mercredi 31 décembre 2008

Des frontières

(Concours JE)

Mon enfant,
Ce goût du voyage a tant saigné nos lèvres
Qu'il n'en reste plus rien que
de grandes fresques de rochers
Mortes et étendues, comme d'un grand drap rêche
qui recouvre tes os de son linceul gris

Il pointe à l'horizon des îles, et des déserts
Ces rêves de départs dépliés sur tes joues
Des ombres aux grands feuillages déployées en étoiles
Aux longues aiguilles enfoncées sous ta peau
Mon enfant
Ne compte plus les jours, quand ils sont déjà là
Tenant de leurs bras noirs les montants d'un palais
les limites s'arrachent
à coup de griffes lorsque le jour descend
lorsque la nuit s'allonge et efface les frontières
Sous les traits d'une route, d'un visage étiré
d'un océan vide et d'une longue insomnie
Les veilles sont mes routes
Peinant à suivre
le rythme immobile frappé par tes folies

Les pas se franchissent tous
un à un
jusqu'à l'autre bord

Ton corps froid, mon enfant
Ces rêves ne tiennent plus
Pas plus que les frontières se franchissent debout
Et c'est les pieds devant qu'il faut guetter l'ailleurs

Les pays sont des rêves qu'on touche de son doigt
Lorsque la sueur vient sécher sur tes lèvres
le goût des eaux du Nil
Lorsque la fièvre allume dans ton regard éteint
Les rivages d'un Ciel où la pluie sait lever
des champs d'or,
des cascades de blé

L'autre bord, un soleil esquissé sur ton corps
Un sourire oublié qui renait comme les ombres
Avant de se figer dans un long soubresaut
Comme j'envie ton voyage
Derrière, loin, une terre
Le temps d'un souvenir, d'une douleur endormie
D'une autre vie

Crache sur la frontière, et
Puissions nous ne jamais revenir