mercredi 29 octobre 2008

Aux choses sans importance

Aux choses sans importance il faut lever son verre
Et le briser sans crainte aux visages ennemis
Cracher sur la boue tiède vomie par les massacres

A octobre lorsqu'il frissonne pour la première fois sur nos épaules ouvertes
Aux traces légères et si vite inondées au pied d'une pauvre baie
A ce qu'ils ignorent, ces hommes aux larges bras

A la femme qui tremble contre ce vieux chambranle
D'une porte où l'on est tant passé qu'elle ne retient plus rien
A les regarder fuyant de leurs yeux, de leurs êtres
Ceux qui ne se plient pas

Aux enfants couchés sur cette terre de feu qui meurent un peu plus tôt
Qu'on ne l'avait prédit à l'aube de leur jeunesse
Souriant aux ombres et rampant vers la fin
Comme des osselets machinalement jetés
Sur une table de dés

Aux choses sans importance, aimons, mais lentement
A n'avoir rien à dire et les langues brûlées
Tordues, sans que la soif ne puisse raviver
Le désir des mots
Que la perte
Un peu plus

Aux choses sans importance
Le drapeau et l'étendard ,
si beaux
au vent

Toujours au vent.

mardi 21 octobre 2008

Jimmy

Lettre d'amour première

Le matin n'est jamais pareil ici. Il a toujours cette saveur d'un chez soi qu'on aurait oublié, et des lumières d'ailleurs qu'il faut savoir entendre approcher, du bout du nez, comme un bel oiseau s'ébrouant aux regards indiscrets. Ma robe est de coton et mes pieds tout en nu, tu les embrasserais je pense si tu les voyais ainsi bondir tout au devant du jour.
Je regarde le nord sans savoir où il est et j'espère que tu dors, et que je t'ai surpris, endormi, en même temps que ce ciel.

Je dis tout haut au monde que je suis amoureuse, et le silence atteste combien j'ai raison. De ne penser qu'à toi, et au jour en train de s'habiller. Je suis comme une voyeuse, comme un espion, et je me sens rire.

Je prends l'avion au fond d'un grand bol de café pour les pays chauds, je joue de mes cheveux devant une grande glace que j'ai fait venir d'au moins Paris, peut être plus, juste pour toi, et m'y regarder sans fin pour me voir comme toi. Je cueille des fleurs, jamais plus rouges que les blanches, puis je fais des couronnes et des bouquets, pour marquer les saisons.
Les heures chaudes me dotent de pensées que j'oublie aussitôt.

Depuis ton départ j'ai installé mon église en haut d'une petite colline du sud qui ne sent ni l'été ni la mer, mais qui rappelle un peu la douceur de tes bras. Elle ne ressemble à rien, elle me ressemble à moi, des milliers d'herbes folles poussant entre les dalles. J'y vais le jour, les pieds nus, et Avignon sourit, loin. J'y vais sans rien voir au dehors que notre petit chemin, et je ne pense qu'au bonheur d'y trouver un peu d'ombre. Là haut, il fait toujours bon, et les oiseaux chantent entre les branches des oliviers.
Là haut les bancs de bois tendent leur force usée à mon corps fatigué. Je ne prie que le temps d'un salut, avant de redescendre les sentiers, pour gagner mon logis avant la nuit tombée.

J'ai des chansons qui ne veulent plus jamais me quitter. J'ai repris cette vieille guitare folk qu'on prenait le temps d'une promenade, et je la tiens par la main comme si c'était ta main. Je chante avec elle, sur les murets défaits des villages perdus. Les gens me sourient, quand gens il y a, et je pense à toi qui m'aurait regardé.

Le monde sent partout cette odeur de thym. Pour autant que je sache encore ce que veut dire le nord, je suis bien loin de toi, mais je ne compte pas les kilomètres, seulement les nuits. Mes doigts viennent à manquer, alors ma tête se vide, et mes mots rient de moi.

