mercredi 24 septembre 2008

Troubles

A Serge,


Ami,
Que le monde tremble quand tu l'embrasses
L'été se teinte de givre
de lacs gelés de bleu
de déchirures, d'eaux troubles,
Je veux qu'assise en haut du mur
Nous puissions toujours voir où s'effondrent les bords
Et que je n'entende plus
Ni les eaux courir le long des berges
Ni les oiseaux se cacher
Lorsqu'on sait qu'à l'aube tous ces champs
Sont des rives éteintes
Qui pleurent tes bras qui les laçaient

Soudain
Un balai de grises mèches agitées sous le vent
Tiède. Des saveurs lointaines perdues par la distance
Parcourent les fronts brûlants
Et les fardeaux s'affaissent

Je surplombe ces fantômes qui s'élèvent au soir
Lorsque les odeurs de printemps s'estompent
Pour laisser béant ce décompte de sable
Entre les parois vieillies
D'énormes sabliers

Mon ami
Quelques mots sur Paris
D'une route
Un tango assassin
Sur nos lèvres
Serrées des mots
non-dits
Souris
Chantés

Un jour au soleil
Une nuit au déclin
Un carreau cassé
laissant filer le rouge
le temps
l'espoir
la lumière des tourmentes
Et encore tes lèvres
Perdues dans ces buées
Tu marches loin et, je perds du regard
Le tracé de tes pas
Ô mon ami, faisons donc halte
Pour mouiller un peu nos fronts à cette eau triste
Qu'est le temps perdu

lundi 15 septembre 2008

A Rome

Nous nous levons au matin, la tête dressée à la brise
Plein d'espoir,
Et Rome s'avance au loin
Très vite

De voir cet horizon rouge sans cesse mourir et renaître
De sentir chaque membre se briser sous la pression des jours
De perdre ses yeux, son regard dans les larmes
A chaque coin de monde, à chaque coin de feu

A l'Est, regarder le soleil s'étendre
S'écouter pleurer
Attendre
Jusqu'à la nuit et plus longtemps encore
De marcher jusqu'aux montagnes
Ramper, mille ans, les genoux dans la boue
L'entendre et s'échapper
La liberté
Comme un corps sans voix s'enfuit devant l'appel

De repasser mes mains sans cesse sur la marque de ses baisers
Au lit de la rivière, la coucher
Aveugle, la remettre en son bras
Avant la fin
L'oublier

A mordre sauvagement dans son éclat de rire
Des gouttes perdues, éparpillées
Son souvenir dénudé d'une épaule sous la pluie
Éperdue et aimée

Au son des bonheurs, laisser s'échapper
Notre temps
A perdre pieds
Jours trop pleins de fins qui
Débutent
Et nous sans les quitter

J'ai des amis aux yeux semblables
A ceux des voleurs d'enfants
Avides, géants
Innocemment perdus
Des mains calleuses qu'ils passent sur les écorces mouillées
S'arrêtant sur les branches frêles
En gémissant au vent
Souvenirs d'autres rivières
D'autres femmes en linceul
D'enfants
Souvenirs de pierres
Foncées
Brouillard.

J'ai des amis aux ventres semblables
à ceux des voleurs d'enfants
Douloureux, tordus
Rongés comme de ce Rhum
Joues qui se creusent aux venues des printemps
des jours heureux qu'on voit passer
J'ai des amis qui Les connaissent
Elles se charment d'yeux ouverts
Les prennent de leurs mains
Les écoulent
Crissant
Grains de sables sur leurs mâchoires
J'ai des amis aux larmes rouges
Qui ne descendent pas
Pas plus que des mots
des crimes
Qui boivent sans fin à notre errance
Qui boivent jusqu'à leur foie
Jusqu'à trouer
Pour laisser s'écouler
L'amer

J'ai des amis qui sont morts et qui ferment la marche
Sans arrières
Sans lever les yeux
Le tracé lourd des blessures élimant leurs forces
D'un pas de guerre
Prendre la route comme on ne prend la mer
bras morts et regards vagues
Coeur accroché au mât
de bois
Mort, qui vogue entre l'abîme
et nous
dents entrechoquées au son des fracas des lames
lèvres serrées, mordues de sang
A chaque roulis nous tombons

Les goélands descendent leur dévorer le visage
Et nous repartons

dimanche 14 septembre 2008

Terrer Septembre

à L.


Des gouttes nuits qui frappent, lancinantes au soir qui vient
Cette grande bouche qu'est le chagrin d'automne
Avalant nos derniers rires dessalés.
Les soirs tissés de vents pleureurs
S'échouent auprès de feuilles froissées dès le matin
Éteints

La flasque ironie d'un jour qui se noie
Le bruit qui court insolemment sur le ciel foudroyé
Nous touchent de leurs membres délacés
Et comme une encre jetée au hasard d'un grand sombre
Vient se planter au cou de la veuve esseulée
Ils volent les lunes ambrées des jours
Nous laissant assommés au milieu d'un torrent

