alors je parlais des autres comme s'ils étaient des êtres différents. C'était un jeu morbide qui venait de me prendre, me prendre comme un coque béante.
Comme si je n'avais aucune barrière, elle a franchi les écarts patiemment dressés pour basculer mon entre-jambe. C'était une puce.
J'imaginais les gémissements, le bourdon chantait trop fort, jusqu'à ce que j'ouvre les yeux, et
On aurait dit la mer tellement c'était mort, tellement le silence cognait, car
tellement c'était affreux, tellement c'était grand, j'en pleurais. J'en versais toutes les pluies de parachutes qu'elle avait assassinés.

vendredi 16 mai 2008

Les odes jetés sur nos épaules


Puisqu'il faudra bien qu'un jour je choisisse entre ma douleur et la tienne
D'avoir à graver lentement les étoiles sur ta peau
Les dessins de tes épaules fraîchement effacés au courant
Des pensées volées aux migrateurs endormis
Au milieu des orages dégorgés de lumière
Et les nuits comme des taches d'encres jetées dessus nos têtes,
Me glissaient des larmes silencieuses
Tel ce manteau de pluie qui mouillait nos joues
Quand nos doigts ne se croisaient plus pour mourir enlacés
Tous ces silences qui n'en seront plus car il y a, brodé
Le lin d'une robe déployée aux zéphyrs
Pour s'élancer de nos tourments comme cette colline affaissée
Qui se dresse un instant au venir de l'été;
Les chemins d'une veille qui commence au matin
A tenir frissonnant les débuts de septembre
Ton ombre entre les vignes et ta main au couchant.
Que ne puis-je apprendre à dire je t'aime
en vérité.


Alors nous péchâmes les regrets en pelotes serrées
Et les rangs d'espoirs défilaient, à couper au couteau
J'étais le brouillard et tu étais la lune
Qui chantait les barbelés en charmant l'écorchure
Tissées entre nos lèvres décousues par les haines
Parce qu'en vérité,
je t'aime.

vendredi 2 mai 2008

La simple folie

J'ai mal de toi.
Du fond de l'être, je reste un peu perdue
Les tréfonds se mélangent
J'ai comme une chanson au fond de la tête qui murmure il fallait pas, il fallait pas
Les bruits se brisent sur les absences
Nous semons le chemin de cailloux colorés
Tu ne trouveras pas la route si tu reviens de nuit
Il faut que tu partes tôt, juste après le soleil
Pour ne pas le perdre de vue.
Il neige à Locmaria

Je n'ai pas séché au soleil comme tu l'avais promis
Ils m'ont posés des lames sur les joues
Il voulait que tu reflètes,
Du fond de ton trou
Mais je t'en prie restes-y
On a pas vraiment besoin de toi
Il fallait que je te mente, autrement moi aussi je restais là...

Les cailloux colorés, promets moi de les suivre
Quand tu sortiras
On aura laissé des lumignons sur la route pour que tu ne te perdes pas
Et s'ils refusent, je le ferai malgré moi
N'ai pas peur s'il te plaît.
Si je t'ai laissé tout seul c'est pour que tu n'oublies pas
On se souvient quand on a personne à qui le laisser
On a pas le choix

J'ai mal de toi
Ce soir ne boit pas quand je serais loin
On aura assez de tes larmes pour repeindre le chemin
En milles couleurs,
Et des gomettes en forme de coeur.
Tu sais je ne voulais pas ressembler à un voleur
Je voulais te dire je t'aime,
Mais j'ai pris le train de 4h25
Alors forcément...
Je t'ai laissé une valise avec les vieilles affaire du bébé
Celui qu'on avait imaginé
Je t'ai aussi laissé une prison
Pour que tu t'évades.
Mais s'il te plaît ne perds pas la clef,
Elle est sous le paillasson
S'il te plaît ramène là moi quand tu reviendras
Sinon on restera enfermé
Dehors
Et il neige, à Locmaria.

Je fais semblant de penser que c'est toi qui est parti pour ne pas mourir trop vite

Lou s'est cachée derrière une fenêtre
Alors si tu viens
A la maison au bord de la mer
Tu la devineras
Tu ne la sauras pas, mais tu la devineras

C'est elle qui m'a prêté les lumignons,
alors
n'oublie pas de dire merci.