Je voudrais te dire qu'au final, tout n'a pas tant changé. Nous parlions du matin et nous sommes déjà au soir, ce soir si plein de noir que je n'ose m'y laisser. Je me presse sur le chemin de la petite église et je prie en allant; j'implore la grande nuit de laisser les minutes s'écouler sans que le froid ne tombe. J'imagine mal mes épaules frissonner si loin de tes mains.

Doucement je m'étale

Tenue de mes hématomes
J'avais envie d'un autre
Précis de tes lumières
Précis au point du jour
Pour me saigner à blanc
Entre tes lèvres closes
Le jour entre tes dents
Qui n'ont plus rien de blanc
Je me souviens l'automne
Toi et moi sur le banc
Je me souviens du temps
Et des éclats de voix
Tu étais comme l'orage
A ciel ouvert
Nos paumes décroisées
Les lèvres aux coins perdus
Je me souviens de Londres
Quand tu prenais mes bras
Quand tu m'ouvrais les veines
Combien je te buvais
A la parole ouverte
Combien je t'écrivais
A l'encre bleue
Pour te prendre encore
Entre nos hématomes
A l'endroit des piqûres

Toi aussi
tu te tailles un peu l'encre
ce soir
C'est tes côtes qui s'avancent
Saillies entre les rues;
Nous avons rendez vous

tu saignes des chansons d'amours
les quais de la Seine étaient
un lampadaire
on venait s'y griller
les moustiques,
les cigarettes
et le sang sur les murs
le sang d'une bombe
colorée de ses tresses
Qu'il est drôle
l'homme noir aux tresses
quand il peint de son sang
les murs de décembre

Le souffle tiède
les torsades
Les cheveux mouillés et ton torse
Parce qu'on éventre
Au moins une fois
Dracula
Avant de veiller
Une fois, deux fois, et la troisième
pour faire pleurer de rouge
tout paris sous le ciel
Paris en rouge
La nuit
Ce que je donnerai
pour une île sous ton torse
Au matin avant le jour

C'est à cause de ce sang
Le sang ne ment jamais
Toi tu mens
Souvent
C'est une Excuse comme une autre
Mais j'ai tous les atouts
Quand on s'ouvrait les veines
Tu me croyais
Que c'était un même sang
Des rivières sur nos bras

Demain
Les cigarettes volées
A ce vieux sur le banc
Parce que tu riais
De ses dents et du blanc
Moi je t'aimais en bleu
J'ai encore le cœur bleu
A nous revoir aimer

Il y a Orléans
Le tendre de ton rire
Tenu entre mes mains
Il y a Orléans
Tous ses oiseaux moqueurs
Les bribes des enfants
Je ne songe pas encore
Qu'il nous faudra partir
Tu ne songes pas tout court
Tu préfères encore rire
Londres est un samedi
Un dimanche et une nuit
Où on est amoureux

Le vieux Londres
Ne m'a pas oublié
Je sais que les nuits nous pensent
sur ses paupières clouées
Qu'il manque dans sa tête
La fumée d'une cigarette
Que tu avais volée

Londres ne pardonne pas
J'entends ton poumon pleurer
De toutes ces cigarettes
Il pleure doucement
Je n'ose le bercer
Comme Londres se moque
Elle t'appelle Le voleur
Et j'ai si mal aux yeux
de l'entendre rire de toi
et j'ai si mal aux yeux

demain c'est octobre
nous quittons Orléans
tu as loué une chambre
pas loin des Hurlevent
je ne veux pas Katie
je ne veux pas pleurer
perdue entre tes draps
que mes fièvres ne soient plus
je retombe en misère
tu ne dis plus je t'aime
tu ne dis plus « ma puce
comme tu es petite
entre mes bras
papa m'arracherait
s'il te voyait là »


