jeudi 17 juillet 2008

Alice dès Juin

Alice
Il ne me reste qu'à compter les jours
Avec des grains de sables
Il ne me reste qu'à les égrainer
Entre les rainures du parquet
Entre mes rides
Pour qu'ils disparaissent
Pour qu'ils soient enfouis
Enfuis

Alice
D'être heureuse
De ne plus me souvenir
Je crève...
Alice
Lettre à nos jours
De rues
Aux hommes sales, aux murs gris
Soleil battant
A ses enfants pieds nus
Même la nuit
Qui courent
Que je tombe amoureuse d'une ville
Du quartier gitan aux fusillades
De te perdre
Les pieds nus de ces enfants
Je suis nue
Sous les balles de leurs rire
De leurs crachats aux terrasses de café
Ô comme je suis nue

Les bras autour de la poitrine
Flétrie
Accroupie
J'attends, la lapidation
Des heures encore
Soleil battant
Encore

Alice chante encore
Une chanson
Deux chansons
Avec la voix d'Israël
Que je te trouvais
Même si tu ne l'as jamais vu
Et moi non plus
Chante

Je compte le sable jusqu'à nous
A Munich, à Perpignan
Ou ailleurs

samedi 12 juillet 2008

Hurlements d'autres âges

A l'amertume
Encore un verre
Ivres, ils tuent
Le temps, les mots
Ivres
Ils oublient
Leurs visages,
Déformés
Gueulent doucement
Des râles à moitié morts
Misérables et grognés
Où le temps
Se compte en rides

Les femmes se taisent
Cheveux pincés
Comme leurs lèvres
Grises
Coites
Mèches blanches prises au filet
D'un chignon de grillage
Des gorges qui se tiennent
Debout
Sèches
Ce qu'il reste de pluie

Leurs murmures en ogives
Pointés au nord
Se perdent d'ignorance

Des silences allongés
Aux allures d'une tasse
D'un café
Où l'on ne noie rien
Que l'attente
La rage sourde
Endolorie
Engourdie
Sur leur langue
Mains crispées qui pleurent

Alors elles vont
Le dos courbé
Les paumes serrées autour de gerbes rouges
A peine étonnées
Visages fermés
Au vent large qui balaye
Tout

Tout,
Si ce n'est les ombres
Sous leurs yeux
Clos
Si ce n'est les ombres
Penchées
Comme des croix

L'été
Les poings fermés
Sur des tombes ouvertes
Elles cognent
Agenouillées, elles attendent
Ce qui ne s'attend plus.
Automne

De ce qu'il leur reste
Entre ce ventre retourné
Ce fusil
Serré contre une épaule
De ce qu'il leur reste
Entre les pluies brouillées
Cette gorge, sourde
De les sentir monter
Exploser
De les sentir mourir
Juste en dessous nos lèvres

Eux,
Les lèvres humides
Mordent la poussière.
Des ramassis de nuit

Elles,
Leurs lourds pas pris de neige
D'hiver
Embourbées jusqu'à la taille
Dans leur courage de crêpe
Avec ce bas-ventre plein
Noué
Ces vagues souvenirs
Le coton filé d'une trop longue attente
Où s'enfoncent
Mollement
Les hurlements d'autres âges