lundi 31 mars 2008

vendredi 28 mars 2008

Je ne voulais pas qu'on vive à l'ombre

Je ne voulais pas qu'on vive à l'ombre
Qu'on se perde doucement caché au creux d'un bois
Oublier les saisons en brûlant sur des cendres
Alors que l'hiver tu retournais chez toi.

Mon amour,
je suis un amas de notes
Dont le decrescendo est une trille lourde.
Je ne peux, légère, me jeter tout à toi
Quand tu t'esquives déjà de peur que l'on me sache

Je suis pâle, pâle à t'attendre
Sans oser me perdre dans tes bras
Alors que doucement se profile septembre
Que les arbres où l'on s'aimait s'effeuillent déjà.


Mais tu ne te souviens pas de nos lumières,
Pas même de ce jardin posé tout près du nord
Pour conserver ce feu caché dessous les pierres
Où personne ne pouvait entendre nos accords.

Non tu ne te rappelles pas,
Quand on dévalait dans les fossés
Ce qu'il y avait entre toi et moi
Tu ne te rappelles pas ce que nos yeux brillaient

On volait nos pas pour ne pas qu'ils laissent d'empreintes
Dans la terre boueuse où nos pieds s'enfonçaient
On courrait pour échapper à l'automne et ses plaintes
Ne pas avoir à compter combien l'on s'aimait.

Tu ne te rappelles pas qu'on était seul au monde
Parce que toi, tu ne l'étais pas
On serait nous, enlacés dans nos ombres
Je pensais qu'après l'amour il y aurait nos pas


En réalité, après l'été, il y avait l'attente
N'exister que lorsqu'ils ne regardaient pas.

Je ne voulais pas qu'on vive à l'ombre
A s'attacher sans en avoir le droit
Je ne voulais pas que tu m'aimes à t'en défendre
Je voulais de l'amour-lumière
Ou m'éteindre seule au creux du bois.

lundi 24 mars 2008

Comme un rire de travers - Y

Si j’étais un rire, je me mettrais la corde au cou
Étoufferais le bonheur au creux d'un nœud coulant
Je marcherais pieds nus sur des éclats de verres
Pour que vous cessiez tous un instant d'être heureux
Que l’on partage l’ombre et ses parts insipides
Tous, la gorge pétrie de regrets silencieux
Je voudrais qu'on redoute le moment où je sombre
Que tous guettent ma mort comme une fatalité
Le jour où les corbeaux ne riront plus de nous
Je partirai me loger, poids sur votre poitrine
Lorsque vous n'aurez plus qu'une faim sourde
Une fin de la douleur
Je serai le vautour penché sur votre épaule
Plongeant sèchement le bec et les serres
Jusqu’à vos os
Nourris des chairs noires de vos craintes
Les distorsions de vos visages violacés, le gris de vos regards
Je veux toutes les couleurs des tourments se peindre sur vos êtres
Je veux coudre les points des pleurs sur les plis de vos yeux
Déplier votre peau pour y glisser le sable gris
Celui qui brûle l’espoir
Les pages déchirées d'un vieux roman d'amour
S'envolant doucement au gré des courants d'air
Vos mains tendues, cherchant en vain à retenir
Ces bribes de faux bonheurs déjà dispersé...
Je veux narguer vos battements de bras désespérés.
Du haut des illusions.
Je veux rire jaune et que vous l'entendiez.
Adossé tout contre un arbre mort
Fleuri de roses flétries aux parfums nauséeux
Je me délecte de vos égarements dans l’huile visqueuse
Qui se colle à la peau, infiltre les poumons
Pour lentement laisser périr les rêves décharnés
Je ne suis pas un cauchemar, je suis le spectateur
J'ai soif de vos douleurs, c'est ancré dans ma voix
Ce murmure en cascade que vous ne comprenez pas
Au fond je suis soupir, pauvre et perdu dessous vos lèvres
Pour pouvoir écorcher les compagnons d'un soir

Je suis parfois le rire qui se perd
Dans une chute lente
Ponctuée par la corde tendue
Enroulée contre le cou

(Claire & Yann)

Nous passons nos mais au-dessus d'une flamme

Je voudrais qu'il soit pour lui.