Je revois Orléans
et tous ces hématomes
coincés entre nos joues
je me souviens septembre
car j'étais amoureuse
de tes yeux pleins de bleu
le ciel pris dans nos lèvres
comme on les battait
les aubes de ta campagne
en écoutant Véra
car j'étais amoureuse
car je n'aimais que toi
je n'aime toujours que toi
de cet amour de sang
parce que je t'ai connu
quand je naissais
et tes yeux ronds ont marqués mon visage

je hais tous les septembre
nos lèvres pincées
sur ton front on t'entend
battre les cris du nord
nous prenons le bateau
tu bouches tes oreilles
avec des bruits de vague
tu ne veux pas savoir
et moi je ne sais pas
nous partons pour le nord
il ne me manquait pas
les gris de nos remords
et le sang sur tes doigts
nous ouvrons toutes nos veines
pour reprendre le vent
moi je reprends la peine
je me souviens d'avant
quand je t'aimais encore
quand tu n'as pas changé
que tout était si faux

J'ai encore tant d'avions
dessiné sur la peau
Qui décollent
qui m'oublient
J'ai encore tant d'avions
des morceaux de papiers
qui m'ont collé les lèvres
tant de riens
qui prennent encore la mer
il n'y a plus de port
Madame
le port est englouti
Nous n'avons pas aimé
pas assez de temps
pour que le bruit des vagues
ne te fasse oublier
nos mains

aujourd'hui dans tes yeux
j'ai vu un peu de nuit
cela faisait mille ans
que la nuit ne se levait
plus que dans des songes
j'aimais nos jours sans fin
et aujourd'hui la nuit
qui a refait surface
je ne sais plus quoi dire
puisque tu es parti
puisque tu vis ailleurs
entre tes hématomes
tu t'es frappé sans moi
au murs des piqûres
je te vois dans des caves
je sais bien que c'est faux
mais je te vois quand même
ça me fait mal au ventre
comme avant l'accouchement
de te voir dans ces caves
qui n'existent même pas


je suis venue te voir
une chambre d'hôpital
oh comme c'est laid le blanc
pâlit sur tous ces murs
c'est bien plus laid
que toutes les dents jaunes
je suis venue te voir et tu n'étais pas mort
tu m'attendais je crois
mais je n'en suis plus sûre
j'imagine toujours que tu m'attends
même quand on était septembre
j'imaginais déjà
tu ne m'attendais pas
tu fixais le mur et tes yeux étaient flous
je crois que tu dormais
sous tes yeux blancs
toi et tes yeux blancs
blancs

maman pleure tous les soirs
elle dit que c'est ma faute
Ma doudou pleure aussi
je crois qu'elles me haïssent
parce que tu es blanc
parce qu'elles sont jalouses
tu n'aimes que moi
que moi
même si ton sang
n'est pas vraiment le même
on s'est ouvert les veines
on a vu Orléans
Alors maman est jalouse
elle pleure sur mon épaule
que tu ne reviendras pas
je ne la rassure pas

si tu reviens un jour
comme les murs de la chambre
je peindrai ton visage
aux couleurs de l'Inde
ou de tes dents jaunies

c'est une histoire de vie
j'y repense tous les soirs
je pense que c'était la dernière
que demain il n'y aura plus rien à dire
puisque toi tu es mort
que tu as les yeux blancs
que tu ne m'attends plus

j'ai les volets fermés
le monsieur d'à côté a du chagrin aux yeux
on enterre sa femme demain
et toi tu oses t'ouvrir les veines
à ciel ouvert
alors que ce pauvre homme va enterrer sa femme
comme parfois je te hais
comme parfois je te hais

Elle était chauve
la femme du monsieur
je l'ai vu parce que j'ai ouvert
le cercueil
tu m'aurais grondé
tu me grondais toujours
mais je voulais savoir
si ses yeux étaient blancs
comme ils étaient fermés
je n'ai rien vu du tout
que son crâne brillant
ils l'appellent le cancer
et tu t'ouvres les veines

Tu es sorti vaillant
Tu as tout oublié
Londres, les chambres blanches
Tu as repris ton vol
D'avion
De cigarettes
Et je ne peux rien faire