A Jean

Son âme est bleu*

Son âme est bleu*

Effacée, elle demeure
Tout au milieu du salon
Prostrée au fond d'un vieux fauteuil
La douce fée du logis.
les yeux rivés sur les rideaux tirés
A sursauter à chaque bruit de clefs,
A chaque bruit de pas sur les pavés mouillés

Tristement inclinée,
Sa tête de poupée
Elle attend, sagement, le retour de la bête
du fond de sa caverne
Sur l'image imposée d'une pointe de fusil
Il sera en retard,
Il vient toujours trop tard...

Et les effluves d'alcool chantent déjà au loin
Leur triste refrain

Son âme est bleu
Énorme bleu de la taille d'une paume,
aux contours violacés
Qui lui mange les joues le cou et le visage
S'assombrissant au soir comme un soleil noir
Quand l'attente paroxystique.
Le jour baisse à sa vue et l'angoisse surnage;
La pointe de ses pieds
Rivalise tristement
Avec les lourdes chausses
Décalquées sur ses joues
Qui cognent dans sa tête
Battant si bien
La mesure de ses cris.

Son âme est bleu
Sous la lumière jaunâtre d'une lampe de chevet
Lorsque s'élèvent, silencieux
Les fins lambeaux d'aurores
les beaux rayons de nuit
Mangeant son auréole
Elle file.
Ses pieds nus, endoloris,
Ses petons sur le tapis
Se posent, gémissant.
Sur les rides du parquet
Où tous les jours, elle repasse son doigt
pour les dissimuler.

Il grogne dans son sommeil.
Immobile, elle attend
Que le cyclope referme son oeil de géant
Elle a si peur de l'éveiller, si peur de le fâcher...
La salle de bain, à tâtons
Il faut qu'elle se lave, il faut qu'elle pleure
Qu'elle retire ces morceaux de lui,
De nuit.

Son âme est bleu
Un bleu-noir, brisure violacée
Fendu de haut en bas
La marque de ses poings posés sur sa poitrine
Qui tousse doucement au souvenir des coups
Son dos tout lézardé
Courbé par les années
Que forme l'avenir.
...comme ses pointes de fer rouge
Qu'elle lisait dans les livres.

Les yeux morts elle se tait
Derrière la porte close
De la grande salle de bain
Les pleurs silencieux.
Il ne faut pas qu'il sache,
il la tuerait, sans doute.
Son regard plongé dans le vide du reflet
Le gouffre gris d'acier comparable à son âme;
Les lèvres striées de sang
De s'être trop mordue
Les coups sur le visage
Et le sang sur les cuisses.
Le miroir fait l'esquisse devant ses yeux hagards
D'un fantôme mort-vivant.

S'accrocher au rebord
Le lavabo trop blanc
Les néons la pâlissent
Sa tête lui tourne, vomir, il faut vomir
Ses phalanges blanchies de s'être trop crispées
Pendant qu'il la prenait
Pendant qu'il la violait
Pour la millième fois
Elle ne pleurait pas, alors;
Elle crevait.

Les longues larmes vicieuses
Sous les cernes ombrés
Creusés par le reflet
Se tordent dans la glace
Son âme est bleu
Morsure infâme marquée sur ses épaules
Comme tous ces tremblements qui ne veulent s'apaiser.
Dans la chambre endormi, il attend le matin
Le petit déjeuner
Que tu viennes l'embrasser
Il faut que tu l'embrasses
Avec un doux sourire.

jeudi 24 avril 2008

A peindre Cuba


Assis négligemment comme le condamné à mort qu'il était autrefois sur son vieux lit de fer, il jouait. Ses paumes moites et foncées cognaient les touches sans émoi, mais avec cette délicatesse malhabile, cette délicatesse de géant. Il allumait de sa musique toutes les flammes des spectateurs qui n'existaient pas.
De ces lueurs folles qui ne s'allument pas mais qui plutôt s'assombrissent dans les regards. Il jouait du piano, les épaules voûtées. Il jouait de tout ce qui ne s'était pas passé cette nuit là sur les quais, et plus tard entre les draps de la femme, les doigts crispés il jouait et il n'était plus rien. Que ce chagrin indicible couché entre les notes. Chopin.
Le silence succéda aux dernière notes -fausses, et il s'applaudit; tout au milieu de la cave sombre.
Claquement sec avant le rire grossier.
Tout cela lui rappelait la prison, le couloir de la mort, et la mort qui n'était pas au bout.
En était-il sorti, de cette cave de noir, de cette prison de jour qui se tenait dans sa tête, en était il sorti qu'il ne le savait pas. C'était pareil, et même. C'était toujours pareil.
Le géant noir jouait, et dans sa tête tout se taisait. Sa pauvre tête.

