lundi 23 novembre 2009

L'autre bord

Il est fini le temps des boues
Des salons de Corinthe où il faisait vieux vivre
Une longue tresse brune au goût fort de tabac
le souffle chaud au cou des nuits dansées au port


La valse lente commence avec le froid
Quand l'engelure remonte au coeur, au menton
sèche, se pique à la bouche d'un sourcil froncé

comme nous tous je prends le train pour là haut
tous les hommes tassent leurs mains sur la table
caressent tendrement le pourtour de leurs verres
et crachent sur leur paumes pour retenir le temps

une santé de feu
au bois
à la vodka

il y a une rivière entre le jour et la nuit
un flocon de larmes
une idée du temps à attendre
A la sauvage
Chevauchée vers le nord
Wagner épuisé dans une respiration et nous autres,
les coudes serrés sur une route,
ou la jambe tenue au bar
nous rêvons de cette femme du pays

et dans une escale, à l'ombre d'un saule
quand pleureur elle s'éveille enfin
tous nous haussons nos poings
étrangers
à sa désespérance

la valse lente de son genoux plié
Gouttes éparpillées d'un alcool lointain
je me souviens des bras perdus de Port au prince
De Manille
La course à la mer

demain nous repartons.

jeudi 15 octobre 2009

Encore maria

'pour concours JE
A l'aube sèche de ma colline de verre
Je meurs de ne savoir le goût de tes baisers
Ma tendre Maria, je m'en vais à la guerre
Partons, il n'y a rien de dit
Je n'entends pas la vie
Ni le craquement du froid sur les peaux de nos soirs
Ma tendre Maria, je ne sens pas la terre
Frémir sous nos genoux quand se lève l'amour

Que le monde tremble quand tu l'embrasses
Tu me dis que l'été
Se teinte alors de givre, de lacs gelés de bleu
de déchirures, d'eaux troubles, et de montagnes glacées
Je voudrais tant, qu'assis en haut du mur
Nous puissions voir toujours où s'effondrent les bords
Et sentir dans mon âme
Se lever l'émotion.

Mais il est loin le temps où je me savais vivre
Tiède. Des saveurs lointaines perdues par la distance
Je surplombe ces fantômes qui s'élèvent au soir
Lorsque les odeurs de printemps s'estompent doucement
Pour laisser béant ce décompte de sable
Entre les parois vieillies
D'énormes sabliers

Ma tendre Maria je m'en vais à la guerre
Mourir
Il faut que je les sache, les soupirs de la vie
Porter à nouveau la lame à ma poitrine
Et la plonger sans crainte dans les corps ennemis
Régurgiter le monde
Mourir

Prendre l'eau rouge de mes ventres ouverts
Et plonger
plonger jusqu'à l'abîme
Sentir dans tous mes doigts mourants
le tremblement d'une naissance
Voir une dernière fois se lever des tempêtes
des jours et des nuits
sur mon front enfiévré
que tous les morts et toutes les guerres des mondes
viennent froncer mes épaules
de leurs chants de victoire
Et que je puisse être ivre
Une dernière fois
Ne lâche pas ma main, ma douce Maria
Demain je vais mourir,
Demain je m'en vais vivre
Pour la première fois

mercredi 23 septembre 2009

tes yeux ont le mal d'horizon

concours JE, encore
Un chant de prisonniers.
Ce soir je suis l'aveugle.
Noir comme tous les jours, et les murs, et les temps
Battus en cadence entre tes mains raidies
Ma peau en craquelure
Buvant avidement les lampées de lumière.
Partout tes doigts qui, toi aussi gémissent
Au son du chant bleuté des ombres et des murmures
S'agitent sans savoir, confondus et muets

L'air est une odeur aux contours brûlés
Senteurs d'hiver effluves silencieuses
Partout viennent s'échouer les idées du dehors
Mais, sous nos yeux,
au-delà
Rien que des peintures aux allures de soupirs
Aux cloisons comme les pieds d'argiles des grands bagnes

Le sol porte les jours, comptés et oubliés
Gravés dans son dos par des ongles agacés.
tes yeux
sans fin retracent les serres de l'oiseau
La cage.


manque à mes lèvres froides une ligne de chant
Un jour de pluie glacé, un ciel à l'endormie
Frappant sur nos visage ses pays animés
une patrie,
un ailleurs
qu'importe pourvu que fleuves et montagnes
y dansent sur la mer
qu'importe pourvu qu'ils laissent
ouvertes grandes les portes
des maisons, des prairies
pourvu que les toits soient de nuit étoilée
et que loin, tout au fond, à l'autre bout du monde
nos yeux puissent caresser,
inconscients,
l'horizon

vendredi 19 juin 2009

Crachat 1

Le froid sur la grand route
l'instant peine
aux derniers rayons.
Je suis le chemin

Le déclin de la mémoire
Aux échos de nos pas
Sur la terre battue.

La nuit qui souffle sans pitié
Sur nos visages offerts
Aux milles écorchures
d'un temps.

Lente paralysie qui monte
Au son du vent,
battant ,
les épis de blés en sommeil

Et les heures s'estompent
Aux chemins glacés du paysages
J'ombre.

