dimanche 31 mai 2009

Traîner les jours

Marches plates et eau de solitude
Comme une rue charpentée vient s'asseoir au rebord
Mes quais, mes vagues et mes cheveux défaits
S'allongent près de ton corps qui ne veut rien comprendre

Mines froides de papier glacé, d'angine printanières
Mourir le poing sur la hanche, c'est tellement plus beau de gloire
De lumière, d'envie, de soleil sur nos peau
La gorge et l'enclume sont mes seules batailles
En dehors des peaux de lait des rivières et de leurs engluements


Berlin 1946 ou Cardiff un été, ou la vue de ton front entre monts et silences
Être froissée dès la naissance, c'est pour bien des visages.
Bien des villes, bien des amours le temps d'une insomnie
Berlin visage froissé, tout ça n'a d'importance
Qu'entre deux verres, deux glaces et quelques traînées d'âges

Les armures, comme les corps ne signifient plus rien
Les gestes sont des bras qu'on va jeter au sol
Marcher dessus c'est prendre les non sens
Au corps à corps ou à la peau
Plein les yeux sans en compter, jamais, leurs souffrances

Bercer dans ses bras la directions des pierres
Tailler dans le vif quand tout se fait plus sombre
Cela ne veut rien dire d'autre que les actes, et ce qu'ils ne disent pas

Ça m'est égale de mourir à l'aurore
Pourvu que dure la caresse de mon bras sur le tien
D'être romantique se lasse les endroits
Pourvu qu'ici devienne ailleurs et sale un peu plus loin
Mes larmes d'amoureuses

samedi 30 mai 2009

Être laide, alors

Je veux être laide

Bailler dans leurs silences, entre peaux et chemises
frotter leur corps et manger jusqu'aux chairs
comme un ogre de peur avale les enfants

ô dieu je veux être si laide
que jamais plus personne ne vienne me caresser
mes joues mon corps mes reins
que leurs mains fuient mon ventre, terrifiées et salies
glissent et disparaissent en dessous de mon lit

Je veux être vieille, ou laide ou noire s'il le faut
Qu'ils crachent sur mon visage, me lapident de regards
Pour que les jolies femmes cessent de me sourire
Pincent leurs lèvres douces et déchirent mes poches
Et aux enfants rieurs, qu'ils fuient sous mes bras ouverts

Je veux qu'ils me vomissent
Leurs ongles retournés et leurs estomacs tendus
Les mains sales
Et solitude comme un grand drap de blanc
Comme un drapeau de paix
Et solitude jusqu'à la petite mort.


Peut être irons nous, alors
Comme deux enfants abîmés par les jours
Nous jeter à l'eau d'un pont de fortune
Nos idées dans le trouble des vagues
Noyer, enfoncer nos têtes sous nos bulles
Aimer un peu le soleil descendant
Oh oui peut être irons nous

Moi, ça m'est bien égal.
Je suis assise devant toi comme devant la misère
C'est comme un petit bois de colère, fantasque et perdu
Un adieu de presque rien

Je suis une petite mort
La mort se porte dans les bras et se couche comme l'enfant
Comme des croix comme des mots, des croix de Normandie
Pense
Chaque homme comme le silence derrière le tombeau
Ce silence dans nos mots
Nous entre les croix à pleurer tes inconnus.

Je veux que tu embrasses
Ma peau sale
Mes joues froides
Mon corps devenu laid pour la paix de tes bras

Je suis ta petite mort.

mercredi 13 mai 2009

Paul

Lettre d'amour troisième

Paul.
Ma lettre à ta violence. Je voulais à tout prix que ce soit une lettre d'amour, quelque chose d'enflammé qui te brûle âme et corps. Comme un soleil trop grand qui mangerait ta peau. Mais, tu ne brûles pas ton âme pour les mots d'une femme.
Je voulais que tes mains tremblent, mais tu ne trembles pas. Jamais. Les grands hommes ne tremblent pas, pas les héros.
Je n'ai rien à dire, Paul, mon capitaine. De tes soldats de plomb, tu étais le plus dur. De tous ces jeux de guerre, de toutes ces batailles que nous avons joué, il n'y a rien à dire.
J'étais amoureuse, tu étais le héros.
Tu étais ma guerre totale, ma guerre mondiale, celle pour laquelle j'aurais donné mon corps, ma vie, et bien plus encore. Je l'ai fait. Fièrement, j'ai ramassé mes genoux dans la boue, dans la honte, dans les épines de tes mots. J'ai déchiré toutes mes robes, j'ai coupé mes cheveux.
J'ai renié mon corps, les fleurs bleus qui poussaient entre mes doigts, tout le romantisme du monde et tout l'amour des gens. J'ai renié mes jambes, longues, ma poitrine et mon sang, j'ai tout laissé partir et j'ai tout rejeter pour être dans tes pas.
J'ai renié mon corps et j'ai renié mon être, je suis devenue un soldat pour briller à tes yeux. Mes épaules sous le fer rouge, rien que pour les dénuder un instant ton regard.
Jusqu'à mon dernier souffle et ma première mort.