(Ma main sur ta nuque, mes ongles qui t'écorchent, je ne bougerai pas tant qu'ils n'auront pas sombré, cet homme et cet enfant; je ne bougerai pas. Tu ne dis rien, l'homme noir. As tu déjà vu Cuba? redemande la femme, et ses yeux ressemblent à ceux du peintre, durant un instant.)

Dans ses draps.
Dans les bras de la femme, il y a bien longtemps. C'était ces bras qui l'avaient mené en cage. Ces bras.
Il est redevenu il y a bien plus longtemps encore. Il est revenu sur les quais de la première fois.

Il avait le ciel tatoué sur la peau, tout son corps dévoré de soleil, et ses yeux, c'était la folie dansante, la nuit et l'ouest tenu entre ses dents jaunies.
Il avait de ces manières de vous regarder, avec ce demi sourire tenu dans la gorge, qui vous vissait à ses pas à tout jamais, tout en vous interdisant de vous y accrocher.
Le peintre.
Entre ses reins les vents de sable tatoués.
Lui c'était sa chance. Il ne savait pas où il allait, mais c'est là qu'il fallait aller, même si cet endroit s'appelait hasard. Ou Cuba.
L'enfant noir l'avait suivi.
S'il avait su que lorsqu'il verrait les montagnes pour la première fois, il n'aurait plus même la force d'y lever les yeux.
S'il avait su que la route le dépècerait avant qu'il n'arrive, qu'il ne verrait pas Cuba...
Il serait parti quand même.


Le peintre.
C'était bien plus que Cuba, c'était le reste du monde en un seul regard. Il lui en avait lancé un, de regard, et il s'était pissé dessus, le petit noir. Il avait de ces manières de vous regarder avec ce demi sourire tenu dans la gorge, qui vous vissait à ses pas tout en vous interdisant de vous y accrocher. L'enfant noir n'était pas encore géant, ces jours là, il n'était rien qu'un trouillard. Il n'avait pas tant changé. Accroché.

Il l'avait connu dans la rue. C'était un trouillard l'enfant noir, il fuyait les rues sales et pauvres, il fuyait le monde comme s'il cherchait quelqu'un. Il pensait qu'au bout de la route, même s'il n'y avait rien, il y aurait quelque chose. L'homme lui avait promis Cuba par le regard. Il savait bien que l'ouest n'était pas du côté de Cuba, pourtant il l'avait suivi. Jusqu'ici.


Combien de routes, il ne les avait pas comptées.

L'homme ne parlait jamais, alors l'enfant ne lui répondait pas. De faux compagnons de route. L'enfant croyait ses yeux, le peintre ignorait ses croyances, et tout était bon à prendre.
Mais il s'éloigne, l'homme au cigare, comme si de rien n'était, parce que rien n'était, dans le fond. Il s'éloigne sans se retourner, pour conserver un peu de prestance dans cette pseudo tragédie. C'est grotesque, grotesque à en mettre du sel au coin des yeux. Après les mille marchés dans ses pas, après la mer, cette mer si douce qui s'agite partout, après tant de terre entre ses ongles...
L'enfant est par terre et l'homme s'éloigne.

Mais je n'ai jamais vu Cuba gémit l'enfant-géant
Moi non plus, petit, répondit l'homme dans sa grimace de sourire.


(Je ne lâcherai pas ton cou, redit la femme, tant que tu ne m'auras pas dit Cuba. Alors le géant pleure, il ne se souvient pas de Cuba.)

L'enfant pleurait aussi. Allongé sur son côté, il n'avait pas fait un geste, ni pour se rebeller ni pour le retenir. Il n'est bon qu'à pleurer. Pleurer Cuba, pleurer les peintures qu'il ne verra jamais. L'enfant est un trouillard. Il garde ses yeux tenus au sol, sur le reflet de ces pas qui s'éloignent, et il ne doit rien voir tellement il pleure ses rêves, et comme il est beau de voir ses sanglots se perdre. C'est beau. C'est beau comme un orage tout d'un coup déversé.

(Non, je tiendrai ta nuque jusqu'à ce que son corps convulsé se soit apaisé, jusqu'à que San Francisco tout entier ne soit qu'un amas de brume déchirée par les bateaux s'avançant sur le quai. Jusqu'à ce que la pluie ait recouvert les souvenirs. Non je ne te quitterai pas. Dis moi Cuba. Dis moi cette mer d'azur, ses plages et les plateaux.

L'homme, là bas, a déjà disparu, je ne peux plus te dire! reprend le géant.)


Les notes étaient fausses. Les dernières notes étaient fausses.

