lundi 25 février 2008

La fille qui aimait les cimetières

Quand je l'ai connue, elle allait de cimetière en cimetière, parcourant les petites routes du sud de la France.

Les gens disaient qu'elle était simple.
Elle, elle voulait juste être, le reste lui importait peu.
Peut être qu'elle voyait des choses que l'on ne voit pas.

Elle s'arrêtait dans chaque village, questionnant les gens sur leur région. Elle leur disait qu'elle cherchait des restes d'histoires, des vestiges du long passé. Ils voulaient tous leur montrer la petite église romane, ou les hectares de vignobles qui rougissaient sous le couchant, ils avaient tous une petite statue sur la place, ou les ruines du vieux château régional à lui indiquer. Elle leur demandait alors quel aspect avait leur cimetière aux premiers rayons du matin, et tous ouvraient alors de grands yeux ronds et la fuyaient du regard. Ça rendait fous les gens, ça, qu'elle cherche les cimetières.

Elle aimait les interdits qui régnaient en ces lieux, elle disait regarde les tous, marcher avec leur malaise et leur larme. Moi je voudrais danser ma vie sur une tombe...
De jour, elle se contentait d'aller entre les dalles, des reflets noirs et blancs animant ses yeux, brûlant clope sur clope sans jamais mot dire. Elle ne lisait pas les épitaphes, elle me disait que cela ne l'intéressait pas, le manque des vivants. Elle voulait juste celui des morts.
Oh, Tim, si tu pouvais compter tous les paysages qu'il y a, dans ces cimetières, toutes les flammes, tous les éclats de vie...si tu pouvais voir la mer en rouleaux furieux sous cette dalle là, et ici, cette forêt de pins sans doute rasée depuis des décennies...là, j'ai une histoire d'amour, et celle là, tant de chagrin.

Elle avait une passion morbide et les gens ne l'aimaient pas, ils y voyaient le diable, dans cette étrangère aux yeux gris. Cela lui était bien égal, je crois. Elle suivait les routes, de jour comme de nuit, ses cheveux pleins de terre et ses robes toutes fatiguées, cherchant des yeux les petits murs de pierres protégeant ses bien-aimées.

Elle n'avait jamais froid, elle n'avait jamais faim.
Je me nourris de leurs souvenirs, je me nourris de leurs rêves. Il y a tant d'âme dans ces cimetières, tant de vies passées.
Je ne comprenais pas...
Mais si! As-tu déjà marché dans Nuremberg, es-tu déjà grimpé jusqu'à Montmartre sous la pluie? T'es-tu arrêté à l'entrée d'un camp, et as tu senti tout le passé vivre en toi ? Ces lieux ont une âme, Tim. Ils vivent encore, et ils vivront toujours, tant qu'il restera un brin de mémoire à nos folies. Et les cimetières...(ses yeux se perdaient toujours quand elle parlait ainsi) Ils ont chacun leur histoire, ils ont chacun tant de vie...ce sont eux que je préfère.
Elle préférait les cimetières, elle voulait vivre des cimetières, et connaître chacun d'eux.
Mon plus grand regret, ce sera toutes ces tombes que je n'aurai pas écoutées, tous ces lieux qui ne m'auront pas fait vibrer de l'âme du passé.
Je veux m'éteindre aux milieux des tombes, en Normandie. J'aurai de la peine, mais j'attraperai un grand coup de vent qui m'emportera et me couchera entre toutes. Et si je meurs, souviens toi, s'il te plaît. Et quand tu marcheras au milieu de ces tombes, tu sentiras l'âme, toi aussi, la mienne et toutes les autres...

Je ne voyais que des voyages éternels, quand elle perdait son regard au milieux des croix. Je crois qu'elle connaissait les voiles qui filent au dessus des nuages, loin derrière ce que nous avons oublié.

Je me souviens que la nuit, elle escaladait les grilles rouillées pour se retrouver parmi les herbes folles, et alors ses yeux s'enflammaient. Et enfin, elle se laissait aller à chantonner. Tu vois, c'est là que je veux être, là, je suis pour de vrai! Je sens les ombres danser, et la nuit, sereine, éveiller les limbes endormies. Tim, j'aurais voulu être un cimetière, pour être jusqu'au bout...!
La nuit, les cimetières avaient alors une lueur nouvelle, et ils s'animaient différemment à l'ombre de son regard.