Croiser le lendemain
Et le chasser.
La fuite. Longue échappée par dessus toi
Par dessus les ans
Les larmes de la glace
Quand elle fond sous la lune

(Longue nuit)

On marchera,
le sang et la boue
Le long des lacs de larmes
les ponts d'aciers
On regardera sans faillir
Les vagues de cris
se dresser,
redescendre
Nous mordre au visage, et emplir nos bouches
Déferler et s'éteindre
Dans la plaine...

On les regardera se faire violence
Rougir, rugir,
Mordre d'impatience
Et s'élancer parmi monts et vaux
Parmi maux et fronts
Toujours plus bas.
Les uns contre les autres,
La haine
Sauvage est leur lueur
Sauvage est la route qui les guident
De la pointe de la lance.

*


A ce rythme là
on pourra tous se fendre
De haut en bas
Comme frappé par la foudre,
par la hache émoussée.
Se fumer
Entre des doigts de vieux
Expert
l'art du martyre
Cigarette déroulée.
A ce rythme là
on regardera
Les vallons gonflés
Se crever

Puisque de toute manière,
les lèvres bleuis de sang
Je finirai

Une nuit, une seconde
Coagulée
Frapper moi la tête que j'explose
Je ne veux plus être.

Nuit.

dimanche 31 mai 2009

Traîner les jours

Marches plates et eau de solitude
Comme une rue charpentée vient s'asseoir au rebord
Mes quais, mes vagues et mes cheveux défaits
S'allongent près de ton corps qui ne veut rien comprendre

Mines froides de papier glacé, d'angine printanières
Mourir le poing sur la hanche, c'est tellement plus beau de gloire
De lumière, d'envie, de soleil sur nos peau
La gorge et l'enclume sont mes seules batailles
En dehors des peaux de lait des rivières et de leurs engluements


Berlin 1946 ou Cardiff un été, ou la vue de ton front entre monts et silences
Être froissée dès la naissance, c'est pour bien des visages.
Bien des villes, bien des amours le temps d'une insomnie
Berlin visage froissé, tout ça n'a d'importance
Qu'entre deux verres, deux glaces et quelques traînées d'âges

Les armures, comme les corps ne signifient plus rien
Les gestes sont des bras qu'on va jeter au sol
Marcher dessus c'est prendre les non sens
Au corps à corps ou à la peau
Plein les yeux sans en compter, jamais, leurs souffrances

Bercer dans ses bras la directions des pierres
Tailler dans le vif quand tout se fait plus sombre
Cela ne veut rien dire d'autre que les actes, et ce qu'ils ne disent pas

Ça m'est égale de mourir à l'aurore
Pourvu que dure la caresse de mon bras sur le tien
D'être romantique se lasse les endroits
Pourvu qu'ici devienne ailleurs et sale un peu plus loin
Mes larmes d'amoureuses

samedi 30 mai 2009

Être laide, alors

Je veux être laide

Bailler dans leurs silences, entre peaux et chemises
frotter leur corps et manger jusqu'aux chairs
comme un ogre de peur avale les enfants

ô dieu je veux être si laide
que jamais plus personne ne vienne me caresser
mes joues mon corps mes reins
que leurs mains fuient mon ventre, terrifiées et salies
glissent et disparaissent en dessous de mon lit

Je veux être vieille, ou laide ou noire s'il le faut
Qu'ils crachent sur mon visage, me lapident de regards
Pour que les jolies femmes cessent de me sourire
Pincent leurs lèvres douces et déchirent mes poches
Et aux enfants rieurs, qu'ils fuient sous mes bras ouverts

Je veux qu'ils me vomissent
Leurs ongles retournés et leurs estomacs tendus
Les mains sales
Et solitude comme un grand drap de blanc
Comme un drapeau de paix
Et solitude jusqu'à la petite mort.


Peut être irons nous, alors
Comme deux enfants abîmés par les jours
Nous jeter à l'eau d'un pont de fortune
Nos idées dans le trouble des vagues
Noyer, enfoncer nos têtes sous nos bulles
Aimer un peu le soleil descendant
Oh oui peut être irons nous

Moi, ça m'est bien égal.
Je suis assise devant toi comme devant la misère
C'est comme un petit bois de colère, fantasque et perdu
Un adieu de presque rien

Je suis une petite mort
La mort se porte dans les bras et se couche comme l'enfant
Comme des croix comme des mots, des croix de Normandie
Pense
Chaque homme comme le silence derrière le tombeau
Ce silence dans nos mots
Nous entre les croix à pleurer tes inconnus.

Je veux que tu embrasses
Ma peau sale
Mes joues froides
Mon corps devenu laid pour la paix de tes bras

Je suis ta petite mort.