Mon premier amour est l'enfant d'une guerre,
De celles qui battent le coeur, sans s'attaquer aux gens.
Mon premier amour est l'enfant d'un enfer
De ceux qui s'éteignent quand revient le printemps.

Il n'aime pas les gens.
Les gens sont ses fantômes, les gens sont les cauchemars
Qu'il n'a jamais rêvés.
C'est un enfant du massacre, ses lèvres sont roses avec le sang.
Il a dans les yeux tous les embruns du monde
Sans le sel, et sans le goût de l'air marin.
Il n'aime pas les gens.
Sa mémoire est un brasier humain où des hommes calcinés se tiennent par la main, pour retenir encore la chaleur d'un passé.
Ses yeux sont ceux du vieil homme de la guerre,
Celui qui n'aime plus, celui qui ne rêve plus,
Ses yeux sont ceux de l'orphelin qui a trempé ses lèvres dans l'amer.
Ses bras, tu sais, ses bras, c'est une peau criblée de balles, son corps tout entier est un énorme bout de métal.
Il n'aime pas les gens...

Il dit que tu es belle.
Quand il te voit, les coins de sa bouche se tordent.
Il ne sait pas sourire, sourire c'est trop léger.
Même les sourires courageux, il ne les connaît pas. Ceux qui portent les larmes salées d'une jetée sur l'océan, ceux qui s'éteignent après l'aurore et où les mouettes aiment poser leur cris.
Tout ce qui faisait nos sourires, et qui les fera après...
Après lui.
Je lui ai dit que nos sourires n'étaient pas légers, que c'était un amas de mots qu'on fondait dans l'horizon.
Et lui que les sourires courageux n'existent pas, que la joie mourait avant que naisse le courage. Il croit qu'il faut mourir une fois pour être courageux, qu'il faut que la joie soit morte avec nous.
Après tout, je ne suis peut être pas courageuse.
Pas avant lui, du moins.

Il dit que tu es belle, et quand il te voit
j'entends le bruit de l'arme qu'on pose sur le bord de la route
Je vois l'homme armé, l'homme de la jungle, le vieillard presque mort qui a bien trop vécu
Tendre ses bras de famine, tâtonnant le ciel
pour suivre l'arc-en-ciel après la grande sécheresse.

Il n'aime pas les gens, mais il dit que tu es belle.
Belle comme un cactus dans un désert brûlé.
Ses comparaisons sont maladroites, c'est peut être pour cela que je l'aimais.

Il a dit que la beauté n'existait pas.

Peut être qu'il t'imaginait pour que tu ne sois pas.
Il avait peur de tes êtres.
La négation du monde était son seul refuge, tu n'aurais pas dû lui en vouloir.
C'était un drôle d'enfant, mais il te trouvait belle...

Il mange les silences.
Il mange les silences du matin au soir, comme pour me faire oublier que lui, ce n'est qu'un mot.
Sa façon de me faire vivre était de déplacer ses absences
Doucement, le long de mes bras à demi repliés
Quand je dormais, quand je pleurais
Il posait ses silences dessus mes larmes.

Il est mort avant d'avoir pris un courant d'air sur le visage
Et j'aimais ses yeux vides.
Ils m'ont pris mon amour au bout d'un fil de fer,
Quand ils m'ont écorchée la toute première fois.
Dans ses baisers, j'ai une femme clouée sur une croix, les membres brisés, emmurée de souffrance
Qui, les lèvres asséchées ne vit que pour sa soif
Tirant soudain la langue pour cueillir les gouttes de pluies.
Mon premier amour est l'enfant d'une guerre
De ceux qui rampent pour voir s'élever les colombes
Et qui se cachent au temple après les fusillades.

Ses silences étaient mes tortures, ses silences étaient les baisers
Qu'il me laissait
Après la nuit.

Je l'aimais.
(si vous saviez...)

Non, vous ne savez pas combien il me manque, depuis qu'il apprend à être vivant.
Mon premier amour était l'enfant d'une guerre
Mon premier chagrin était celui d'un printemps.