Il n'était pas mort sur ce quai, ç'aurait été trop simple. Il s'était éveillé à l'aube; les yeux tournés vers la mer juste à temps pour apercevoir son corps flotter entre les quais. Son sourire était le même, mais le bleu s'était dilué. Il ressemblait à n'importe qui, maintenant qu'il avait les mains propres.
Le peintre à la cervelle sautée.
De ne savoir pourquoi, de ne vouloir savoir, et des îles qui s'éloignent. Se relever, marcher. Apprendre la musique pour se souvenir du bateau esquissé par les toiles, de ce bleu étalé sur ses mains.
Aimer une femme, aimer ses draps, aimer son amour. L'aimer moins que Cuba.
Et de ne jamais comprendre d'où venait la mort.
Bye bye Cuba.

(J'ai les yeux flous de toi mon amour, j'ai les yeux flous.)

Le géant se souvient à peine de quand il l'a étranglé. C'était quand elle avait voulu ses morceaux de Cuba.

mardi 22 avril 2008

Gratter la cicatrice

Gratter la cicatrice
toi
le temps d'attendre
les détestables sourires
toi
et encore t'aimer
encore te salir
à coups de poings dans l'âme
je veux te mourir

toi

les lèvres écorchées
te déchire
le temps d'un baiser
soupir.
On se décharne de nuit
et on s'acharne
en toi
j'ai toi sous la peau
après les mots
toi
pour l'éternité
jusqu'à la chute
le gouffre
t'aimer parce que je souffre

toi

je prie pour que tu partes
pour que tu meures au combat
si tu savais comme je me fiche
du cancer et du tabac
toi
tes phalanges je les pends
avec des filets de pêcheurs
une à une au plafond
toi
la nuit, la mer, le sang
aimer, et l'enfant
que tu te perdes,
jure moi
de crever là, sans fin
ne reviens pas
si tu reviens je nous tuerai
volerai nos vies
coffrets de bois
à la hache et à la rouille
le coeur de blanche neige empalé
entre nous

pour que tu t'y noies.

et des adagios,
des adagios sur tes silences
râlements précoces
pour la fin, encore elle

toi
je te coupe lentement les cheveux
pour que tu sois chauve
je te veux chauve
je ne te veux pas.
les décharges sous la peau
les frôlements,
sensuels
si tu savais comme je me fous
comme je me fous
d'elles
si tu savais comme je me fous
seule dans mon lit
mes rires
si tu savais
jaunis
toi sans l'écho
toi sans résonance
toi quand tu crèves
toi quand tu danses
comme si tes bras avaient encore de l'importance
toi
je n'ai que ça
toi
derrière les ricanements
on se marche sur les pieds
pour faire semblant de ne pas entendre gémir
on rampe sur ton paillasson,
dis, tu entends,
quelqu'un rampe
ce n'est pas moi, moi je suis là
toi
là sous toi
derrière la porte, j'ai dis
pas de porte, c'est vrai
c'est comme si on s'aimait
pour de faux
parce que je te déteste
en mots
parce que je te défais
de trop
toi et tes lèvres
toi et tes fièvres
les miennes
on s'emballe
je veux que tu tombes

tu me regardes...
je te veux une tombe
plantée dessous notre arbre
effeuillé
je te veux nu

ce serait une fuite de conclure en je t'aime
toi...
je ne t'aime pas

samedi 19 avril 2008

Je suis un débris

Ceux qui auront le courage de lire ce trop long texte, ceux là je les remercie.
Ceux qui n'en auront pas le courage, aussi. Je ne suis pas en synthétique, hélas.
Pardon.


Ma tendre Alice,

Ici, nous nous éteignons doucement. Je le sens, dans chacune de mes fibres. Le pire est que nous le savons tous, même si personne n'irait s'égarer à le dire haut et fort. Ils sont tous morts dans leurs sourires esquintés, leurs dents en or arrachées, leur soupirs. Nous parlons, c'est dérisoire tellement nous parlons. Nous crachons tous les mots qui pourraient nous rattacher. Je prononce ton nom huit fois par jour pour ne pas l'oublier.
Nous sommes perdus.
Nous sommes un radeau à la dérive, la grande voile blanche depuis longtemps baissée. L'eau monte doucement, et nous écopons sans conviction. C'est un combat de titan qui sera gagné à coup de fatigue et de lassitude. Nous avons déjà perdu. Mais le pire, c'est l'attente.
Ce n'est que le début de la fin, et après tout peut être en sortirons nous.