Tu me parles de Russie
Tu veux revoir Véra
Je n'aime pas Véra
A son nom tu souris
Tu me parles de Russie
Comme nous
En blanc et rouge
Je t'aime encore plus fort
Véra n'est pas jolie

je tombe amoureuse
du monsieur d'à côté
il a ton âge et
une femme sous la terre
je tombe amoureuse
de ses pas
dans le corridor
en t'attendant
mais comme tu ne reviens pas
je prends le thé chez lui
il est presque médecin
c'est beau
et vingt-ans
il se croit vieux
il dit que je suis jeune
je lui dis ton âge
il dit que c'est malsain
il pense que je suis
amoureuse ailleurs
et je ris
je ris
je ris
je dis que tu es mon frère
alors il veut bien tomber
amoureux
comme c'est bête
un homme

Tu reviens un peu
M'arracher à ses bras
Alors nous prenons Sarajevo
Parce que j'ai toujours voulu
Sarajevo
En train de nuit
En car
En car
Car les routes sont dangereuses
Les routes sans lumières
Paris me manque
J'ai peur du noir
Sarajevo est triste
Sarajevo est grande
Je veux rentrer
Mais tu es bien ici tu ne veux plus partir
Sarajevo me griffe
Le ventre
Sarajevo sait
déjà
Sarajevo comprend
Sarajevo sourit
Son sourire est malsain
Je n'aime pas les enfants

Nous reprenons le car
Et le train
De jour cette fois
Parce que j'ai mal au ventre
Que tu as de l'argent
Nous irons voir Genève
La neige me fait du bien
J'ai les yeux en flocon
Je ris
J'aime
J'aime et mon ventre se tait
Je ris devant Rousseau
Je suis une boule de neige
Sur une belle étagère
Je tourne, je tourne
j'ai les yeux flous
Tu ne me quittes plus
Parce que mon ventre parle
Nous rentrons à Paris

Comme une fin de vacances
Sauf que j'ai des villes
dans la tête
dans le ventre, aussi
C'était un beau voyage
Mais déjà c'est septembre
Ou Janvier
Je ne sais plus
Un début de quelque chose
Mon ventre ne parle plus
Mon beau voisin d'en face
frappe tous les jours
mais je n'ouvre jamais
Sarajevo a construit
un grand mur
entre moi et l'amour
Je passe mes nuits au lit
Tu appelles un peu
Quand tu rentres de Russie
Je suis seule à Paris
Véra appelle aussi

Mon ventre est un silence
J'ai vomi tous ses mots
Rouges
Ils étaient rouges
Il n'y aura pas d'enfant
c'était psychologique
et je suis seule au monde

je rentre chez maman
maman tombe dans mes bras
elle a peur pour toi
pour moi
je crois qu'elle m'aime aussi
elle ne sait pas
pour Sarajevo
pour mon ventre
Elle croit que j'étais à paris
à la plage
à saint Raph
n'importe où
Doudou a trop grandi
Je ne peux plus la prendre
dans mes bras
elle a des milliers d'orages
entre les paupières
j'aurais bien aimé
être Pennac
et l'appeler Verdun
Elle est en colère
du matin au soir
je lui promets Orléans
pour tout recommencer
Il y aura d'autres histoires
je vous raconterai

je suis seule au monde
au milieu des gens
il faut que je grandisse
je rêve trop
tu dis que je rêve trop
ta voix au téléphone
tu me manques

je réapprends à lire
et toutes ces bêtises
tu dis
je suis folle
je suis folle
et je le dis aussi
tu t'installes en Russie
tu dis « pour peu de temps »
je ne veux pas compter
je n'apprends plus les chiffres
le temps passe plus vite
parce que je ne compte plus
je réapprends à lire
J'oublie presque Orléans
Sarajevo
Je suis heureuse

