mardi 27 mai 2008

mardi 20 mai 2008

D'errer sur vos plis


Je me meurs doucement depuis que je vous veille
De tenir contre moi votre corps désarmé
Étouffer les bouffées de sanglots asséchés
Jusqu'à ce que s'éteignent vos derniers gémissements
Je me sens crime du bout de ma poitrine,
Fébrile, je bats.

J'irai au jour qui vient errer de par le monde
Jusqu'à ce que s'égare la rage douloureuse
Des chagrins qui s'éteignent dans les flammes des lointains
D'apaiser les rages sourdes transposées de combats
Au rythme de vos souffles sous ma nuque tendue
Désaccordés, les bruits de ces retours
Je me souviens de tout
Je prends la mer jusqu'à m'y évader
De cette île de détresse où je nous vois sombrer
Que ne puisse se taire le souvenir de vos cris
Au son de mes mémoires
D'expier doucement un passé d'ignorance
Poursuivre n'importe où des chimères de revanche
Pourvu d'en assouvir les émois déchirants
Ou je vais tomber là, votre agonie dans mes bras

Il faut que j'aille tous les frapper
Ces grives voleuses aux griffes d'acier
Tirer dans leurs ailes, déplumer leurs ballets
Nocturnes. A l'allumer sous leur bûcher
Ce feu soufflé dans vos prunelles.
Il vaut mieux que j'aille brûler leurs ombres
Plutôt que de périr noyée entre vos yeux
Morts par raison

Il faudra bien que j'aille demain violer leur tombe
S'ils sont morts. Et s'ils sont vivants
Déposer sous leurs pieds des bouquets de misères
Comme ces mauvaises vengeances si mal interprétées
Comme si tout avait une importance
Maintenant que vous êtes de ces ombres
De ces sombres
Que nul ne saurait plus atteindre
A quoi bon les enfreindre
Ces règles de papier
Puisque rien
Ne pourrait embrasser mon pardon
Depuis qu'ils ont plissé vos fronts.

samedi 17 mai 2008

Je ne veux rien dire

Elle s'est allongée sur mon côté et j'ai oublié. Je n'avais pas dit l'amour depuis une année lumière, et ce fut ce jour là que mon coeur décida de s'éteindre et de vomir tous les mouvements de ses bas ventres.

Le plus loin était sous les marches, quand on tombait de haut en bas.
Quand la hache fendait tout de haut en bas.
Elle jouait de nos reflets comme des cheveux entre nos doigts. Elle nous entrelaçait, j'étais le chiffon déchiré qui bouchait l'encoignure. J'étais bien, de là haut, à laisser entrer l'air comme si je ne servais à rien. Comme l'atelier de bois et les pots de peinture dont on enduisait nos visages sans couleurs.
Elle repasse avec de l'huile colorée tous les montants de porte pour que l'on ait conscience des traversées, parce qu'elle a écrit tous les grands voyages, quand elle s'en est allée.

Les grands amours naissent sur les grèves, j'ai appris ça petite sur le banc d'une morgue à compter sur mes doigts au bout de combien de minutes maman pleurerait.
Je le faisais vaillamment, m'appliquant à me tromper, mais je gagnais toujours.

J'entrechoquais les billes, et j'ai pris conscience que le temps ne passait pas.
Chez les autres, il allait toujours; chez nous il stagnait. Et les moisissures remontaient lentement, surnageant sur le crachat de nos silences.
J'ai appris entre les fissures du vase que maman laissait vide pour mettre en valeur l'absence que je ne savais pas parler de moi. Elle rodait entre tous mes mots, les ombres fanatiques qu'elle déposait sournoisement sous les yeux de maman, ces paroles hystériques qu'elle glissait sous ses lèvres.
Je ne grandissais plus.
J'ai soufflé souvent les parachutes des pissenlits trop vieux, un par un, les envoyant valser les yeux éblouis; tandis qu'elle jetait son pied au beau milieu, et ils volaient, et je pleurais de tous ces lilliputiens que je n'avais pu souffler.
Je ne voyais plus rien.
Je suis restée aveugle quand son corps était mort entre les bras du grand homme, je n'avais rien vu, rien entendu, il y avait un énorme bourdon dans mes oreilles qui ne voulait pas s'en aller, j'avais froid, j'avais mal, et personne jamais ne le saurait, sauf cette grande statue où elle reposait maintenant. Pourquoi était-elle montée, j'ai oublié; il devait y avoir des pommes au dessus des bras de l'homme. Pourquoi est ce qu'aucun d'eux ne bougeait, et pourquoi tenaient ils leurs peaux si blanches sous mes yeux, j'étais trop petite.