mercredi 13 mai 2009

Paul

Lettre d'amour troisième

Paul.
Ma lettre à ta violence. Je voulais à tout prix que ce soit une lettre d'amour, quelque chose d'enflammé qui te brûle âme et corps. Comme un soleil trop grand qui mangerait ta peau. Mais, tu ne brûles pas ton âme pour les mots d'une femme.
Je voulais que tes mains tremblent, mais tu ne trembles pas. Jamais. Les grands hommes ne tremblent pas, pas les héros.
Je n'ai rien à dire, Paul, mon capitaine. De tes soldats de plomb, tu étais le plus dur. De tous ces jeux de guerre, de toutes ces batailles que nous avons joué, il n'y a rien à dire.
J'étais amoureuse, tu étais le héros.
Tu étais ma guerre totale, ma guerre mondiale, celle pour laquelle j'aurais donné mon corps, ma vie, et bien plus encore. Je l'ai fait. Fièrement, j'ai ramassé mes genoux dans la boue, dans la honte, dans les épines de tes mots. J'ai déchiré toutes mes robes, j'ai coupé mes cheveux.
J'ai renié mon corps, les fleurs bleus qui poussaient entre mes doigts, tout le romantisme du monde et tout l'amour des gens. J'ai renié mes jambes, longues, ma poitrine et mon sang, j'ai tout laissé partir et j'ai tout rejeter pour être dans tes pas.
J'ai renié mon corps et j'ai renié mon être, je suis devenue un soldat pour briller à tes yeux. Mes épaules sous le fer rouge, rien que pour les dénuder un instant ton regard.
Jusqu'à mon dernier souffle et ma première mort.

Tu es ce petit garçon qui voulait être dictateur, le prince des continent. Celui qui étendrait sa main, de toute sa bonté, par dessus les innocents et pour la paix du peuple, et qui d'un seul regard ferait tomber le lâche.
Leto le juste. Tu étais ce petit garçon qui ne regardait ni les fenêtres, ni les gens heureux. Le bonheur, c'est c'est une chose de grande personne sans avenir, disais-tu.
Mes premiers souvenirs sont ceux de mes nattes que tu avais coupé. Tu ne pouvais pas aimer une fille. Les filles ne servent à rien, les filles sont des idiotes, murmuras-tu un jour. Mes premiers souvenirs sont ceux des grands cahiers aux écritures pointues que tu érigeais entre nos tables. Ceux d'une petite fille aux mains sales qui te regardais pleine d'espoir lancer des pierres aux oiseaux.
Les seconds, je crois, sont ceux de tes crachats. De ta grande chambre froide et de tes cigarettes. Dans un coin de tes draps, lovée, je t'écoutais parler, et tu ne voyais rien, superbe d'égoïsme, tellement tu parlais. Parlais. Parlais.
Paul. Ton nom si dur, mes mains si maladroites qui parcourent ton corps en frissonnant. Paul. Ton corps si froid, si glacé, ton corps d'étranger.
Et puis mon coeur brisé qui t'aimais un peu plus.

Paul. D'être amoureuse du mépris grandissant qui emportait tes yeux sur ce monde de lumière, et puis l'indifférence.
Parce que tu étais cette guerre qu'on ne fuit pas, pour laquelle on doit ramper, ramper jusqu'au bout, simplement parce qu'elle est ainsi.

Paul.
Ton pas raide et ta taille si maigre,quand je touchais ton ventre. Ce que tu ne mangeais plus, ça n'en vaut pas la peine, plus rien n'en vaut la peine, et moi j'avais si peur que tu te laisses mourir.
Ces filles qui te voyaient mais dont tu ne connaissais pas le nom, qui aimaient tes yeux durs, je crois, et qui crevaient les miens. Et moi, toujours petite, dans le coin de ta chambre entre deux drogues d'oubli, à attendre un regard. Le simple espoir de ton regard.


Paul, je suis un monstre
Je suis morte.
Ma guerre est terminée.
Demain, je reprends la route. Je ne sais pas pour où, je ne sais pas pour qui, mais je pars.
J'ai perdu toute mon âme quand je suis morte de toi. Et bien, j'irai sans âme.
La guerre est terminée, rentrez chez vous, fiers soldats. Qu'importe vos blessures, qu'importe qu'elles soient votre être, il faudra bien marcher. Allez par les forêts, les collines, les hivers, allez chercher un feu, il doit en exister. Allez cherchez qui vous êtes, et ceux que vous aimez. Jeunes gens, vous furent brillant, mais ainsi est la défaite. Tout est finit, il faut retrouver le chemin de vos chaumières, et si celles ci n'ont jamais existé, si personne ne vous attends sur le pas de la porte, un enfant dans les bras, et bien rentrez quand même.

Tu as choisi ce grand hall froid pour me dire au revoir. Pourquoi n'as tu pas attendu à la terrasse d'un café, ou sur les marches d'un musée
Tu t'assois. Eh bien, assois toi, Paul, moi je ne m'agenouillerai plus. Je suis morte. Je suis morte. Et je ne veux plus jamais avoir à lever les yeux pour contempler ton visage.
Ma seconde guerre mondiale, tous les bombardement. Tous ces villages de mon intérieur dévasté, tout le désespoir du monde, tout ça n'existe plus. Toutes ces petites morts escaladées pour finir là.
Je m'en vais m'enterrer, mon bel héros.
Bel héros, quedal.

Et tes lèvres qui tremblent, quand tu m'embrasses. Peut être m'aimais-tu.

