dimanche 20 juin 2010

Pour JE


Les vanités sont de petites bouffées sèches d'avant les grands galops, les envols
quelque soit le pays et l'air lourd des coutumes l'homme prend à sa taille des couteaux grands et secs et s'en va découper la peau blanche du passant.
L'espagnol lui a le sang brûlé comme un coeur noir en marche, et ses joues comme des fonds larges et avalés, des lampées de soleil. Bandolero je me souviens.

L'avalée, grand fleuve au creux des vins, coulée sèche et amère et partout odeur de poudre répandue comme un ciel, qui sillonnent les routes et aucune berge n'est sûre aucune voie sans elle, en nuage, en oiseau, en avion de poussière sous les talons chaussés des hommes au pistolet. Ils avancent, entre leurs ombres et le sol grand et raidi par l'horizon muet, bandits de grand chemin.

L'avalée. Il faut savoir le nom de ces rives sombres et de ces portes larges que l'on franchi parfois mais à reculons le nez piqué et comme inquiet de savoir qu'il attend quelque part, derrière une montagne un ravin un coin d'ombre, la paille entre les lèvres le désert dans les bras, prêt à vous prendre là, sac d'or ou de frayeur.
Le guet, l'oeil foncé par dessous le sourcil, le chapeau planté là mélange de ses voeux, où l'instant de quiétude et l'instant d'espérance, lui n'a rien à dire il attend qu'elle s'en vienne, que la caravane passe et que la proie descende.

Tout dans son long menton ressemble au paysage jusqu'au plaies lourdes et laides qui craquellent sa peau et dans sa hanche forte le canon enfoncé, il est là digne et nul au fond des plaines d'Andalousie

L'avalée est un monde entre deux berges froides, car elles n'ont rien à dire de plus que leurs côtés, leurs côtés et leurs doigts, le lit de ces brigands, mais que n'a-t-on à perdre d'autre que le lit défait lorsque jour se lève, lorsque aube s'affaiblit, comme des doigts s'arrachent et des pattes se tirent, le faucheur s'approche et coupe à nos genoux

"Malheureuse, garde un silence plus long sur tes lèvres. Garde un silence de bois, et il faut le tenir, la dernière note plus longue et plus poignante que toute autre et comme un point ôté au vide, mais garde le donc, chaque minute perdue à le laisser filer sonne un peu plus la marche des bandoleros
regarde les surgir, regarde les voler, comme les oiseaux sauvages, des grands arbres ancestraux qui cueillent entre leurs doigts le fruit des vanités
regarde les grands arbres se pencher et cueillir le fruit, avant d'être pendus là même où ils dormaient"