J'ai tenu ma poitrine contre son épaule, comme dans un film d'amour mêlé de crème glacé, sauf que je ne l'aimais pas. Il me tenait fermement la main, à m'en faire mal, et je ne disais rien, parce que tout au fond de moi, ça gémissait. La sale petite garce jouissait en silence de son lieu de damnation, de mes déboires, ou de cette main que je pressais, pressais, jusqu'à ce que le bourdon revienne.


Il a fallu qu'elle pose sa tête contre ma hanche affaissée, et qu'elle laisse ses larmes en emplir le creux, fantomatique. Je venais d'oublier ce que c'était qu'aimer, je venais de quitter le bord, mon mouchoir flottait négligemment sur la mer, tandis que j'agitais ma main vers le port vide.
Je ne sais plus laquelle se tenait à mon côté, laquelle gémissait de ses pleurs de nouveau-né, laquelle me hantait encore. Elles s'étaient confondues. Je n'ai jamais su parler de moi, alors je parlais des autres comme s'ils étaient des êtres différents. C'était un jeu morbide qui venait de me prendre, me prendre comme un coque béante.
Comme si je n'avais aucune barrière, elle a franchi les écarts patiemment dressés pour basculer mon entre-jambe. C'était une puce.
J'imaginais les gémissements, le bourdon chantait trop fort, jusqu'à ce que j'ouvre les yeux, et
On aurait dit la mer tellement c'était mort, tellement le silence cognait, car
tellement c'était affreux, tellement c'était grand, j'en pleurais. J'en versais toutes les pluies de parachutes qu'elle avait assassinés.

vendredi 16 mai 2008

Les odes jetés sur nos épaules


Puisqu'il faudra bien qu'un jour je choisisse entre ma douleur et la tienne
D'avoir à graver lentement les étoiles sur ta peau
Les dessins de tes épaules fraîchement effacés au courant
Des pensées volées aux migrateurs endormis
Au milieu des orages dégorgés de lumière
Et les nuits comme des taches d'encres jetées dessus nos têtes,
Me glissaient des larmes silencieuses
Tel ce manteau de pluie qui mouillait nos joues
Quand nos doigts ne se croisaient plus pour mourir enlacés
Tous ces silences qui n'en seront plus car il y a, brodé
Le lin d'une robe déployée aux zéphyrs
Pour s'élancer de nos tourments comme cette colline affaissée
Qui se dresse un instant au venir de l'été;
Les chemins d'une veille qui commence au matin
A tenir frissonnant les débuts de septembre
Ton ombre entre les vignes et ta main au couchant.
Que ne puis-je apprendre à dire je t'aime
en vérité.


Alors nous péchâmes les regrets en pelotes serrées
Et les rangs d'espoirs défilaient, à couper au couteau
J'étais le brouillard et tu étais la lune
Qui chantait les barbelés en charmant l'écorchure
Tissées entre nos lèvres décousues par les haines
Parce qu'en vérité,
je t'aime.

vendredi 2 mai 2008

La simple folie

J'ai mal de toi.
Du fond de l'être, je reste un peu perdue
Les tréfonds se mélangent
J'ai comme une chanson au fond de la tête qui murmure il fallait pas, il fallait pas
Les bruits se brisent sur les absences
Nous semons le chemin de cailloux colorés
Tu ne trouveras pas la route si tu reviens de nuit
Il faut que tu partes tôt, juste après le soleil
Pour ne pas le perdre de vue.
Il neige à Locmaria

Je n'ai pas séché au soleil comme tu l'avais promis
Ils m'ont posés des lames sur les joues
Il voulait que tu reflètes,
Du fond de ton trou
Mais je t'en prie restes-y
On a pas vraiment besoin de toi
Il fallait que je te mente, autrement moi aussi je restais là...