Les morceaux d'impuissances se collent à nos joues
Nous disons pour mieux les suspendre
Les histoires d'autres lieux hantés
Inachevées, et elles se dressent
Comme des oiseaux brûlés de froid
Nous taisons les hivers blanchis de nos mémoires
Afin d'en retenir le parfum de flocon
Immobiles enfants éperdus sous le phare
D'une contemplation


Je voudrai m'étendre, au devant des collines
Sous un lever de soleil flamboyant de soupirs
Me prendre les pieds aux rayons bleus d'émoi
Une ligne verte dessinée sous mes pieds
Les fuir
Les fuir au jour qui point
Pour terrer septembre bien en dessous des monts
Pour terrer septembre,
En oublier le ton

vendredi 12 septembre 2008

Petite pièce

Le regard tendu comme un oiseau en ciel
Tout rayonnant de froid
J'attends
Comme un miroir brisé
Coupures aux coins des doigts
L'insistance silencieuse de tes pas sur les miens
La lourde abîme qui s'ouvre sous le poids
Des sens du cauchemars
Lorsque je pleure ton corps
Regarde nous marcher au bord du monde
Les yeux clos pour n'entendre rien
Que le froissement de nos lèvres
Je suis nue

Encore tes yeux qui se rabaissent
Qui frôlent le jour descendant
Encore ces yeux qui me caressent
J'ai peur maintenant
Qu'on aime
Les doigts écartés pour clore les mots
Ne disent rien les lucioles
Lumineuses
Des points sur mes joues qui murmurent
Et sur ma bouche des tâches bleues
Comme les papillons en colère
Brûlent les amours

Sur le bout des dunes vertes
Désordonnées de vie
Tu chantes en sanglotant qu'on doit tuer la lune
Mais il est si tard qu'on n'entend plus les rires
Mourir au ciel et retomber en nuit
Perdue au loin une mouette
Attends la mer.
Regarde encore mes mains sur ton cou
Qui dansent sur la vitre
Comme des reflets de pluie
Regarde l'eau claquer des gifles sur mon torse
Tout comme mes yeux pleurent
Regarde comme je t'aime
Sans rien dire
D'heureux

jeudi 4 septembre 2008

A demi-mots


Nous sommes de l'autre côté de la barque. Il joue avec ses larmes sans jamais m'écouter, comme ce petit garçon autiste que nous connaissions autrefois, dans la jolie maison pleines de rides souriantes. Nous marchons sur l'eau, sans savoir la tête sur les épaules, et il ne me tienT pas la main, parce qu'il a grandI, dit-il. Il parle d'une voix hachée, comme s'il n'était pas là, pas vraiment, juste pour me tenir à distance de sa main. Je vois son corps, et oui, il a grandI. Pourtant il ne m'écoute pas, il ne m'entend pas, les yeux dans le vague, les poings serrés sur ses lèvres qu'il mord. Je le secoue, je veux que ses yeux brillent, mais tout est éteint, comme une grande vitre au fond de ses yeux à laquelle je me cogne.

Je voudrais savoir ce qu'il a dans le coeur, alors j'ouvre doucement ses poings tenus serrés. Il me regarde pour la première fois, et je m'effraie: je ne vois qu'un grand gouffre, un grand vide. La terreur me tienT soudain le ventre, comme un terrible mal, je le frappe pour chasser la peur, je le frappe et je l'éloigne. Je cours loin de lui, pour qu'il reste seul sur cette barque, je cours sans m'arrêter des pleurs pleins le visagE, jusqu'à que mon souffle soit un grognement, jusqu'à ce que je ne puisse plus bouger. Son col reste dans ma main comme un jouet mort, et je comprends.
Je comprends qu'il est mort, le petit frère.
J'ai juste au fond de moi des questions du comment, mais je sais que je ne pourrai plus jamais savoir. Parce que tout ça est quelque part derrière la vitre, dans un endroit où il joue avec ses mains trop grandes, avec ses mots qu'on ne comprend plus.
Je sais que c'est trop loin dans sa peau pour qu'il sache nous le montrer.
Je sais qu'il est trop loin, et je crie longtemps pour dire que j'ai mal. Peut être qu'il entend.

Je vois un grand cygne blanc tout au fond de l'eau et je pleure en silence.
Je suis revenue à petits pas près du lac, il est sombre, il est surfait, il est pleins d'eaux noires et rampantes qui veulent prendre mes jambes.

Comment ais-je pu le trouver beau.

lundi 1 septembre 2008

Ces dérives

Sous les odeurs de pluie du vieux port embué
Pour l'ombrage inquiet d'une maison sans vie
Il regardait partir les bateaux de papier
D'un creux ouvert au vent, large de ses interdits

Pris sur les lames froissées d'un sol d'aéroport
L'âme encore dévorée sous d'autres continents
Lui seul tenu debout, son ventre comme un seul bord
La bruine, la pointe au vent et l'odeur de croissants

L'élan grinçant des plis de ses yeux, de ses mains
Les vols tassés de nuit qu'on prenait à son nom
A mort; toutes élégances bannies de son parfum
Le creux comme un silence déformé sous le son

C'est en lui déposant ce gris bouquet de fleurs
A l'orée de grands pins enlacés sous la neige
Qu'il déposait ses armes tout au fond de son coeur
D'amour, de combats et de nuits prises au piège