Il y avait rarement de la peine dans ses yeux, mais dans certains cimetières ravagés par le feu, les croix gammées, les tombes arrachées, elle s'asseyait près d'un caveau branlant, ou une tombe ouverte, et, ses mains autour de ses genoux, elle pleurait en silence.
Ceux là ne sont plus rien, ils n'ont plus de souvenirs. Quelqu'un les a volés. Quelqu'un est venu piller leur mort. Ils leur ont pris tout ce qui leur restait, ils ont pris pour eux et les ont éparpillés ces bouts de vie qui devraient être à tous...je les hais, Tim, je les hais. Je les hais, les pilleurs de cimetières

Elle voulait juste être.

Elle ne savait ni vers où aller, ni où se reposer, alors elle dansait au milieu des morceaux de vie éternels. C'était juste des cimetières, dans le fond... Juste des bouts de paix qui traversaient les âges.

(Moi, je me suis enfui, sur un chemin, un soir, quand mes yeux furent trop pleins de cadavres grimaçants, et mes nuits de squelettes aux allures de cauchemars, quand mes yeux ont commencé à s'éteindre lorsque les siens s'animaient.
Je sais qu'elle m'a regardé longtemps dévaler le chemin. Elle n'a pas dit un mot pour me retenir. On était sûrement déjà trop loin dans la nuit, et moi je n'avais sûrement pas l'âme nécessaire à combler son cimetière personnel.)
J'aime à imaginer qu'elle cherchait quelqu'un qui n'existait pas.
Et qu'elle l'a trouvé.

Je l'aimais plus que tout, je l'aurai suivie presque n'importe où,
La fille qui aimait les cimetières.

(A Bri)

jeudi 21 février 2008

A tire-d'aile

Je ne danse plus,
Mon coeur est une cage ouverte
D'où la nuit s'échappe doucement.
A tire-d'aile, je t'aime

La mer du nord a tous mes vagues à l'âme
Et le sel de mes pleurs pour une flaque de pluie
Mes rires en ritournelle, dans une boîte à musique
Pour que tu n'oublies pas

Sous les étoiles, à bout de souffle
Pâle chanson de lune tenue à bout de bras:
La fugue de vos voeux.
Perdue, loin dans tes yeux

Ambrée,
Le regard courbe
Je crois qu'on pleure,
à l'angle de mes mots.
(Elle)

Arabesque, et je divague,
La peine est un frisson
La mer se perd en hargne
Quand je plie à ton nom.

Ô valse dérisoire
De plage et de cailloux
Pour elle je suis une page
froissée par tes remous.

Et quelque chose crisse dans le silence
quand elle te pense.

JE est une ombre
Et dans tes printemps, il y a mon sourire
Je hais tes heures
Quand il me faut partir...

Quant à moi, à tire-d'aile, je peine
Pour que tu n'oublies pas

lundi 18 février 2008

Entorse

En vol,
Il tombe toujours.
Il a vécu dans les limbes, je crois.

Et le plus terrible, ce n'est pas quand il rit
C'est quand il se tait

Quand il écoute la mer, quand il y a un espace
Et qu'on l'entend vivre.

Il disait que le plus sourd, c'était l'horizon
Parce qu'il n'entendait jamais la mer pleurer

Tu sais, il grimace.
Il n'a aucun talent.
Et puis, même dans le cas contraire, tu crois qu'il saurait voler?