Les cailloux colorés, promets moi de les suivre
Quand tu sortiras
On aura laissé des lumignons sur la route pour que tu ne te perdes pas
Et s'ils refusent, je le ferai malgré moi
N'ai pas peur s'il te plaît.
Si je t'ai laissé tout seul c'est pour que tu n'oublies pas
On se souvient quand on a personne à qui le laisser
On a pas le choix

J'ai mal de toi
Ce soir ne boit pas quand je serais loin
On aura assez de tes larmes pour repeindre le chemin
En milles couleurs,
Et des gomettes en forme de coeur.
Tu sais je ne voulais pas ressembler à un voleur
Je voulais te dire je t'aime,
Mais j'ai pris le train de 4h25
Alors forcément...
Je t'ai laissé une valise avec les vieilles affaire du bébé
Celui qu'on avait imaginé
Je t'ai aussi laissé une prison
Pour que tu t'évades.
Mais s'il te plaît ne perds pas la clef,
Elle est sous le paillasson
S'il te plaît ramène là moi quand tu reviendras
Sinon on restera enfermé
Dehors
Et il neige, à Locmaria.

Je fais semblant de penser que c'est toi qui est parti pour ne pas mourir trop vite

Lou s'est cachée derrière une fenêtre
Alors si tu viens
A la maison au bord de la mer
Tu la devineras
Tu ne la sauras pas, mais tu la devineras

C'est elle qui m'a prêté les lumignons,
alors
n'oublie pas de dire merci.

A Jean

Son âme est bleu*

Son âme est bleu*

Effacée, elle demeure
Tout au milieu du salon
Prostrée au fond d'un vieux fauteuil
La douce fée du logis.
les yeux rivés sur les rideaux tirés
A sursauter à chaque bruit de clefs,
A chaque bruit de pas sur les pavés mouillés

Tristement inclinée,
Sa tête de poupée
Elle attend, sagement, le retour de la bête
du fond de sa caverne
Sur l'image imposée d'une pointe de fusil
Il sera en retard,
Il vient toujours trop tard...

Et les effluves d'alcool chantent déjà au loin
Leur triste refrain

Son âme est bleu
Énorme bleu de la taille d'une paume,
aux contours violacés
Qui lui mange les joues le cou et le visage
S'assombrissant au soir comme un soleil noir
Quand l'attente paroxystique.
Le jour baisse à sa vue et l'angoisse surnage;
La pointe de ses pieds
Rivalise tristement
Avec les lourdes chausses
Décalquées sur ses joues
Qui cognent dans sa tête
Battant si bien
La mesure de ses cris.

Son âme est bleu
Sous la lumière jaunâtre d'une lampe de chevet
Lorsque s'élèvent, silencieux
Les fins lambeaux d'aurores
les beaux rayons de nuit
Mangeant son auréole
Elle file.
Ses pieds nus, endoloris,
Ses petons sur le tapis
Se posent, gémissant.
Sur les rides du parquet
Où tous les jours, elle repasse son doigt
pour les dissimuler.

Il grogne dans son sommeil.
Immobile, elle attend
Que le cyclope referme son oeil de géant
Elle a si peur de l'éveiller, si peur de le fâcher...
La salle de bain, à tâtons
Il faut qu'elle se lave, il faut qu'elle pleure
Qu'elle retire ces morceaux de lui,
De nuit.

Son âme est bleu
Un bleu-noir, brisure violacée
Fendu de haut en bas
La marque de ses poings posés sur sa poitrine
Qui tousse doucement au souvenir des coups
Son dos tout lézardé
Courbé par les années
Que forme l'avenir.
...comme ses pointes de fer rouge
Qu'elle lisait dans les livres.

Les yeux morts elle se tait
Derrière la porte close
De la grande salle de bain
Les pleurs silencieux.
Il ne faut pas qu'il sache,
il la tuerait, sans doute.
Son regard plongé dans le vide du reflet
Le gouffre gris d'acier comparable à son âme;
Les lèvres striées de sang
De s'être trop mordue
Les coups sur le visage
Et le sang sur les cuisses.
Le miroir fait l'esquisse devant ses yeux hagards
D'un fantôme mort-vivant.

S'accrocher au rebord
Le lavabo trop blanc
Les néons la pâlissent
Sa tête lui tourne, vomir, il faut vomir
Ses phalanges blanchies de s'être trop crispées
Pendant qu'il la prenait
Pendant qu'il la violait
Pour la millième fois
Elle ne pleurait pas, alors;
Elle crevait.

Les longues larmes vicieuses
Sous les cernes ombrés
Creusés par le reflet
Se tordent dans la glace
Son âme est bleu
Morsure infâme marquée sur ses épaules
Comme tous ces tremblements qui ne veulent s'apaiser.
Dans la chambre endormi, il attend le matin
Le petit déjeuner
Que tu viennes l'embrasser
Il faut que tu l'embrasses
Avec un doux sourire.