Je suis debout sur la rambarde du sixième étage de mon avenir. Oxford est ma solitude. Oxford ressemble à tes yeux.
Et tes lèvres qui tremblent...
Demain, je rentre au port. Je suis un peu comme Hugo, je sais que tu m'attends, ton brin de bruyère à la main, et tes mots d'enterrement.
Je ne suis pas une statue de sel, ni de fer, ni de bois. Peut être pouvons nous êtres heureux, puisqu'il n'y a rien d'autre à faire.
Paul, il n'y a rien à dire. Simplement que je suis amoureuse de la glace de tes yeux.

samedi 9 mai 2009

Liverpool ou marcher sur des briques

J'aime m'attacher aux villes plus qu'aux gens, aux lieux plus qu'aux époques, parce qu'ils comprennent tout. Les musiques, les odeurs, les couleurs, les atmosphères, les villes ont tout pris et tout redit.
Les atmosphères sont mon pardon. Il n'y a rien de plus éprouvant et de plus pris qu'un lieu qui renaît. Je voudrais sucer ainsi toutes les villes pour en garder des effluves, qui remonteraient seules, aux hasards d'une chanson, d'un parfum, d'un nom.
Liverpool est la première, peut être, à avoir tant marqué mes yeux.
Je suis tombée à Liverpool comme tombée d'un camion. De ne pas tellement savoir où j'étais, ce pourquoi j'y entrais, m'a retournée en l'air. J'ai pris un peu de ville comme des flocons dans le visage. Émerveillée de ne voir qu'à moitié, et à chaque pas plus perdue dans ses jambes.

Je n'ai jamais aussi bien compris comment perdre son âge qu'à Liverpool. Parler de Liverpool serait céder un peu à un imaginaire, aux souvenirs troublés d'un regard incertain. A des mémoires qui se sont tant mouillées au fil du temps qu'elles n'ont plus rien de vraies.
Mais sans doutes valent-elles autant que ce qui est vraiment.
Liverpool a pour moi deux visages si pleins qu'il ne faut les démêler. Adolescente aux longues rues et vieille dame aux longues mains.
Boire à Liverpool, au tourbillon des allées, aux silences des venues qui s'ouvrent comme deux yeux absent sur votre corps hésitant.

Liverpool n'est rien jusqu'au port. Vous marchez les épaules prises entre deux bourrasques sèches, et vous ne comprenez rien. Vous êtes un étranger devant un monde ouvert.
C'est la mer qui vous flanque au sol. Sur le port de Liverpool on n'entend rien, simplement l'âge qui répète encore et encore ses mots silencieux.
Vous les prenez au coeur, ou à la tête, sans jamais les tenir. Ils vous restent dans les doigts, et vous ne comprenez toujours pas. Mais vous avez Liverpool sous les ongles, prêt à griffer les embruns.
Le poumon de Liverpool est comme un cancer suspendu. Partout dans ses veines on court, on vit. Si on s'éloigne un loin dans les artères, on entend les enfant tomber de leurs vélos, les télévisions se taire à votre approche pour un semblant de tranquillité. Mais Liverpool n'est jamais tranquille, partout elle vit.
On prend la mer dans chaque gorgée. Elle n'a pas d'odeur, elle n'a pas de plage, simplement elle est là. Comme le gris, même sous un ciel bleu.

J'ai appris Liverpool par le football. Aux premiers pas on l'entend partout. Sur les dalles, sur le béton, dans les maisons, par les fenêtres des trop sages banlieues Il vit entre les murs, et Il vit derrière eux.
Il est comme un chant qui s'accroche à l'âme, de paume en paume, de pied en pied, de lèvre en lèvre comme un cri de guerrier. Lorsque j'ai posé mes pas pour la première fois sur le sol de Liverpool, le coeur encore en vague après les longues routes en car, je l'ai senti respirer.
J'ai appris Liverpool au football.
J'ai appris dans les stades tous mes mots d'anglais, les grandes banlieues par leurs pelouses vertes, et les rues étroites dans un ballon qu'on oublie. J'ai moi aussi craché sur mon maillot, 40 livres pièce, devant un écran géant.

En marchant dans Liverpool, j'ai perdu un siècle et demi. La banlieue de Liverpool est un homme assis sur le pas d'une porte une cigarette à la main.

Liverpool garde pour moi le visage de l'adolescence. Vieille dame et vieille enfant. J'avais dix-huit ans et je ne connaissais de l'anglais que la pluie et la brume. J'avais quelques traces de roux d'un voyage en Écosse, quelques bribes d'une banlieue sage d'Oxford, Londres et ses lueurs plein la gorge, j'avais des mines visitées à tâtons, mais il me manquait tout. J'avais le coeur de Londres mais je ne savais rien, si ce n'est ce gris partout dans les yeux, et cette folie dans l'âme.
Liverpool m'a appris.
J'ai dans un placard fermé de souvenirs, un grand maillot rouge où l'on a trop sué. Un peu de Liverpool.

samedi 11 avril 2009

Vendredi

Il était 14h sur l'horloge.
14h dans la cafétéria aux murs jaunes de Beaubourg. Je ne me souviens plus depuis combien de temps nous étions là, à parler de Staline, de procès et de monopole. Le temps n'existait plus vraiment, les secondes se battaient comme des cailloux perdus au fond de ma tête, et mes yeux étaient comme deux énormes bulles gonflées. Je parlais. Je parlais sans cesse, je racontais la démocratie, et je n'entendais pas mes mots. Ils sortaient, se jetaient, se fracassaient. Je ne savais même pas ce que je disais.