Ils ne le regardent jamais
Il n'a pas de lumière.
Je crois qu'il s'en fiche,

lui il t'aime

l'hiver en trois chemins
il prend le plus long
il n'a jamais aimé les flocons
moi je courais dessous, la langue tirée
et lui il s'allongeait, jusqu'à ne plus être.
Juste de la neige

Je crois qu'il voulait aller dans le désert. Il pensait que là bas, le soleil le dévorerait. Tu sais, un grand soleil, grimaçant. Celui qui mange la terre, et qu'on ne voit même pas, tellement il est gros.
Lui il disait
Peut être que si je reste allongé des jours sans nuits sur le sol craquelé,
à regarder les nuages qui n'existent pas,
peut être que j'absorberai un peu de sa lumière;
je reviendrai et je serai un clair-luisant

Il voulait être un silence, en vrai.
Mais les silences n'ont jamais su parler.
Alors il se taisait

(Quand il prenait un verre de trop, il mangeait des grimaces.
Et c'était beau à voir)

Sur le lac, il ne regardait jamais le blanc de la voile.
Il prenait juste les reflets où on voyait flou.
Il disait
C'est beau, quand c'est déformé, un monde.

Ils ne pensent jamais à lui,
Il n'a pas de vent dans ses cheveux
Je crois qu'il s'en fiche,
lui il dit qu'il t'aime

Viens on va éteindre les étoiles
Une à une, point par point
Et quand on sera dans la nuit
Peut être que je n'aurai plus peur de ce que je vois

Et si ils meurent, tous
Alors je n'aurai pas chagrin

Dans le fond, lui, c'était juste l'enfant.
Toi et moi, on préfère les grands rôles

Lui, les marchands de sables


tu devrais peut être l'écouter t'aimer
avant qu'il ne s'éteigne.

(Pour lui)

samedi 16 février 2008

Tu manques

Ma douce Mouflette, si tu savais comme tu manques.
Un souffle froid perdu dans une maison vide
Des courants d'airs muets qui dansent parmi les coeurs
La valse silencieuse, la valse de nos pleurs.

Mouflette, si tu sentais s'enliser le chagrin
La peine bien trop lourde que tu laisses entre nous
Les pas qui se crispent à chaque bruits de vie
Et les murmures ... échos.

Et si tu entendais se mouvoir les absences
Les regards éteints, feignant de chercher flamme
Quand des reflets pâles brillent dans leurs yeux de verres,
Et luisent dans l'obscur de ton silence, amers.

Oh si tu voyais ton beau piano sans voix,
Trôner, fier et seul au milieu du salon
De son chant douloureux, notes désaccordées
Accompagner inlassablement le balai des poussières

Et les saisons se mélangent;
Hier l'hiver frappait, plein de hargne, nous faisant frissonner
nous laissant là, humides, frêles et épuisés,
Et déjà l'été se lève,
Plein de sa chaleur moite et pesante
Avec ce poids, pendu à nos épaules
Le poids de toi, sourire, soleil, ailleurs.
Griffant.

Mouflette si tu savais comme il est dur
De reconstruire après toi
Dans l'inquiétude, la rancoeur résonne et perdure
Et j'ai terriblement froid de toi.

Oh ma Mouflette, si tu savais comme tu manques
Peut être que tu nous reviendrais...

(A moufle)

lundi 11 février 2008

Esquisse

Il y a dans l'éveil quelque chose de discret,
Une chanson de l'aube sur la ville endormie
Qui m'émeut.

Il y a dans les murmures du chant de l'aurore
Sur la Seine, en reflet
Des parcelles d'or qui se mêlent au gris
Des choses simples,
Des bruits de vie.
(Dans des recoins sales, des hommes se lèvent
Encore tout étourdis.)
Premier métro, des hommes en pardessus se pressent
Pendant que le soleil paresse

Le matin se réchauffe doucement
Aux rayons du soleil
Et le vieil homme s'en va retrouver son banc
A trois pas.
(Moi, j'attends)

Le jardin du Luxembourg est paisible,
On n'entend pas les enfants
Ni le vent inexistant dans les voiles de leur bateaux
(qui sont tous à moteurs)

Début d'après midi, soleil.
A la terrasse d'un café,
clopes à la main ils vous regardent.
Ils ne parlent pas de vous, mais leurs yeux vous suivent.
Vendredi sera paisible.

Et moi, j'en vomirai.
Ils marchent tous, sans se voir,
Il y a un muet,
Je ne le trouve pas
La foule, je voudrais qu'elle me hue, quelques fois

Elle ne sait pas vivre, elle...