*

Thiv a été le premier à partir. Il était plus pâle que les autres, depuis longtemps; cependant je le croyais fort. Comme quoi, je n'ai plus même le discernement nécessaire pour distinguer ceux qui se tiennent vaillamment au bord de la falaise des rampants. Thiv avait les yeux blancs, comme nous tous à présent. Ce fut le premier, mais il y en aura d'autres. La prochaine sera Lio, Lio se meurt. J'auraisi pu l'aimer, cette petite fille, mais je ne l'aimerai pas. Elle est condamnée. Elle continue de croire à un nouveau matin, il lui arrive même de sourire. Elle a trop d'espoir, les déceptions seront d'autant plus lourdes et elle est bien trop frêle pour y résister. Je n'ai pas le temps d'aimer une condamnée.

*

Trois autres sont partis. Les jours se creusent comme des blancs dans nos regards. Ce matin, lorsque j'ai voulu dire quelques mots sur la perte de nos camarades je n'ai pas réussi à parler. Cela fait sans doute trop longtemps que je n'avais pas essayé. Si même ma voix s'éteint, que me reste-t-il, dis le moi...Je suis un mort vivant, je le sais. Je sais maintenant que nous allons tous mourir. J'ai compris en voyant que le cadavre de Thiv avait été déterré, et que des morceaux de corps lui manquaient. Je n'ai plus même de temps pour m'horrifier, je veille. Nous n'avons plus même à tuer le temps, il se tue tout seul doucement.

*

J'ai peur. Depuis le début, jamais je n'avais encore frissonné, et c'est aujourd'hui que j'ai peur, alors qu'il reste juste Lio effondrée sur mes genoux saisie de convulsions, juste nous...Pourtant je le savais, pourtant je l'attendais d'un pied ferme, et maintenant...J'en suis venu à prier de mourir avant elle. Je ne veux pas rester le dernier, je ne veux pas avoir à déchiqueter moi aussi leurs bouts de cadavres, je ne veux pas ramper entre leurs corps, je ne veux pas être seul.
La lâcheté m'étouffe, cela ne fait aucun doute, mais si Lio continue de faiblir, je me trancherai les veines. J'ai du sang plein les yeux à l'idée de la voir seule au milieu de nos corps, mais je ne pourrai...non, je ne pourrai. Elle est jeune. Je suis égoïste. La mort m'a rendu égoïste.
Alice, je ne veux pas mourir. Mes lettres, tu pourras les brûler, mes lettres, tu ne les regarderas pas, mais je ne veux pas mourir. Mes lettres que tu ne reçois pas, parce que personne ne les envoie. ça m'est égal, ça m'est bien égal, je ne veux pas mourir.
Entre mes bras elle agonise, la douce Lio, cette petite fille qui pensait vivre. Elle n'en démord pas, même maintenant, quand elle me regarde elle sourit, et elle dit « nous vivrons ». Elle dit « j'ai confiance ». Maintenant je la crois
Maintenant nous crevons

*

Si nous ne sommes pas morts, c'est qu'il reste un soleil. Je l'imagine, puisque maintenant mes yeux sont aussi blancs. Peut être Lio le verra-t-elle, alors elle me racontera. En rampant sur le sol dur, si plein d'obscurité, j'ai cru sentir mon estomac se retourner. Depuis combien d'années n'ai-je pas mangé, autre chose que la poussière ?
Je risque sans doute de m'éteindre ici, comme un pauvre con, alors que nous avons presque survécu. J'espère juste que Lio vivra. Qu'elle apprendra à nouveau à marcher, à rêver. J'espère juste que Lio vivra, pour nous tous.