Je suis retournée m'asseoir sur l'une des grandes tables blanches et froides. Je suis assise près des grandes vitres, de là où l'on voit la fontaine. Si laide et si joyeuse, colorée et obscène. Elle m'a toujours fascinée par sa laideur souriante. Des enfants courent, des femmes bavardent, comme tous les jours de soleil où je viens m'asseoir ici. Il y a un saxophoniste, les gens s'arrêtent et l'écoutent un instant. Je le trouve magnifique, dans ses gestes et son souffle, dans ma tête je l'appelle Bob. Pourtant je n'entends rien de sa musique. Il y a des vitres entre nous, des vitres qui ne laissent pas passer ses chansons. Je suis prisonnière de bloc de plexiglas avec juste de quoi regarder au dehors.
Je me replie sur mon travail, sans savoir pourquoi je me sens si loin.
Mes yeux suivent les lignes sur des feuilles hâtivement notées, et je ne comprends rien. Les mots entrent et sortent. « Toute révolution n'a de valeur...que si...elle est capable de se défendre...révolution... ». Résonnent et s'effacent juste avant qu'on ait pu les saisir.

Soudain, les Baby Shambles laissent place à Chopin, dans mes pauvres écouteurs. J'attrape un stylo, et j'écris comme je n'ai plus écrit depuis des mois. Des mots, n'importe quoi, des lignes. Je dessine le saxophoniste, je dessine son sourire, je dessine le garçon brun en face de moi, si beau, si concentré. Il me lance un regard étonné, il doit se dire que je suis folle. Un autre jour, je lui aurais souris. Je cache mon dessin, et j'ai envie de partir. Partir.
Je ramasse mon sac, et il est déjà presque 15h.

J'eus soudain envie de retourner à Saint-Sulpice, mon église de petite fille.
Les grands Escalators, le vigile au regard froid. Mon regard à moi est plus transparent encore. Je gagnerai tous les concours de transparence du monde, aujourd'hui. Devant Beaubourg il y a des centaines de gens assis au hasard. Certains jouent de la guitare, d'autres fument et ne disent rien, souvent. Ils regardent les pigeons. Je me dis qu'il fait insupportablement beau.
Avez vous déjà vu un vendredi saint sous un ciel gris? Je n'ai jamais vu de pluie, jamais vu de froid le vendredi saint. C'est comme une grimace. Comme si dehors, tout se faisait heureux, tout se faisait beau pour lacérer un peu plus nos intérieurs. Je crois qu'on joue sur les contrastes. S'il pleuvait, je pourrais mourir avec les gouttes de pluie. S'il fait beau, je les garde et mon ventre se retourne.
Je me mets à courir sans trop savoir pourquoi.
Le métro comme une ombre, il y a trop de gens aujourd'hui dans Paris. Des gens chargés de sacs, des gens chargés de rire. J'ai tant de peine pourtant.
Je ne sais d'où me vient ce chagrin. Ce matin, il me semble, je ne savais même pas quel jour nous étions. Je riais.

J'entends « dans un quart d'heure je serai mort ». « un quart d'heure je serai mort ». J'ai beau savoir que c'est une phrase de Rommel, je ne peux m'empêcher de l'entendre. C'est paradoxal, ça ne devrait pas être. Comme le beau temps. Et pourtant, je crois que là est tout le sens. J'aurai aimé connaître Rommel, me dis-je. Les pensées sont comme des rafales et n'ont aucun sens. Il faut que je finisse.
Ma vieille église est là, cachée sous des échafaudages. Cela fait tant de temps que je n'ai poussé le battant d'une église. Mes épaules s'enfonçent, et j'ai envie d'être petite. Saint-Suplice a toujours été mon église préférée, elle est si grande.
En approchant des marches, je croise tant de filles les jupes au vent. La mienne me semble si rouge.
Mes pieds se coincent entre les pavés, je trébuche mille fois avant d'atteindre la fontaine. J'ai presque envie d'y plonger la tête, une douche froide sur tout ce qui est si engourdi.
J'ai le coeur comme une faute. J'ai froid, j'ai mal, je ne sais plus. Sur les marches, une femmes tend la main.
Son visage enfoui sous des draps sombres, son regard baissé, le teint si sombre qu'on voudrait s'y cacher. Je lui souris, avec ce sourire triste qui ne semble exister que dans les films. J'ai si mal au coeur.
« Dieu ait votre âme », souffle-t-elle. Dieu ait mon âme. Je ris, jaune jusqu'au fond de ma gorge. Mon âme-en-cendrier. Mon âme-en-verre-brisé. Mon âme en cendre.
Je pousse la porte, et l'obscurité m'arrache les yeux. Je ne vois rien, je ne sens plus rien. Je n'ai plus qu'un énorme bourdonnement dans les oreilles. Il y a du monde, tant de monde. J'avais tant besoin de solitude.
La dernière fois que j'ai franchi la porte de cette église, c'était pour écouter Patti Smith. J'oublie tout pour quelques secondes. Je me souviens juste de la guitare et de sa voix dans la semi-obscurité. De la foule dont on ne voyait pas le visage. De la magie et de la paix. Mais où est donc la paix.