Je suis fière de ne pas être,
qu'une silhouette décolorée.
Je connais tous les lieux, ils sont tous un peu moi,
Mais à chaque nouveau matin, je me perds
(Paris est mon enfer)
(Et j'y attends)

Je serai heureuse, demain, d'y marcher à nouveau.
J'ai dans ces rues mes premières chansons,
Et dans les flots de la Seine, les odeurs de café
Les vieux platanes,
Mon goût du bonheur en flocons romantiques

(Moi j'ai vécu sur une lumière, maintenant je ne pleure plus que sous la pluie. Paris ne me fait plus peur, depuis que je sais m'y promener)

*

Dernier métro
Effluves de nuit,
Des bruits de fête s'échappent de bars colorés,
Deux par deux ils se pressent
Enfants émerveillés.
Et moi j'attends, le silence.

*

(Il y a trop de lumière, trop de flashs, trop de danses; On ne peut plus voir les étoiles, ici...)

*

3h00, les seuls passants
sont des âmes perdues qui ne passent plus.
l'alcool est leur domaine,
le froid, ils ne le sentent pas.
Ils ont peur de la piqûre du vent frais sur leurs fronts.
(Leurs yeux mis clos sont vides...ou trop plein de fête)

*

Je marche toujours, moi, j'attends.
Le premier métro.

(Pour Jimmy)

dimanche 10 février 2008

La mort du soleil

Elle esquisse une danse sur le sable mouillée
Une douce valse lente aux mouvements majestueux,
Elle attend impatiente que le ciel s'embrase
Afin que tout entière elle puisse s'envoler.

Cela fait des lunes qu'elle espère sans y croire
Qu'il n'y ait pas d'amertume sur la mer ce soir
Tout doit être silence sur la rive endormie
Car ce soir c'est SA danse qui doit résonner

Elle va danser sa vie pour un enterrement,
Accompagner quelqu'un se coucher dans la nuit
Jusqu'à ce qu'il s'en aille vers un autre ciel
Elle va danser son ombre sur la mer plein de fiel

Elle n'est pas triste, elle sait que si tout l'abandonne
Ou que ses pas bruissent sur la plage assoupie (que Dieu lui pardonne)
Elle sait que demain il pourra recommencer
Mourir pour elle, jusqu'à c'que tout soit parfait

Les flots se brisent doucement; mourrant à ses pieds
Et miroitent, sereins, la lumière rosée
Et ce soir, elle est sûre que ce sera merveille;
Elle est venue danser pour la mort du soleil.

dimanche 3 février 2008

J'envie

Je voudrais avoir volé tes jolis mots
Pour te conter mes émois,
T'abreuver de silence
De peine et d'épouvante.
Juste faire semblant, avant la pluie,
d'être vivante


Le printemps des étoiles est un triste sanglot,
L'éclat de mes sourires s'estompe au crépuscule,
Et tout est si froid, en moi...

Les couchers de soleils me glacent et puis m'aspirent
La mort du Prince, c'est comme un long murmure,
Qui délie et me brise en lézardant les murs

Et quand les couleurs se mêlent à l'horizon,
Ô je voudrais mourir d'avoir si peu de joie


Le vide, il me fait peur,
Il mange mes rêves doucement
Je n'ai que ma solitude pour te parler de moi
Je nage dans le temps, et trop souvent, me noie



Je ne suis plus une flamme,
Juste ce petit bout
Retenue prisonnière sous une cloche de verre
Et j'attends, sans espoir
Que finisse mon hiver

Mélancolie n'est plus qu'un vague songe étrange
Je ne sens plus la vie vibrer au fond de moi

Et je n'ai que mon ennui
Pour t'attacher à moi


Je suis une fuite sans souffle, je brume comme un nuage
Et je voudrais tant ressentir encore
un peu de cette rage
Qui me faisait vibrer, au son de nos folies

Je suis un gouffre plein où nul ne peut tomber
Je cherche vainement un chant à mon aurore
où poser mon silence.
Et le soir, je m'étiole
au toucher d'une caresse
je délie mes envies
De paresse...

J'ai tant besoin de vivre.

Mais sous la détermination de tes pas
Devant la belle assurance de ta voix
Je ne peux que m'éteindre, faible devant toi


Je ne peux qu'étreindre, dans un geste timide
La beauté de ta foi