C'était égoïste, je voulais tellement que tu sois belle
Pour qu'il reste cet enfant
Qui détestait les gens.

vendredi 21 mars 2008

Je t'aime à poings fermés

Je partirai avant l'aube, quand tu dormiras encore
Pour que tu n'aies pas froid.
Je me lèverai avant l'aube, quand tu rêveras d'aurore
Pour que tu ne saches pas.
Je remplirai mon coeur de morceaux de toi
Sous un vieux plaid bleu, enveloppés.
Je remonterai les draps par dessus tes épaules
Comme pour dire au revoir
A pas de loups
A pas de nous, je descendrai
les escaliers sur la pointe.
Je marcherai vers l'aube, pour que tu ne vois pas
Ma ligne de fuite.
Si la lumière est douce, il n'y aura pas d'ombre
Plus tard, tu trouveras mes pas.
Tu ne les suivras pas, je serai déjà loin
Mais tes yeux sauront dessiner le chemin.
Je partirai avant l'aube, il n'y aura pas de mots
Juste ton café froid que je déposerai
Sur le meuble de bois en bas de l'escalier.
Il se fera sous l'aube quand tu t'éveilleras
Des courants de soleil;
J'aurai oublié de fermer la porte et tu frissonneras.

Je partirai avant l'aube,
Et toi, tu dormiras.

(je t'aime à poings fermés)

L'aube n'est plus une promesse.

dimanche 16 mars 2008

Démenciel

Elle, c'est mon bout du monde.
Quand elle dépeint les rives
Sur lesquelles je n'irai pas
Je deviens amas de décombres brûlants
où les larmes sont buées...

Les couleurs sont vives, les mouvements sont précis
Et pourtant on ne voit rien;
Rien que ses yeux
Rien que son regard
Là où il se pose, là où il s'efface
Avant de faire éclipse.
Démenciel.

J'ai appris à compter avec des oiseaux de bois
Où ses doigts posaient des traces
A demi effacées par les averses.
J'écoutais ses brouillons lancés par dessus bord
Pendant qu'elle esquissait des zestes à l'encre noir.

Elle, c'est mon paysage à moi
Quand elle a pris un cours d'eau du sud
L'a mélangé aux glaciers d'acier bleu.
Ils ont dit oui.
Lors de la fonte de neiges, l'enveloppe a chu doucement
Le morceau de soie qu'elle avait posé
Par dessus mes yeux
A glissé.
C'était un faux jardin rempli de citronniers.
Il y avait des fleurs de ciels
Pour que j'écrive dessus,
Elle avait même posé en équilibre
Sur deux pétales violets
Des gris de matins, des reflets de rien
Et j'ai trouvé des bouts de soleil jetés sur d'horizons
Perlant dessous ses crayons.

Elle, c'est ma jetée.
J'y creuse mes méandres
Quand les rides me froissent
Par delà l'océan, je contemple ses nuits
Les étoiles sont des larmes où elle pose sa vie.

Je gomme les heures où elle me laisse m'étendre
En dessous de ses genoux
Les yeux fermés à l'écouter rêver.
Elle et ses voyages déments
Ses bouts de ciels orageux,
Ses averses en gris et bleu.
Les routes sinueuses et les éclats de vies
Les silences nocturnes, les nuits sous le soleil
Les sourires étourdis
Les mots d'après minuit.

C'est mon bout de nuage

Terrible sous ses larmes
Je suis l'enfant perdue.


Je suis démencielle de ses mots


Je suis amoureuse
Je suis amoureuse
Je suis amoureuse

Des bouts tracés à l'angle de sa mine.

Son orage déchirant
Ses oiseaux de passages
Ont droit sur mes cauchemars

Ses lumières et ses écho
Les phares qu'elle allume
Ont seuls le droit de chasser mon écume.
L'amertume de mes lèvres
Le froid dessous mes mots
S'estompe quand elle pleure

Je suis amoureuse, je suis amoureuse, je suis amoureuse.

Démenciellement.

(Pour Emy)

Le blanc des papillons rougit la terre brûlée

Supprimé

jeudi 13 mars 2008

Sous les battements du coeur - Y

Écouter le battement sourd

D’un cœur
Creux
Contre lequel se jette la pluie
Frapper sa peau tendue
Qu’elle résonne
Le long des tubes artères,
Qu’elle comprime la poitrine
De ses échos

Écouter s'empreindre l'orage
Sur l'âme
Le laisser résonner,
S'étendre, se feindre,
Jusque sous la peau.
Écho.
La percussion sourde,
Martellement irrégulier
De larmes
Sur les carreaux de pluie.