Il était 15h au clocher de Saint-Sulpice. Ou un peu plus: je n'ai jamais été à l'heure.
Je ne regarde personne, je ne vais nulle part. L'église a les bras ouverts. Je marche au centre sans trop savoir où j'avance.
Je m'agenouille devant une grande croix posée au sol et soudain je pleure. Juste quelques instant, de gros sanglots si plats.
Je relève vite la tête pour m'asseoir un peu plus loin. Les gens me dévisagent comme si j'étais folle. Cette fille à la robe si courte qui pleure devant une croix? Qui pleure suis bruyamment...
Cela m'est bien égal, je vais mieux. Je reste assise longtemps, je crois, dans la fraîcheur et l'humidité. Je regarde les gens, comme des étrangers. Je voudrais leur dire de ranger leurs appareils, de taire leurs regards curieux. Je n'en fais rien et j'attends.
Plus tard, je sors, sur la pointe des pieds. Je me fais petite, toute petite.
La femme dehors me lance un regard que je trouve interrogateur. Je lui dis, pour moi même, qu'il fait soleil. Elle ne comprend pas
Je marche longtemps entre luxembourg et Bercy. Au hasard.
J'ai le ventre sec, apaisé.
Un vent léger souffle près de la Seine. Les jambes suspendues au dessus de l'eau sale, je ne pense pas.
Je vais bien.

Et pourtant

Je ne suis pas sûre de croire beaucoup plus en Dieu

samedi 4 avril 2009

Lou

Lettre d'amour troisième

Ma tendre Lou,

J'ai des rictus au bout des lèvres qui se perdent sans raison. Va savoir pourquoi les jours sont devenus si longs, et si courts. Chacun m'éloigne de toi,chacun me rapproche des bouts du monde que je ne veux connaître.
Ne pas te parler du temps qu'il fait et du feu qui éclaire le ciel. Au fond il n'a pas tant changé. Je pense à toi, chaque minute et chaque jour.
Non, c'est faux. Je ne pense à toi que lorsque je vois une enfant courir, sa robe dans le vent. A chaque fleur qui pousse, comme celles de ta peau. A chaque rue qui ressemble un peu à toutes nos rues. Aux parfums, aux odeurs qui sont toutes de toi. Lorsque je vois une femme penchée à sa fenêtre, une aurore, le soleil. Lorsque je vois la nuit. Seulement, aussi, lorsque je vois l'Amérique me regarder de haut. Tous les jours, toutes les minutes.
Je voudrais te dire je t'aime, mais en petites lettres, des minuscules que tu entendrais s'approcher sur la pointe de leurs pieds malhabiles. Je voudrais te dire je t'aime chuchoté à ton oreille, et non gratté sur des morceaux de papiers. Un bruit, un froissement léger qui contrasterait avec ces coups sourds qui résonnent et qui frappent à ma tête
Je commence toujours mes lettres par des mots d'amour, plutôt que par des maux du temps. Je voudrais, je voudrais (et je ne fais que vouloir) que tu oublies tout en dehors de mes mots d'amour, qu'ils soient l'importance. Mes lettres comme des futilités, ces douceurs que tu poserais sur ton oreiller. Cette chose à laquelle tu penserais avec un sourire timide, une rougeur aux pommettes, et non ce amas de nuages gris qui te viens de l'ouest.

Pense à l'atlantique, aux limbes qui nous séparent. Pense au grand bateau ailé d'océan qui a pris mon corps. Mais ne pense pas, ma tendre Lou, à cette terre amère que tu connais si bien. Je l'ai goûtée, las, j'ai léché son sable rouge. J'ai essayé de comprendre les grains sauvage qui griffaient la corne de mes pieds nus. J'ai essayé de parler le langage de la terre pour oublier le reste. Pour oublier ces hommes, grands, qui se battent. Pour oublier les larmes de tes joues.

Les arbres traînent toujours leurs branches vides sur le ciel orangé. Les arbres brûlent toujours.

Ma Lou, j'essaye d'apprendre l'Amérique, mais l'Amérique ne m'apprends pas. Ton Amérique et ton amour. Je grimpe les tours de verres avec mes griffes, je suis l'indien elle est le conquistador. Elle me blesse et je me bats pour toi. J'écoute le bruit de ces autres qui se pressent sur le monde. Ils semblent savoir, ils semblent aimer. Et je passe mes jours à la fenêtre des regrets

Je prie au soir qui viens pour l'enfant qui est née, repose entre tes seins. L'enfant, grande déjà. Combien d'années que je la rêve, tenant tes mains. Que je l'aime sans rien dire.

Je veux te parler de cette fille. Je veux que tu l'emmènes à Biarritz quand l'automne se fait lourd. Qu'elle aille comme nous allâmes, le long des plages grise enfoncer ses pas dans le sable humide, qu'elle aille comme nous allâmes marcher devant la mer. Laisser l'orage naître et s'enfoncer dans les eaux. Le ciel s'éclairer puis mourir.
Qu'elle ne dise rien, lorsque les heures sont des mortess qui claquent doucement à nos portes. Je la regarderai de ma fenêtre de ciel et je bois à sa santé, à toutes les santés des enfants de ce monde.
Je voudrais n'avoir jamais à la connaître, pouvoir ainsi l'imaginer, cette fille sans nom que tu tiens sous ton bras depuis l'éternité.
Les ballades glissent sur nos doigts comme une guitare folle s'enivre au matin, quand nous parlons d'ailleurs, quand nous oublions quelque peu le goût de notre combat. Quand nous parlons de vous.