***


Je suis dehors. Lio, je ne sais pas. Je ne l'ai jamais revue. Lorsque je marche dans la rue les yeux fixés sur le ciel, même au plus gris, quand je tire la langue pour goûter les gouttes de pluie, ou que je tiens longuement les marrons dans mes mains, ils me disent fou. Quand je jette des cailloux au milieux des lacs.
Je suis un enfant, c'est terrible.
J'ai mal au coeur comme jamais, et bon sang, jamais je n'ai été aussi vivant.
Je n'ai jamais pensé qu'un jour j'oublierai. Ce n'est pas facile de traîner comme un pauvre lourd son passé sur le coeur, ce n'est pas simple de se dire qu'on est à moitié crevé de l'intérieur. Parce que c'est cela, j'ai la moitié de moi complètement putréfiée. Hell la scandinave n'a rien à m'envier, moi aussi j'ai vécu dans une grotte où le sol était fait de crânes.
J'ai un poisson rouge à présent, je le regarde tourner, je suis lui.
Les poissons rouges comprennent. Simplement, eux ils oublient.
Le pire est que personne ne comprend. Tout le monde dit « mais ils reviennent, vous comprenez... », et les regards se font compréhensifs: « c'est incompréhensible, les pauvres, indescriptible ce qu'ils ont dans l'âme». Connerie. Vous pouvez tous comprendre, ça vous arrange de garder le grand mystère. L'indescriptible...
Ce n'est pas grave, je m'en fous. Je m'en fous, je peux tremper mes lèvres dans le whisky et m'allonger dans les pommiers. Je m'en fous.
Je ne peux plus me regarder dans les vitres, sûrement pas plus que les autres peuvent me regarder dans les yeux.
Je suis crevé dedans.
Je suis crevé.
Et je suis vivant. Putain la vie est belle.
J'ai les larmes aux yeux devant les films d'amour, Alice dit que je suis devenu sensible. Alice mon amie presqu'imaginaire.
Alice préfère ne pas comprendre.
Je mange des glaces à la vanille et je fais du manège. Ça fait rire les gosses, le vieux sur le manège.
J'ai perdu tout mon beau pragmatisme, je balance des gros mots autant que je peux, je bois de la bière et je fous des coups de pieds aux pigeons.
J'ai des trop pleins et des vides plein le cœur, c'est comme si j'avais toute la vie du monde dans la poche.
Je n'ai jamais eu autant mal.


Parfois, je rencontre l'un des Autres. Par hasard, le plus souvent. Ce sont tous des inconnus, tous des gens d'autres sous-sols. Ceux qui comme moi ont réussi à se relever après coup. Ceux qui ne sont pas morts au début, ceux qui ne se sont pas taillés les veines, et ceux qui n'ont pas décidé de rester allongés au milieu des cadavres.
Et surtout, ceux qui ne se sont pas pendus en rentrant.
Nous nous asseyons dans de grands fauteuils rouges. Chacun de nous s'y enfonce le plus profondément possible. Je sais qu'ils pensent sans moi.
Nous restons en silence, parce qu'il n'y a rien à dire. Nous ne nous racontons pas les agonies, nous ne nous regardons pas dans les yeux.
Nous grillons une cigarette et nous nous cachons dans la fumée. Nous crachons. Des jurons jetés. Et nous gardons encore un peu de silence.

*

Hier je suis allé dans un cimetière X, plein d'herbes folles. Sur une tombe. J'ai gardé les yeux vides longtemps.
Lio, décédée à l'âge de 19ans.

La femme s'approche de moi et me pose une main sur l'épaule. Elle ressemble à Alice. Elle me regarde pleine de compassion:
« Vous la connaissiez, la gamine, avant l'horreur ? Pauvre gosse. Le médecin légiste a dit qu'elle aurait sûrement put vivre autant qu'elle voulait. On l'a violée, la petite. On l'a violée avec tout le désespoir du monde. Plusieurs jours, plusieurs semaines peut être avant qu'elle s'en sorte. Un fou désespéré par la fin qui était avec elle, sans doute.
C'était une battante, elle aurait pu vivre après, la Lio, puisqu'elle avait tenu jusqu'au presque bout. Mais survivre à ce putain de viol, ça, elle en a pas eu le courage. La vie est laide, n'est ce pas? »

Il y avait des choses que j'avais oubliés, finalement. On a sûrement tous oublié des choses. Je préfère être un poisson rouge, Alice, je déteste être humain. Je déteste être.
Je ne sais pas si je continuerai longtemps.
Je dois faire semblant quelques temps, pour montrer qu'on peut survivre.
J'aurais pu l'aimer pour de vrai, cette gamine. Il est dommage que là bas, je n'ai jamais réussi à croire aux matins.

jeudi 17 avril 2008

Les liés

Ils attendaient en se frottant les poignets les yeux perdus sur les décors pourtant si nus du ravage
Les pieds noués par des liens invisibles, hagards, étourdis
Leurs visages décharnés inconsciemment offerts à une brise dérisoire
Ils respiraient en comptant les bouffées
Ivres de nuit.

Ils attendaient devant la grande bâtisse à regarder les flammes s'élever,
Jusqu'à ce que s'éteigne l'illusion à laquelle ils n'osaient croire
Jusqu'à ce qu'elle s'ancre aux milieux des décombres, des barreaux d'acier,
Leur liberté

Tels des enfants au premier pas, ils essayaient d'accrocher des yeux les étoiles
Nouveaux nés hésitants, n'osant saisir la douceur apaisée d'une nocturne
Paralysés de ces froissements qui étourdissaient leurs oreilles
Les couleurs de nuit trop bleues pour être vraies,
Ou les effets du vent sur les lèvres brûlées
Ils balbutiaient des silences.