Sentir se creuser les courses
Des gouttes
Sur les parois ruisselantes
Et trembler
Jusqu’au plus profond
De cette cavité
Gorgée des vibrations du tonnerre
Qui se dessine dans les angles
De sourires tristes

Sentir vaciller, un instant
Au bord du gouffre
La chute en dessous l'eau,
Profonde
D'un coffre de percussion.
Puis s'ouvrir au souffle lointain,
S'espacent doucement
Les cris du tambour
Au bruit d'un courant d'air

Dilater ses poumons
Inspirer pleinement l’air humide
D’après la pluie
Gonfler
Gonfler le creux du cœur
Du vent qui s’expulse
Et gicle dans les yeux
Des nuages
Pour que se lève au ciel
Une tempête de soleil

Ouvrir le regard aux bourrasques
Du vent délacé
Vers les voiles trop pleines
Étourdies,
Déportées.
Étendre ses deux bras
Au devant du soleil
Battre son cœur au rythme retrouvé,
Cadence sans contrainte
D'un sourire mouillé.


(Yann et Claire)

mercredi 12 mars 2008

A l'ombre de l'averse

Je me souviens qu'on pleuvait
Il y avait les jours tristes, il y avait les jours gris,
Les tiens ils étaient toujours trop longs.
Et je m'endormais, les bras autour des genoux.

J'ai un feu de braise d'où s'esquissaient des flammes
Celui de tes envies
Des meurtres, de nos vengeances
Le son de tes folies
Murmure à mes oreilles.
(Les restes en est des cendres)
Je crois que je ternis.
Déjà je suis trop pâle
A regarder tes nuits
M'emplir de cauchemars, dont je suis le héros.
Je me vois les tuer, les prendre, écorcher.
(Et non je ne veux pas, non, je ne veux pas, c'est toi, ça.)

J'ai des orages, et des grands pins plantés près de l'eau
De ceux qui cognent à grand coup de ramage,
J'ai des longs cris, j'ai des orages
Des crépuscules à bout de mot.

J'ai le souffle court sous les averses
Les pluies au tout petit matin
Celles qui griffent,
Des pierres sur nos visages
J'ai mal de nous.

Je n'arrive plus à me souvenir des contours
C'est affreux, ils se sont envolés.
Ils m'ont été volés.
Je n'arrive plus à me souvenir.
Je crois que j'étais morte et que toi tu vivais
J'étais si petite et tu étais si laid.

Je suis restée petite
Au milieu d'un de tes orages
J'ai beau cherché, depuis
Je ne vais plus
Je ne lis plus les sourires
Ni les murmures.
Je ne parle plus
L'oiseau blessé, je crois
Est passé sur la côte.
Je veux revoir la mer...

Peut être que je t'aimais,
Au son de tes jours gris.

Mais je ne veux plus être
Je suis restée petite.

dimanche 9 mars 2008

Là où s'éteint l'orage

Ce soir, demain,
Devant les bourrasques de soleil
Quand ta colère aura mangé mon ciel
...
On allumera un grand feu
Pour faire tomber la neige
De tes yeux.
On écrira des lumières
Pour faire pleurer le sable
De tes yeux.

Oh je peine à t'entendre, quand tu fuis
Je peine à t'attendre
Quand tu ris.
A l'orée de nos plages,
Te souviens tu?
Les rires en ribambelles, ceux que l'on attachait
Bouts à bouts, sur les rubans
De tes rêves
Ceux que l'on éteignait
A coup de poignées de terre
Jetées au vent.
De ceux qu'on regardait, la lune en lampadaire
Pour nous oublier.
On fermait les paumes, on fermait les yeux
Et on regardait à travers
Danser les ombres des flammes.
Je prenais tes cailloux et je les semais
Je voulais que tu te perdes,
Que jamais tu ne rentres
Je voulais être ton étoile
Briller au dessous de l'eau
Effleurer tes lèvres sans gommer tes chansons
Je voulais sonner les cloches
Qui t'étourdiraient.
Je ne voulais pas que tu rentres.
Être l'étoile à ta vie.