Les tendresses se déchirent comme des lettres.
Je me souviens du coffre où tu rangeais celles de tous tes amours. Ce coffre d'ébène qui m'effrayait tant. Je voudrais que tu les déchires, je ne veux pas savoir que mon amour est enfermé. Dans une boîte sombre où elles attendent que tes larmes renaissent.
Toute mon affection

A part cette Amérique qui me mange dans la main, et me ronge les joues, à part cette Amérique qui me creuse les côtes, je ne vois rien. Je ne vois rien venir, que l'absence de retour. Il ne se passe pas de nuit sans qu'on me morde à l'oreille une chanson d'amour. Qu'on me vante la peau cette douce contrée, comme tant de fois tu me l'as vantée. Je cherche depuis mille ans un trésor perdu, un trésor qui ne vaudra jamais tout ce que je t'ai laissé.
Le miracle brille tant, sur les hauts monts de verre. Mais je ne vois rien, rien que le feu dans ces arbres et la guerre dans leurs voix.
L'Amérique aura ma peau. Mais autrement, elle n'a pas tant changé, elle que tu contais. Elle a toujours les yeux de ton enfance. La même, brûlante et immobile.
Je passe mes jours comme je les passais.
Je frôle la terre comme je la frôlais.

A l'Ouest, rien de nouveau.

samedi 21 mars 2009

Puisqu'il fallait bien mourir quelque part (brouillon)

Nous allâmes, puisqu'il fallait bien mourir quelque part.
Les paysages étaient tous sales et nous les aimâmes comme des enfants perdus.
Nos jours se firent secs,
Nous pleurâmes.
Nous voulûmes revoir chacun de ces tombeaux.
Comprendre leurs mélopées.
Rien ne changeait, toujours les mêmes montagnes, toujours les mêmes peurs, et leurs yeux grands du blanc.
Les gens encore debout semblaient être d'ailleurs
Ils riaient.
La folie apprise sous leurs soleils
gagnait nos chevilles
remplissait nos poches
mangeait nos visages par des éclats de peurs et
le chagrin se faisait mou, humide, lourd
lourd comme ces pierres qui tombent du ciel sur les pêcheurs
à petits coups
lorsque nous tournions le dos aux villes
lourdes comme le désert et brûlante comme les jours
Alors nous allâmes. Encore, toujours aux mêmes endroits.

Jours éteints dès le début
espoir comme tanné jusqu'à l'os
souffle encore
crache au vent
nos forces vides, nos forces planes.
Se répétaient
saoules
sauvages et perfides
Celles qui tuent les montagnes et déplacent les corps
morts lentes et sinueuses
les corps lassés de vieillesse,
de noeuds
comme deux bras autour d'un cou penché
éclairs foudroyant
toujours les mêmes.

Nous les vécûmes une fois, peut être deux.
Peut être mille encore, les vies ne se comptent pas.
Nous couchèrent sur la plage des enfants endormis.
Nous passèrent sur leurs tombes encore bien des fois
Sans jamais les comprendre.

Nous allâmes, puisqu'il fallait bien mourir
ici ou quelque part
Chercher un arbre où pendre nos espoirs.
Nous prîmes une montagne pour contempler la fin
nous attendîmes
mais ils ne revinrent pas.

Peut être étions nous morts.

dimanche 22 février 2009

Ma tête au goulag (avec Tom)

Ma tête est au goulag
j'entends les pierres se fendre
à chacune des nuits

au loin la Sibérie
j'ai la tête au goulag
d'une forêt de blancs
bouleaux aux corps maigris
qui se précipitent vers le ciel
doigts écartelés

pourtant
les tâches de lumières, au sol
à peine obscurcies
si fines de leurs lueurs
à peine tamisées
et comme nues
s'agitent en silence

une forêt froide
où rien n'est que la nuit
de cette lumière blanche
froide
comme un océan vide
ou des rangées de bois

une forêt où nos genoux se posent
quelque part sur une butte
fendue de solitude
en attente des mensonges du matin

bientôt les cimes mangent
les premiers clins d’œil du jour naissant
froid
enrobé des neiges de Russie
froide
dans son manteau de coton

nos pas se sont enfuis
dans les jambes des sapins
rêches comme nos lèvres
gercées du givre blanc

il n’y a plus que le vent
qui dévale les pentes
comme des enfants aveugles
se précipitent et chutent
dans les crevasses de la forêt

les frimas n’emprisonnent pas
leurs bouches essoufflées
leurs poumons éclatés
les fumées tièdes
qui s’échappent dans l’air
libre comme des absences

il y aura les pluies
disent les neiges froides
il y aura de l'eau pour fondre en souvenirs
le gris et la lumière
la boue et le silence
pour colorer les joues des enfants de l'hiver
il y aura des nuits tendues vers le matin

nos pas s'espaceront
nos yeux boiront des tasses
la buée des regards s'attardera un peu
les plaines étalées
mangeront dans ma main
et ma forêt d'errance
perdra de son ombrage

ma tête sous la lumière
aux frémissements craintifs
de flocons endormis
perdra peut être un peu
de ses silences

ma tête sous la lumière
retrouvera peut être
ces rires
échappés dans le vent

les nuits et le néant
resteront au goulag
entre deux pierres roulées
blottis dans un tombeau
de bois frais
l’hiver ne voudra pas rester
et nous ne le chercherons plus
nous serons plus qu’une saison
tapie dans les sapins

On enverra les souvenirs
Toquer,
Ricocher sur la surface gelée
D’un lac que nous ne connaissons plus

Mais peu importe
Pourvu que la croûte de glace
Soit plus grave que nos peaux

(Olive et Tom)

jeudi 29 janvier 2009

S'ils sèchent avant l'aube

Ils accrochent de grandes toiles sombres sur les murs de leurs chambres, pour être sûrs de leurs cauchemars.
Ils aiment un peu et espèrent en silence que le bonheur ne durera que ce qu'il faut pour que plus tard, la douleur soit comme un grand poignard.
Comme je les hais, ces hommes aux amours déjà morts.
Ils m'ont dit un soir sans lune que le noir était plus beau. Que l'art était un monde où l'on ne peut nager.
J'ai appris les coulées.