(...)

Ils se traînaient comme un troupeau de chiens errants
Enfants perdus devant la largesse d'avoir plus de cent pas pour tourner
Leurs pieds nus écorchés dans le sable, affrontant bravement les chemins
Ils marchaient.
Les routes se liguaient contre leurs souffles emmêlés
Suivant le chemin retrouvé de la légende
La grande révolte avait commencé.

Pourtant,
Ils ne sentaient plus les matins sourires sur leurs fronts
Les yeux blancs des aveugles à trop regarder l'ombre
Avaient oublié.
Du dessous de la terre ils gardaient leur angoisse,
Ils ne comprenaient plus
Les vers du poème qui les avaient guidés
Alors ils marchaient au hasard, cherchant le vent du destin
Les réprouvés.

Maudits depuis l'enfance, ou comme si
Puisque ceux qui ne l'étaient pas sont morts dans la descente
La marques des fers entre leurs omoplates
Brillaient sur leurs dos nus.
Ils n'inspiraient pas les effluves des crépuscules
Ils ne les avaient jamais apprises
Les douceurs de la route.
Les chaînes étaient ailleurs.

Mais ils marchaient
Irrésistiblement attirés vers la mer

Quand les grandes voiles blanches se dressèrent au loin
Vivifiant l'horizon d'un dessin de promesse
Ils restèrent prostrés dans le sable sans comprendre.
Ils auraient put partir et quitter les rivages brûlants de cette terre d'esclavage
Et pourtant ils restèrent
Les chaînes n'étaient pas dans les fers,
Les chaînes étaient d'esprit

mardi 15 avril 2008

Futilités grises

Je ne veux pas descendre.
Ils me font peur tes bras
Ils pensent trop, je ne t'aime pas;
Non, je te déteste, tu me rends triste
Je déteste être triste avec toi.

Penchée dessus ma branche
Comme l'oiseau au réveil
Doucement balancer mes pieds au dessus toi
Imaginer l'été,
Les cerisiers
Comme ceux sous lesquels nous mangions près du soleil levant
Oublier tes nuages.
Fragiles, sous mes paupières closes
Les sentir battre, les souvenirs
Me poussant sur le bord, déchirant, déchirés
Ils veulent que je tombe, ils veulent que je me rende
Mais je ne perdrai pas.
Alors je serre les poings
Pour ne plus les penser.

Je ne veux pas descendre, tu vas tout gribouiller
On est si bien là haut à écouter le vent
Je ne veux pas t'entendre, je ne veux pas savoir
J'ai déjà perdu trop de rayons
De nuit et de soleil
A laisser battre mon cœur
Près de toi


J'avais dans le cœur une chanson légère
Tu me l'as éteinte d'un coup d'amour
Tu parlais trop fort, tu parlais trop vrai.
J'avais peur.
Derrière, on les entendait chanter, ces oiseaux bleus
Je n'aspirais à rien d'autre qu'à la fin
Que je puisse m'étendre, oublier
Les écouter pleurer à mes côtés


C'est ta faute.
C'est parce que tu m'aimais.
C'est quand tu me tenais, les yeux au fond des yeux
A me dire des mots tendres
Sérieux, à m'en fendre l'âme
De tes promesses.
Ça faisait mal.

Ce que je détestais c'était quand tu partais
Quand je devais être vide pour écouter l'attente
Résonner jusqu'au fond
De froid, de nuit, le cœur serré
Contempler la fenêtre, et ne plus l'aimer
Ce bruit sourd de la pluie
Le haïr à s'en cogner la tête
Ce martellement sans fin
Ô comme il me ravissait
Lorsque nous étions deux à l'écouter tomber.

Je veux juste de l'eau fraîche
Et rester dans mon arbre
A regarder mourir le jour entre mes bras.
C'est trop sérieux d'essayer de t'aimer.

Je rêvais d'une lumière
Qui s'écraserait au ras de nos pieds
Des mots légers, juste légers
Pleins d'envol et de silence
Contemplation
A m'asseoir comme l'enfant
Au creux de tes genoux
Pour voir le soleil se coucher, comme dans ces très vieux films
La main dans la main, le sable caressant
Et les couleurs en plus fondues

Je rêvais de demains où l'on ne saurait pas
Juste de demains où je serai à toi
Comme une petite fille, comme un parfum
A ne pas regarder où étaient les appuis
Quand on va plus vite on peut rêver plus loin.