Ton grand roman, celui de l'aventure
Je voulais te regarder l'écrire
En doute,
En cascade, des grives aux grandes ailes
Les oiseaux de tes notes,
Au blanc de la grand'mouette.
Les voiles, je veux revoir tes voiles.
Tu manques.

J'ai si peur que tu t'effaces avant la fin de l'été
J'ai si peur que tu passes.
Sur nos morceaux de lin
Si mal filés.
Je crains
De ne savoir les nouer
Tes bouts de ficelles, tes bouts de chagrins
En un chemin, en un demain.

Tu te souviens, de ce que je voulais?
J'ai pris l'oubli
Comme dernière pièce de soleil
Pour un chagrin, trois sous la bouteille.
Les alcools et leurs méandres,
Les chansons d'été égrainées.
Je t'aime.
Tu m'avais dit, le froid, c'est pour la vie.
Je t'avais dit, n'attends pas le silence.
Et on avait ri.

Je reprendrai la route, tu sais.
Je ne sais pas si je pourrai rester à te regarder mourir
T'effacer
T'éteindre.
Mais si tu as le courage, demain...

On allumera un grand feu
Pour faire fondre l'encre
De tes yeux
On effacera les orages
Qui froissaient les pages
De tes jeux.

(A bou)

mardi 4 mars 2008

T'iras ramasser mon cadavre

Si tu veux, quand tu m'auras vidée de ma dernière goutte de couleur
de tous mes faux moments de nostalgie
Quand t'auras piqué mes derniers rayons de douleur
Mes nuits, mes veilles, mes tristes insomnies
Tu pourras ramasser mon cadavre.
L'enterrer, même, au fond de ton jardin
Lui faire une sépulture bourrée de tes refrains.

Si tu veux, quand t'auras éventré mon soleil
à force de pleurer des lumières enchantées
Quand mes étoiles seront peintes en vert, en brun, et en vermeille
Tu pourras prendr' la mer, et m'emmener boire la tasse
Même me lapider à coup de fleurs fanées
ramasser mon cadavre pour t'en faire un secret.
tout ca m'est bien égal.

Quand t'auras grisé mon espoir à coup de tes bonheurs
qu't'auras pris mes orages dans tes bouts de tendresse
que même ma haine ne sera plus qu'un tissu de faiblesses
quand t'auras pris le vent qui soufflait mon visage,
craché sur mes pleurs, défroissé mes colères
tu pourras déchirer mon cadavre


et puis si t'as encore faim
faim de ce qu'il me reste de vie
tu pourras manger mes chagrins
sur des morceaux d'envie

si t'as encore peur
prends mes froids
mais je te hais, je te hais, je te hais.
n'en doute pas.

Tu m'diras, si t'as encore envie de m'aimer après ça
avec tes sourires trop grands, ton courage, ta douceur
tu me diras...
et si jamais c'est le cas
t'iras ramasser mon cadavre

dimanche 2 mars 2008

Elle avait le soleil dans les yeux - Y

Je crois que quelque part, nous avions toujours vécu près de la mer. Pourtant, depuis ce jour, le murmure des vagues résonne un peu plus profondément.

Je me souviens encore. Surplombant la grève, humide des flots qui s'y reposaient quelques secondes, avant de repartir, happés par la houle, nous nous perdions un peu dans les plis de l'horizon. Quelques heures passées à écouter les nuages nous gronder de leurs gouttes qui s'écrasaient puissamment sur nos os, et voilà qu'une lueur perla, à l'autre extrémité de notre plage. Légère, minuscule, entre l'écume et nos cils trempés, mais rayonnant, doucement, d'une tiédeur qui parcourait les secondes pour se poser, juste là, près de nous.

Ce fut dans le silence tourmenté de nos maux, perdus dans la contemplation sauvage des vagues, que s'ancre pour la première fois son étoile à ma mémoire. Il devait y avoir là, entre les lambeaux de pluies, un peu de sa lumière mouillée sur la jetée; et l'écho de ces jours gris la reflétait dans l'eau salée. Je crois que, nos regards noyés dans l'océan, c'est ce reflet qui frappa en premier nos sourires. Un reflet doré qui ne venait pas du ciel depuis longtemps vidé, mais d'une silhouette qui paisible s'avançait à l'orée de nos pensées.