Rien n'est jamais pareil, juste des étendues
Encore plus profonde que toutes leurs forêts
Mais qui ne disent rien
Mes oreilles sont des murs où se heurtent leurs mots
J'ai voulu encore.

Leurs pas bien trop longs, leurs jambes qui se traînent seules
J'arpentais sans savoir.

J'ai pris ces grands sacs de pluie et j'ai marché longtemps comme eux le long des lignes de chemin de fer. J'ai chargé mon coeur de souvenirs d'inconnus, de grilles, de feu, de pleurs. J'ai blessé mes pieds avec de grands silex, et j'ai percé mes mains. Qu'ils puissent voir la trace de mon sang. Je voulais qu'ils voient ces douleurs de cartons.
J'ai fait comme eux. A genoux au pied d'un grand chêne j'ai vomi toutes les saveurs si douces que j'ai tant aimé. Je me suis frappée et j'ai appris à voir dans chaque fleur-née sa mort s'approcher. J'ai tout appris.
J'ai fait tous les poèmes écris sur mon visage, comme ils me semblaient autres, comme ils me semblaient moi.
J'ai menti toutes les lettres et j'ai pleuré un temps
Le temps qu'il fallait pour comprendre les jours
et comprendre les nuits
et comprendre les temps
Chaque défaite comme une petite victoire

Et mes lèvres, elles
Sont toujours aussi sèches.
Les vagues de leurs âmes n'emportent pas les miennes
Plus loin que les premières voiles de ces grands bateaux blancs.
Mes routes sont toujours un peu plus les mêmes
Comme des corps oubliés marchant à la dérive

Leurs pas, de grandes ombres, ils marchent agités. Jamais de ces lumières ils ne sentent la griffure.
Leurs yeux se traînent sur des rives
grises, leurs lèvres souffrent sur des murs
elles cherchent à les happer, à mordre le béton
Mains qui caressent, souffle qui épanche, toutes les pluies ne se mêlent-elles pas aux mêmes sols
Et, où qu'elles se brisent
des reins s'arquent sous leur jetée
Je voulais eux, tous leurs nuages, encore leurs soirs

J'ai tout cru, chacun de leurs matins
Ceux recouverts de nuits, ceux remplis de lumière
Ils ne ressemblaient pas aux ombres dans leurs yeux
J'ai cherché le malheur dans chacun de mes pas, les vols du destin au dessus de mes jours

Et pourtant, mes mains ne tremblent toujours pas en contemplant les morts, et mon cœur est un simple trou
Qui creuse sans comprendre
Je ressens les sourires comme des pointes de jour, et mon sang ne crie pas un torrent de chagrin à chacun de ces rires
Mais je ne comprends pas.


Regardez moi...

mercredi 14 janvier 2009

Marine (Morceau)

Marine

Ou l'océan des veilles

Combien il fait tard, nos chaumières fermées

Nos portes closes sur la nuit

Les feux pâles pour éloigner les sorts

Des morts de guerre


Regardez les aubes sales, contemplez leurs yeux vides

Et leurs dos comme des montagnes

Leurs bouches de lamentations


Marine,

Les pleureuses

Marine ou les larmes des enfants

Sur le grand quai vide

les mots troués je t'aime

l'avènement

des enfants et des rues

toujours pâles

le jour et le matin, l'aube, l'étrange

la lumière comme un couteau


entre leurs yeux

perce

des nuits et des nuits

et des voleurs

les ouvrent


Regardez l'horizon bleu

L'horizon de marches grasses et de faux rires

regardez

violemment interrompue


D'un amour

Je veux revoir ses mains

Frapper ses yeux

ouvre une plaie

les oiseaux se couchent tôt

ce matin

j'ai un monde à l'envers

lundi 12 janvier 2009

Morceau 2

Il te regarde

Qu'il fasse nuit, que tu sois noire

Que tes yeux soient de ces poings levés

Il te regarde

Quand tu hurles et que ta trahison

comme des lames a tes doigts

lui rentre dans la peau


et il te regarde

ce grand silence fermé sur son visage

il te regarde toujours

d'amour


n'oublie pas les aviateurs

et leurs boucles enlacées

de grands nuages


je glisse, dans le noir

mes mains sont des coupoles

sur un ciel où il ne manque

que la nuit

et ton église...



reconstruire ton église

avec des bouts de bois gelés

l'été ne viendra pas

avant mille ans

avant que j'ai trouvé

une prière où l'abriter


les églises sont des chemins de pierres grises

où j'assois ma violence

les églises sont mes silences

toujours plus pleins, toujours plus grands


les marches se succèdent