Je ne veux pas descendre,
il fait trop froid en bas.

Je veux rester ici à manger le soleil.

Je n'aime pas, moi, tomber
Amoureuse

vendredi 11 avril 2008

Comme un soleil de cire

(Je t'aime comme un coin de soleil
Posé sur des lèvres endormies)


Nous aimons descendre en dessous du niveau de l'eau pour noyer sous les plis du monde nos gouttes de chagrin.
Pour prendre part au silence d'une fin de nuit, quand la terre vibre doucement au son du petit jour
Nous nous allongeons en silence en glissant nos doigts sur les brins de coton.
Éternels et perdus, nous écoutions.

(Je t'aime comme un feu de paille à demi éteint
Sur lequel on souffle juste pour ranimer les rougeoiements de l'instant)

Nous venions nous promener aux bords des champs dorés pour confondre en nos yeux le blond de leurs cheveux
Outrageusement nous attendions que le jour décline pour pouvoir contempler les dernières lumières les ombrer d'une auréole de contre-jours.
Nous enfilions nos doigts tout contre leurs robes de lin, froissées. Nous nous laissions mourir tout doucement.

(Je t'aime parce que j'ai presque oublié,
Parce qu'il ne reste rien).


Nous leur faisions peur avec nos mots d'adultes, avec nos regards, et parce qu'ils ignoraient quelles ombres nous fuyions.
Nous passions nos mains au dessus d'une flamme, et nous frissonnions. Il nous manquait un mois de mai après la guerre, quand l'après ne finissait pas.

(Il n'y avait pas de Je,
J'ignore de quelles ombres il s'agissait
Pourquoi...)


Nous aimions remonter pendant la nuit, pour regarder les champs de bataille.
Malsains sous nos doigts s'élevaient des châteaux de cadavres, et eux ils osaient dire que nous n'étions plus des enfants, parce que nous nous jouions dans le sang.
Quand se taisaient nos jeux sans rire nous restions prostrés au sol, priant un Dieu inconnu.
Nous abhorrions les grises rives de leurs combats, et pourtant il n'y avait que là bas que j'étais nous.
Que j'étais nous...
que j'étais nous.

Après l'enfer.


(Après l'enfer il ne m'est rien resté.
Je te jure qu'il est parti.
Je te jure que je l'ai oublié.
Que ce n'était qu'un trouble d'enfant altéré,

Que je l'ai enterré...

Je t'aime.)




Ne me laisse pas,
Il pourrait revenir.

lundi 31 mars 2008

vendredi 28 mars 2008

Je ne voulais pas qu'on vive à l'ombre

Je ne voulais pas qu'on vive à l'ombre
Qu'on se perde doucement caché au creux d'un bois
Oublier les saisons en brûlant sur des cendres
Alors que l'hiver tu retournais chez toi.

Mon amour,
je suis un amas de notes
Dont le decrescendo est une trille lourde.
Je ne peux, légère, me jeter tout à toi
Quand tu t'esquives déjà de peur que l'on me sache

Je suis pâle, pâle à t'attendre
Sans oser me perdre dans tes bras
Alors que doucement se profile septembre
Que les arbres où l'on s'aimait s'effeuillent déjà.


Mais tu ne te souviens pas de nos lumières,
Pas même de ce jardin posé tout près du nord
Pour conserver ce feu caché dessous les pierres
Où personne ne pouvait entendre nos accords.

Non tu ne te rappelles pas,
Quand on dévalait dans les fossés
Ce qu'il y avait entre toi et moi
Tu ne te rappelles pas ce que nos yeux brillaient

On volait nos pas pour ne pas qu'ils laissent d'empreintes
Dans la terre boueuse où nos pieds s'enfonçaient
On courrait pour échapper à l'automne et ses plaintes
Ne pas avoir à compter combien l'on s'aimait.

Tu ne te rappelles pas qu'on était seul au monde
Parce que toi, tu ne l'étais pas
On serait nous, enlacés dans nos ombres
Je pensais qu'après l'amour il y aurait nos pas


En réalité, après l'été, il y avait l'attente
N'exister que lorsqu'ils ne regardaient pas.

Je ne voulais pas qu'on vive à l'ombre
A s'attacher sans en avoir le droit
Je ne voulais pas que tu m'aimes à t'en défendre
Je voulais de l'amour-lumière
Ou m'éteindre seule au creux du bois.