Elle s'approchait calmement, caressant les contours de la marée qui criait juste à sa gauche, vers nous, qui n'avions pas esquissé le moindre mouvement. Je me souviens encore de cet éclair de soleil perforant l'orage. Ou peut être simplement nos coeurs. Elle avait souri, de cette joie de petite fille qui semble offrir le ciel et les étoiles, nous avait pris par la main, simplement d'un regard, délicatement orné d'une teinte de mélancolie. Ilôt de douceur lorsque déferlait la colère de la foudre à quelques secondes de là.
Je crois que ce fut à cet instant que mes yeux croisèrent les reflets des siens, pour y perdre à jamais un morceau de leur bleus.

Je me souviens de la chanson sur ses lèvres, du tremblement de sa voix, et de ses pieds nus sur le sable.
Elle avait des vagues dans le regard, des vagues si pleines d'hier, si pleines d'hiver, que ma paume avait frissonné sous le grain de la tienne. Pourtant, l'éclat dans son sourire semblait dire qu'il lui restait des rêves pour tous les jours d'après, pour tous les lendemains, qu'il n'y aurait plus de peine, seulement des jours d'été. La mélodie de son sourire n'avait pas de mystère, elle murmurait doucement jusqu'à nos âmes étourdies. Ses cheveux portaient l'éclat majestueux du bruit des rayons du soleil et avaient éveillé des rires que nous avions oubliés. Ou peut être les dessinait-elle, du tracé de son doigt...
Nous la suivions, transportés en silence par les esquisses fantômes de ses pas sur le sol. Elle dessinait sans crainte, du bout de ses regards, des morceaux de poèmes aux allures d'un ailleurs. J'aurais donné mes jours pour entr'apercevoir les routes à l'échappée, sur lesquelles elle tissait, habile de ses rêves, ses bonheurs en bout de ficelle...

Nous continuerons toujours un peu à vivre près de la mer, je crois. Pour que ses sourires et les phares, qui se cachent au creux de ses yeux, nous restent à portée de cœur, pour que nos larmes sèchent sous son ciel d'eau clair...

Un jour, Emily, nous marcherons à tes côtés, sur la jetée, pour te murmurer 'merci' entre deux vagues.

(Yann et Claire)

(Pour Emy)

Rictus


Il ne regarde plus la pluie tomber.

Aux aubes distordues, matins de sa violence
Il a laissé son âme voguer.
Les gouttes acides
S'écrasent mollement
Tapis d'amertume sous ses pieds décharnés
Qu'est ce qu'il fait laid
Qu'est ce qu'il fait vrai...

Quelle nuit blafarde,
Désarroi.
Il marche pas droit, ça vous étonne
Il marche est tordu, et ça détonne...
Lui il s'en fout,
il a pas froid
Genre, tu vois le dégoût?
Debout, là, sous cette pluie?
Les lèvres déformées, rictus
Main dans les poches
(et j'crache par terre, et je méprise
J'suis un violent, et je m'amuse...)

Orage sous la lune
Ballade romantique des cadavres ricanant
L'écoeure et le démange;
Ses paupières violacées
Paysages intérieurs
J'ai du sang dans la bouche, dit-il,
j'ai la vie en noir et blanc
J'ai envie de fumer leurs contours
De tous les gommer, ces mots, ces mots que je n'aime plus, j'ai des envie de colère, de rage, de mensonge, envie de tous les détruire, un à un, comme des soldats de plombs, où d'un coup, la bombe...

Il dit ça, il parle à sa tête, et il marche,
les pas sur le sol, les pas dans la nuit
les pas dans sa tête,
sa tête sur les pavés
et flic
floc
(Crève)

Et il tourne en rond, il s'en rend même pas compte
C'est pas un lion en cage,
C'est pas une poésie
C'est l'homme à moitié fou
Même pas de pitié dans le regard
Lui, c'est le cauchemar
Lui, c'est le mépris
'veut juste crever.

D'ailleurs, il regarde même plus la pluie tomber.