J'apprends à te l'écrire
En russe

Tu reviendras peut être
nous marquer d'hématomes

ils ne veulent plus rien dire

mercredi 15 octobre 2008

n'oublions pas les aviateurs

salissons nous
je n'ai plus peur du noir
depuis les premières églises et leurs silences
où je m'enfermais
ma tête pleine de feu.
salissons nos mains
consciencieusement
frottons nous peaux craquelées de ces morceaux de charbons
qui sentent bon l'hiver
et le froid
les mais se lèvent toutes
cela fait des années
nous ne pleurons plus
nos corps de boues s'animent

je glisse, dans le noir
mes mains sont des coupoles
sur un ciel où il ne manque
que la nuit
et ton église

encore ces églises
les églises sont des chemins de pierres grises
où j'assois ma violence
mes yeux pleins de sauvagerie
les églises sont mes silences
qui coupent
toujours plus pleines de ces calmes de marbre
qu'on ne trouve qu'au bout
de longues tempêtes
et des grandes allées sous les vitraux

j'ai une autre lumière dans le coeur
que celles des jours
ou celle des néons
j'ai cette lumière

-il me regarde
qu'il fasse nuit, que je sois noire
de charbon ou d'ailleurs
que mes yeux soient de ces poings levés
il me regarde
quand je hurle et que ma trahison
comme des lames a tes doigts
lui rentre dans la peau-

n'oublions pas les aviateurs
qui mettent les nuages comme des bouches enlacées
au bout de leurs envols
piquent du nez les vents
n'oublions pas les aviateurs
et nous aurons encore à faire
pour un jour
peut être deux
de quoi prier

vendredi 10 octobre 2008

Les falaises mangées de souvenirs

Sur la base du "poème par thème" de l'été 2008.
N'y avait pas été envoyé.


La vieille bâtisse découpait l'horizon quand le crépuscule pointait... Laissée à l'abandon peut-être et, surtout, au fracas incessant des vagues qui grignotaient les contrebas de la falaise. D'aucun disaient qu'à la tombée de la nuit, l'on entendait des cris ou bien toutes sortes de musiques inquiétantes... Mais tous étaient bien ignorants... Moi, je savais...

Moi je les avais gravis milles fois, les collines de la vallée grise pour aller me perdre dans les bras de son ombre. Moi je m'y étais caché mille fois entre les vieilles briques, sous les vieux volets qui s'ouvraient sur la mer.

Tu as une robe de papier que tu as cousue avec tes mains si sales, tes ongles si noirs, et ta robe est si jolie que tu en pleurerais. Tu en pleurerais, de ne pouvoir la mettre. Ils se sont moqués de toi, la robe est plus jolie que toi, Lou. Tu files en haut des falaises, personne ne sait où, et tes larmes accompagnent les chemins sinueux qui n'existent que pour tes yeux tristes. Moi je suis un garçon curieux, et je te suis.
Je te retrouve dans la maison aux épouvents. C'est comme ça qu'ils l'appellent, les gens du bas, un drôle de jeu de mots qui les fait frissonner. Je ne savais pas que toi aussi tu allais t'y réfugier, j'ai le cœur comme une pierre. Comme un secret qu'on pensait rien qu'à soi, lorsqu'il nous apparaît que d'autres le partageaient.
Je t'en veux, et je m'en retourne. La maison, lorsqu'elle est habitée, ce n'est plus ma maison.
Tu as des jolies nattes, Lou.

Et tu sautes nue dans l'océan, dans l'ombre rassurante, dans l'ombre dérangeante de la maison du vent.

Lou, tu as les yeux gris. Tu es la fille de la bibliothécaire et nous sommes amoureux. De notre secret, et de la maison un peu. Nous jouons avec le vent, avec les volets, avec le vieux piano, la nuit quand tout le monde dort. La nuit j'embrasse ta vieille robe de papier. Lou tu me racontes que la vieille maison est hantée, du moins c'est ce qu'il pense en bas, parce des gens y sont morts. Tu ris, tu ris sans pouvoir t'en arrêter, tu dis que toutes les nuits ils entendent mes doigts sur le piano et qu'ils frémissent.