Tu es ce petit garçon qui voulait être dictateur, le prince des continent. Celui qui étendrait sa main, de toute sa bonté, par dessus les innocents et pour la paix du peuple, et qui d'un seul regard ferait tomber le lâche.
Leto le juste. Tu étais ce petit garçon qui ne regardait ni les fenêtres, ni les gens heureux. Le bonheur, c'est c'est une chose de grande personne sans avenir, disais-tu.
Mes premiers souvenirs sont ceux de mes nattes que tu avais coupé. Tu ne pouvais pas aimer une fille. Les filles ne servent à rien, les filles sont des idiotes, murmuras-tu un jour. Mes premiers souvenirs sont ceux des grands cahiers aux écritures pointues que tu érigeais entre nos tables. Ceux d'une petite fille aux mains sales qui te regardais pleine d'espoir lancer des pierres aux oiseaux.
Les seconds, je crois, sont ceux de tes crachats. De ta grande chambre froide et de tes cigarettes. Dans un coin de tes draps, lovée, je t'écoutais parler, et tu ne voyais rien, superbe d'égoïsme, tellement tu parlais. Parlais. Parlais.
Paul. Ton nom si dur, mes mains si maladroites qui parcourent ton corps en frissonnant. Paul. Ton corps si froid, si glacé, ton corps d'étranger.
Et puis mon coeur brisé qui t'aimais un peu plus.

Paul. D'être amoureuse du mépris grandissant qui emportait tes yeux sur ce monde de lumière, et puis l'indifférence.
Parce que tu étais cette guerre qu'on ne fuit pas, pour laquelle on doit ramper, ramper jusqu'au bout, simplement parce qu'elle est ainsi.

Paul.
Ton pas raide et ta taille si maigre,quand je touchais ton ventre. Ce que tu ne mangeais plus, ça n'en vaut pas la peine, plus rien n'en vaut la peine, et moi j'avais si peur que tu te laisses mourir.
Ces filles qui te voyaient mais dont tu ne connaissais pas le nom, qui aimaient tes yeux durs, je crois, et qui crevaient les miens. Et moi, toujours petite, dans le coin de ta chambre entre deux drogues d'oubli, à attendre un regard. Le simple espoir de ton regard.


Paul, je suis un monstre
Je suis morte.
Ma guerre est terminée.
Demain, je reprends la route. Je ne sais pas pour où, je ne sais pas pour qui, mais je pars.
J'ai perdu toute mon âme quand je suis morte de toi. Et bien, j'irai sans âme.
La guerre est terminée, rentrez chez vous, fiers soldats. Qu'importe vos blessures, qu'importe qu'elles soient votre être, il faudra bien marcher. Allez par les forêts, les collines, les hivers, allez chercher un feu, il doit en exister. Allez cherchez qui vous êtes, et ceux que vous aimez. Jeunes gens, vous furent brillant, mais ainsi est la défaite. Tout est finit, il faut retrouver le chemin de vos chaumières, et si celles ci n'ont jamais existé, si personne ne vous attends sur le pas de la porte, un enfant dans les bras, et bien rentrez quand même.

Tu as choisi ce grand hall froid pour me dire au revoir. Pourquoi n'as tu pas attendu à la terrasse d'un café, ou sur les marches d'un musée
Tu t'assois. Eh bien, assois toi, Paul, moi je ne m'agenouillerai plus. Je suis morte. Je suis morte. Et je ne veux plus jamais avoir à lever les yeux pour contempler ton visage.
Ma seconde guerre mondiale, tous les bombardement. Tous ces villages de mon intérieur dévasté, tout le désespoir du monde, tout ça n'existe plus. Toutes ces petites morts escaladées pour finir là.
Je m'en vais m'enterrer, mon bel héros.
Bel héros, quedal.

Et tes lèvres qui tremblent, quand tu m'embrasses. Peut être m'aimais-tu.

