dimanche 22 février 2009

Ma tête au goulag (avec Tom)

Ma tête est au goulag
j'entends les pierres se fendre
à chacune des nuits

au loin la Sibérie
j'ai la tête au goulag
d'une forêt de blancs
bouleaux aux corps maigris
qui se précipitent vers le ciel
doigts écartelés

pourtant
les tâches de lumières, au sol
à peine obscurcies
si fines de leurs lueurs
à peine tamisées
et comme nues
s'agitent en silence

une forêt froide
où rien n'est que la nuit
de cette lumière blanche
froide
comme un océan vide
ou des rangées de bois

une forêt où nos genoux se posent
quelque part sur une butte
fendue de solitude
en attente des mensonges du matin

bientôt les cimes mangent
les premiers clins d’œil du jour naissant
froid
enrobé des neiges de Russie
froide
dans son manteau de coton

nos pas se sont enfuis
dans les jambes des sapins
rêches comme nos lèvres
gercées du givre blanc

il n’y a plus que le vent
qui dévale les pentes
comme des enfants aveugles
se précipitent et chutent
dans les crevasses de la forêt

les frimas n’emprisonnent pas
leurs bouches essoufflées
leurs poumons éclatés
les fumées tièdes
qui s’échappent dans l’air
libre comme des absences

il y aura les pluies
disent les neiges froides
il y aura de l'eau pour fondre en souvenirs
le gris et la lumière
la boue et le silence
pour colorer les joues des enfants de l'hiver
il y aura des nuits tendues vers le matin

nos pas s'espaceront
nos yeux boiront des tasses
la buée des regards s'attardera un peu
les plaines étalées
mangeront dans ma main
et ma forêt d'errance
perdra de son ombrage

ma tête sous la lumière
aux frémissements craintifs
de flocons endormis
perdra peut être un peu
de ses silences

ma tête sous la lumière
retrouvera peut être
ces rires
échappés dans le vent

les nuits et le néant
resteront au goulag
entre deux pierres roulées
blottis dans un tombeau
de bois frais
l’hiver ne voudra pas rester
et nous ne le chercherons plus
nous serons plus qu’une saison
tapie dans les sapins

On enverra les souvenirs
Toquer,
Ricocher sur la surface gelée
D’un lac que nous ne connaissons plus

Mais peu importe
Pourvu que la croûte de glace
Soit plus grave que nos peaux

(Olive et Tom)