Lou est partie avec un vieux monsieur qui avait deux fois plus d'années que moi. Ce vieux monsieur aux yeux d'acier qui ne lui souriait pas. Je la sentais bien partir lorsqu'il est venu user ses mots dans la maison au vent, je la sentais m'échapper. L'encre solitaire de ses poèmes d'amour m'usaient doucement. Je n'avais pas la taille à faire face au poète. Je n'avais aucun mot pour la retenir, je connaissais juste la vraie musique des volets, et celles des galets et le goût de ses larmes. Lui ne les savait pas mais il connaissait les mots pour les dire sans les connaître.
Il disait chercher la solitude, la solitude des lieux qui correspondrait à celle de son cœur. Mon œil, la solitude, la solitude à deux qu'il disait.
Il m'aimait bien je crois.

J'ai frappé Lou à la tête. Du sang plein ses joues. Ensuite j'ai pleuré dans ses cheveux des heures, pendant qu'elle me frappait de ses petits poings, pendant qu'elle me repoussait. Le poète était parti chercher des mots sur la plage, et j'ai trouvé Lou à l'attendre sur le lit qui fut celui de notre amour d'adolescent. Le poète, lui, n'est jamais rentré de la plage où Lou l'a retrouvé. Je ne veux pas penser aux mots qui lui ont brisés les lèvres devant les griffures rouges de mes doigts sur ses joues. Il a dû mourir dans son coeur, trouver des mots de peine, et partir lui chanter.
Ils sont partis, me laissant le cœur encore plus lourd. D'être à nouveau seul dans cette grande maison vide qui n'est plus qu'un secret de pacotille.

Lou. Lou dans ma tête, Lou, dans mes yeux. L'océan partout, ses vagues dans mes épaules, son souvenir dans mon regard. Moi, seul avec des poèmes d'amours.
Juste de quoi tomber amoureux d'un poète.

dimanche 5 octobre 2008

Le vent de tes cheveux


Je la tiens longtemps dans mes bras.
Ses larmes brûlent ma peau, brûlent mes joues, brûlent mes jours
Son front sur mon épaule pèse comme un doux poids mort
Mes poings se crispent, à chaque sanglot
Sans aucune parole à déverser
Je regarde loin sans rien entendre
Sans jamais seulement ouvrir mes yeux
Ailleurs que sur l'horizon plein de brumes mouillées
A faire semblant d'y voir danser quelques gouttes de pluies
tombées de mes yeux

Son corps reste là, suspendu à mon cou
Je n'entends plus que les claquements de son coeur
Frappant sourdement autour de nous
Je ferme mes oreilles à tous ses mots
J'espère en secret ne pas avoir à comprendre

Tous les fantômes, toutes les chansons sont un même mensonge
Entre ses mèches blafardes, ses rides avancées
Sur son visage d'enfant, tant d'infamies

Ô je veux être fou et marcher ses chemins
Marcher jusqu'à l'aube, ou n'être plus rien
Qu'un maillon à sa chaîne

-

Laisse moi,
Laisse moi caresser ton regard et mourir
Sans savoir, jamais, où naît cette eau de tes yeux
Cette eau salée, vivante comme autant de flots
Que ceux qui nous balaient chaque jour de leur manteau d'oubli

Je ne pensais pas revoir Lausanne sous la neige
Je n'ai jamais autant voulu que tu ne sois pas là
Ne pas sentir ton sang taper contre mes tempes
Ne pas sentir tes doigts descendre en frissonnant le long des murs
Suivre les fissures gelées, les yeux vides et le sourire perdu

Je n'ai jamais tant voulu quitter New York qu'avec toi
les longues allées de glaces qui me hantaient tant
J'en rêvais, mais tes bras pâles
comme une sauvage étreinte abîment tous les tableaux de ma jeunesse

Je veux être fou pour suivre tes routes,
l'hiver enroulé autour de ton cou
L'étranger,
Comme tu regardes ce plafond, et avec tant d'absence
Douceur avide de ces gouffres de folie
Où tu plonges tes jours, où je veille tes nuits
Laisse moi t'entendre sur ces lointains partirs*
Prends moi dans tes yeux blancs et laisse moi mourir.