Je suis debout sur la rambarde du sixième étage de mon avenir. Oxford est ma solitude. Oxford ressemble à tes yeux.
Et tes lèvres qui tremblent...
Demain, je rentre au port. Je suis un peu comme Hugo, je sais que tu m'attends, ton brin de bruyère à la main, et tes mots d'enterrement.
Je ne suis pas une statue de sel, ni de fer, ni de bois. Peut être pouvons nous êtres heureux, puisqu'il n'y a rien d'autre à faire.
Paul, il n'y a rien à dire. Simplement que je suis amoureuse de la glace de tes yeux.

samedi 9 mai 2009

Liverpool ou marcher sur des briques

J'aime m'attacher aux villes plus qu'aux gens, aux lieux plus qu'aux époques, parce qu'ils comprennent tout. Les musiques, les odeurs, les couleurs, les atmosphères, les villes ont tout pris et tout redit.
Les atmosphères sont mon pardon. Il n'y a rien de plus éprouvant et de plus pris qu'un lieu qui renaît. Je voudrais sucer ainsi toutes les villes pour en garder des effluves, qui remonteraient seules, aux hasards d'une chanson, d'un parfum, d'un nom.
Liverpool est la première, peut être, à avoir tant marqué mes yeux.
Je suis tombée à Liverpool comme tombée d'un camion. De ne pas tellement savoir où j'étais, ce pourquoi j'y entrais, m'a retournée en l'air. J'ai pris un peu de ville comme des flocons dans le visage. Émerveillée de ne voir qu'à moitié, et à chaque pas plus perdue dans ses jambes.

Je n'ai jamais aussi bien compris comment perdre son âge qu'à Liverpool. Parler de Liverpool serait céder un peu à un imaginaire, aux souvenirs troublés d'un regard incertain. A des mémoires qui se sont tant mouillées au fil du temps qu'elles n'ont plus rien de vraies.
Mais sans doutes valent-elles autant que ce qui est vraiment.
Liverpool a pour moi deux visages si pleins qu'il ne faut les démêler. Adolescente aux longues rues et vieille dame aux longues mains.
Boire à Liverpool, au tourbillon des allées, aux silences des venues qui s'ouvrent comme deux yeux absent sur votre corps hésitant.

Liverpool n'est rien jusqu'au port. Vous marchez les épaules prises entre deux bourrasques sèches, et vous ne comprenez rien. Vous êtes un étranger devant un monde ouvert.
C'est la mer qui vous flanque au sol. Sur le port de Liverpool on n'entend rien, simplement l'âge qui répète encore et encore ses mots silencieux.
Vous les prenez au coeur, ou à la tête, sans jamais les tenir. Ils vous restent dans les doigts, et vous ne comprenez toujours pas. Mais vous avez Liverpool sous les ongles, prêt à griffer les embruns.
Le poumon de Liverpool est comme un cancer suspendu. Partout dans ses veines on court, on vit. Si on s'éloigne un loin dans les artères, on entend les enfant tomber de leurs vélos, les télévisions se taire à votre approche pour un semblant de tranquillité. Mais Liverpool n'est jamais tranquille, partout elle vit.
On prend la mer dans chaque gorgée. Elle n'a pas d'odeur, elle n'a pas de plage, simplement elle est là. Comme le gris, même sous un ciel bleu.

J'ai appris Liverpool par le football. Aux premiers pas on l'entend partout. Sur les dalles, sur le béton, dans les maisons, par les fenêtres des trop sages banlieues Il vit entre les murs, et Il vit derrière eux.
Il est comme un chant qui s'accroche à l'âme, de paume en paume, de pied en pied, de lèvre en lèvre comme un cri de guerrier. Lorsque j'ai posé mes pas pour la première fois sur le sol de Liverpool, le coeur encore en vague après les longues routes en car, je l'ai senti respirer.
J'ai appris Liverpool au football.
J'ai appris dans les stades tous mes mots d'anglais, les grandes banlieues par leurs pelouses vertes, et les rues étroites dans un ballon qu'on oublie. J'ai moi aussi craché sur mon maillot, 40 livres pièce, devant un écran géant.

En marchant dans Liverpool, j'ai perdu un siècle et demi. La banlieue de Liverpool est un homme assis sur le pas d'une porte une cigarette à la main.

Liverpool garde pour moi le visage de l'adolescence. Vieille dame et vieille enfant. J'avais dix-huit ans et je ne connaissais de l'anglais que la pluie et la brume. J'avais quelques traces de roux d'un voyage en Écosse, quelques bribes d'une banlieue sage d'Oxford, Londres et ses lueurs plein la gorge, j'avais des mines visitées à tâtons, mais il me manquait tout. J'avais le coeur de Londres mais je ne savais rien, si ce n'est ce gris partout dans les yeux, et cette folie dans l'âme.
Liverpool m'a appris.
J'ai dans un placard fermé de souvenirs, un grand maillot rouge où l'on a trop sué. Un peu de Liverpool.